Un diagnostic partagé s’impose

Publié le 28/06/2013
La CFDT Transports Environnement a rassemblé de nombreux acteurs le 18 juin dernier à Paris pour débattre de la réforme ferroviaire.

« La réforme ferroviaire doit être un choix de société, qui s’intègre dans un nouveau modèle moins consommateur d’énergie, en développant notamment le ferroutage. Elle pose la question des investissements nécessaires, de l’aménagement du territoire, mais aussi de l’avenir des salariés et des transitions professionnelles. Sans diagnostic partagé sur ces enjeux, il y a peu de chances que la réforme aboutisse », a prévenu Patrick Pierron, secrétaire national, dès l’ouverture d’une grande journée de débats organisée le 18 juin à Paris par la CFDT Transports Environnement avec le cabinet Syndex. Près de 150 cheminots et salariés du ferroviaire sont venus échanger avec des représentants de la SNCF, de RFF (Réseau ferré de France), du ministère des transports, des associations (Fédération nationale des usagers des transports, France Nature Environnement), de la CFDT et des élus politiques. Ce sont 200 000 travailleurs du ferroviaire qui vont être directement touchés par cette réforme, mais celle-ci concerne aussi tous les citoyens.

Alors que la dette de RFF et de la SNCF atteint près de 40 milliards d’euros, la réforme, dont le gouvernement a présenté les grandes lignes fin mai, doit permettre de trouver l’équilibre économique tout en garantissant un service public de qualité, avec, à l’horizon 2019, l’ouverture à la concurrence de toutes les lignes voyageurs, voulue par la Commission européenne. De gros opérateurs privés comme Air France KLM pourraient alors concurrencer la SNCF sur les TGV.

Défendant le projet d’un « groupe public industriel intégré » qui réunifie RFF et la SNCF, Guillaume Pépy a dit partager les objectifs de la CFDT, qui exige un statut social de haut niveau et un Etat stratège garant du service public. Le président de la SNCF a insisté sur le fait qu’il fallait agir vite, au risque que la France se voit imposer par la Commission européenne un projet de réforme « à 180 degrés » du sien.

L’ouverture à la concurrence peut laisser craindre le pire, à l’exemple du fret ferroviaire en déclin depuis la libéralisation de son marché en 2006. « Va-t-on laisser mourir le fret ? », s’est inquiété Pascal Descamps, de la FGAAC-CFDT, soulignant que « le fer, la route et le fluvial sont complémentaires et ne devraient pas être opposés. » Les salariés de FRET SNCF ont manifesté jeudi 27 juin, au moment où le conseil d’administration de la SNCF étudiait le rapport du comité central d’entreprise. Ce rapport a été élaboré suite au droit d’alerte économique déposé par les quatre organisations syndicales représentatives.

Jacques Rapoport, président de RFF, a indiqué que « des TGV fret sont à l’étude. Des liaisons entre aéroports sont envisagées. Ce sont des projets à 10-15 ans, très coûteux, qui sont portés par des chargeurs. » Il a également signalé qu’ « à court terme, le gouvernement devrait prendre une décision sur le développement des autoroutes ferroviaires. »

« Au-delà des réponses techniques, il faut une volonté politique », a mis en avant Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT-Cheminots, constatant que malgré le Grenelle de l’environnement, le transport de marchandises se développait sur les routes au détriment du fret ferroviaire. « La création du groupe industriel, c’est un premier pas de la réforme qui constituera un exercice d’entraînement pour négocier les parcours professionnels, la formation, etc. », a fait remarquer Didier Aubert. La CFDT entend ensuite élargir la discussion avec l’Etat, ainsi que les représentants patronaux réunis au sein de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP). Cette négociation « ne sera possible que dans un système apaisé » a insisté le secrétaire général. Or, ce sont les cheminots eux-mêmes qui vont devoir résorber le déficit financier du système ferroviaire. Didier Aubert a aussi mis en garde l’UTP, rappelant que certains des adhérents de l’organisation patronale ne respectaient pas les conventions collectives et n’hésitaient pas à pratiquer le dumping social et la répression syndicale.

Reconnaissant que la question sociale ne pouvait être dissociée du projet industriel, Jean-Marc Ambrosini, membre du cabinet du ministre chargé des Transports, Frédéric Cuvillier, a précisé que le projet de loi était en phase d’élaboration et que la discussion ne faisait que commencer, la convention de branche étant encore à construire. « La loi, le décret, la convention collective et les accords d’entreprise devront s’articuler », a ajouté le conseiller. Notant que le mouvement social du 13 juin avait été très suivi, il a admis qu’il traduisait une inquiétude manifeste à laquelle il fallait répondre. « La CFDT nous a signalé l’importance de la hiérarchie des normes, l’accord d’entreprise ne pouvant être inférieur à la convention collective. Nous avons bien reçu le message », a clairement indiqué Jean-Marc Ambrosini.

« Cette réforme doit proposer très rapidement une organisation, et en même temps préparer les cinquante ans à venir. Il faut donc imaginer les infrastructures et le système de transport ferroviaire de demain, reposant notamment sur l’information numérique », a noté le secrétaire général de la FGTE-CFDT André Milan à la fin de cette journée riche en interventions. Et de conclure : « Le dialogue va se poursuivre. Nous allons nous préparer à peser dans le débat sur la loi, le décret socle et au cours de la négociation de la convention collective. »

nfigarol@cfdt.fr