Télétravailleurs  ? Des salariés heureux  !

Publié le 10/06/2015 à 17H44
Si le télétravail a conquis les quelque 17 % de salariés qui ont pu l’adopter, il peine pourtant à se développer dans les entreprises françaises.

Pour Valérie Quehen, assistante de direction chez Accenture depuis près de vingt ans, le télétravail a tout simplement «changé [sa] vie»! Loin d’être isolé, son avis rejoint celui des 90 % de télétravailleurs qui indiquent que cette forme d’organisation a des effets positifs sur la qualité de leur vie personnelle (lire l’enquête de l’Observatoire du télétravail, des conditions de travail et de l’ergostressie).

Selon eux, le télétravail n’aurait que des avantages : s’économiser des heures de transport, autant de fatigue et de stress; gagner en concentration et en efficacité dans son travail, puisque de chez soi, on n’est pas dérangé par le bruit et les conversations des collègues – un aspect particulièrement important pour tous ceux qui, le reste du temps, travaillent en open space. Il permet aussi de gagner en liberté et en autonomie dans la gestion de son travail et de son temps… et de profiter des heures soustraites aux transports, pour soi ou sa vie de famille. « Grâce au télétravail, je peux, deux jours par semaine, accompagner ma fille à l’école le matin, à la danse le soir, et faire tranquillement les devoirs avec elle. Sinon, à cette heure, je suis encore dans les transports, explique Valérie, qui réside en banlieue parisienne. Du coup, je suis ravie de retourner au bureau et voir mes collègues. »

Pas tous égaux face au télétravail

   


Télétravail, mode d’emploi

La définition et le cadre législatif du télétravail ont été posés dans l’accord national interprofessionnel de 2005. L’accord crée notamment l’obligation d’un avenant au contrat de travail. Il précise que le télétravail repose sur le volontariat du salarié et impose une période d’adaptation pendant laquelle le salarié « teste » cette organisation du travail. Il permet la réversibilité : le salarié comme l’entreprise peuvent décider de revenir à la forme classique de travail au bureau. Enfin, il précise les conditions d’application : garanties, droits, prise en charge des coûts…

   

Pourquoi, doté de tant de vertus, le télétravail peine-t-il autant à décoller en France ? Depuis la signature de l’accord national interprofessionnel de 2005 qui lui a réellement donné un cadre légal, seule une petite centaine d’accords d’entreprise a été recensée. Même s’il faut considérer qu’une grande partie des salariés qui pratiquent le télétravail le font de gré à gré avec leur hiérarchie en dehors de tout cadre réglementaire… Ils seraient deux tiers à le pratiquer de manière informelle, selon l’enquête Tour de France du télétravail, réalisée en 2013. Bien sûr, le télétravail n’est pas généralisable à tous les salariés. Soit parce que leur métier ne leur permet pas, soit parce qu’on ne leur en donne pas les moyens… De plus, « le télétravail reste encore et avant tout une pratique de cadres qui avaient déjà une grande autonomie », confirme Yves Lasfargue, chercheur, et fondateur de l’Obergo.

   OlivierClement FredericArraitz   
   Frédéric Arraitz, chef de projet chez Renault
en télétravail deux jours par semaine. 
   

Autre frein à son développement, la culture du présentéisme, très française, qui implique que «si on n’est pas au bureau, les autres pensent qu’on ne fait rien», relève Frédéric Arraitz, technicien chef de projet chez ­Renault, qui est en télétravail deux jours par semaine depuis quatre ans. «Sans la confiance du manager, c’est impossible. Dès qu’il y a doute ou suspicion, cela ne tient pas longtemps», souligne Alain Eudier, cadre au siège de Renault, au Plessis-Robinson (92), en télétravail trois jours par semaine depuis sa maison près du Havre. Concernant le nombre de jours passés en télétravail, la plupart des accords d’entreprise fixent d’un à trois jours par semaine. Tous les témoignages recueillis le confirment : le télétravail doit être dosé et limité afin d’éviter de se couper de l’entreprise et de ses collègues. Au-delà, «on devient un travailleur indépendant», précise Alain Eudier. Pour Frédéric Arraitz, la possibilité du télétravail entrera clairement «parmi les premiers critères de choix pour les prochains postes». Les réticences des entreprises fondent doucement, notamment sous la pression des salariés, et d’organisations syndicales comme la CFDT. Mais il est temps qu’elles s’emparent du sujet et fassent sortir le télétravail de cette zone grise.

epirat@cfdt.fr

© Photo Olivier Clément