Sport partagé : ensemble, c’est tout

Publié le 08/07/2016

Mis en place dans le cadre du sport scolaire, le sport partagé réunit, en équipes, des jeunes en situation de handicap et des jeunes valides. Une expérience infiniment riche, pour tous.

« Ici, on n’est vraiment pas dans un état d’esprit identique à celui d’une compétition classique. On est là pour gagner, mais ensemble. En s’adaptant aux différences », résume Paul, 15 ans, élève du lycée professionnel Curie-Corot de Saint-Lô (Manche), venu participer au championnat de France de sport partagé, dont la 5e édition a eu lieu à Paris, du 23 au 26 mai dernier. Son équipe, comme chacune des 26 présentes à ce championnat, réunit deux jeunes valides et deux jeunes en situation de handicap. Qu’il s’agisse de handicap moteur ou de déficiences cognitives et cérébrales. Avec une philosophie : « Que tout le monde puisse trouver sa place et contribuer à la victoire », explique Karine, professeur d’EPS dans un collège du Var, pilier du développement du sport partagé dans son département. Précisons que le sport partagé est une initiative de l’Union nationale du sport scolaire (UNSS), proposée dans les collèges et les lycées, en partenariat avec la Fédération française handisport (FFH) et la Fédération française du sport adapté (FFSA). Il peut être mis en place par les professeurs soit dans les établissements qui ont, en leur sein, des classes adaptées, soit par le biais d’une convention avec un établissement extérieur spécialisé (un institut médico-éducatif, par exemple). Le nombre de disciplines proposées est très large : tennis de table, tir à l’arc, judo, biathlon, escrime, basket, VTT, etc.

Pour les élèves, l’expérience est positive ; la rencontre, infiniment riche. Tous disent l’importance de l’écoute, de l’entraide, des liens de solidarité qui se tissent. « D’habitude, dans une course, je donne tout. Là, je dois être plus attentive aux autres, à leurs difficultés, à leur fatigue », explique Gabrielle, élève dans un lycée professionnel d’Avignon, qui fait équipe avec Claudia et Rachid, tous les deux en fauteuil. L’expérience leur permet de changer de regard sur le handicap. « Très vite, on ne fait plus attention à qui est valide et qui est handicapé. Et puis on est là pour jouer, pas pour juger », ajoute Paul. Une expérience que son professeur Pierre Baloud estime très formatrice : « Plus tard, dans le milieu professionnel, elle leur permettra d’agir autrement avec d’éventuels collègues handicapés. » Les liens qui se tissent pendant les activités sportives permettent de dépasser les barrières, les appréhensions liées à la différence. « On n’hésite plus à aller vers les autres. Même dans la cour du lycée ou au self : avant, on restait chacun de notre côté. Maintenant, on se retrouve », explique Mathilda, élève de l’unité localisée pour l’inclusion scolaire (Ulis) du lycée Curie-Corot de Saint-Lô et coéquipière de Paul. 

Louis Lumière 24 mai 2016 CFDT 17©Emmanuelle Marchadour

Fierté partagée

Les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) reconnaissent aussi les bienfaits de l’expérience. « On voit les enfants se transformer, devenir moins timides, s’épanouir… Cela contribue également à les rendre plus autonomes. Sur le terrain, pendant les épreuves, nous ne sommes plus là pour les aider. Ils doivent se débrouiller sans nous », note Vanina, l’accompagnatrice de Claudia. « Ce qui est formidable, c’est que tous ces enfants ont le même accès aux émotions : les mêmes peur, désir d’y arriver, joie au moment de la victoire, qu’ils soient capables de sauter dix centimètres ou un mètre », indique Françoise, professeure d’EPS d’un lycée professionnel du 20e arrondissement de Paris, et à ce point militante qu’elle a ouvert une section handisport avec ses élèves valides, et leur a permis de suivre la formation « Jeune officiel » (formation aux fonctions d’arbitre) de l’UNSS, pour arbitrer le sport partagé. L’expérience a des répercussions bien au-delà de l’enceinte de la compétition. « Cela me conforte dans l’envie de passer mon Bafa spécialisé pour enfants handicapés… et d’envisager un métier en rapport avec eux », confie Paul, à l’issue du championnat, où son équipe a gagné le titre de champion de France de challenge double. Ce jour-là, la fierté brille dans tous les yeux. « Et désormais, au lycée, on parle de nous comme de sportifs et pas comme des élèves d’Ulis », conclut Mathilda.   

* En savoir plus : www.unss.org (rubrique « Découvrir l’Unss ») 


Handisport et sport adapté

« Pour un valide, le sport est un bienfait ; pour un handicapé, c’est une nécessité. Cela permet de sortir de l’isolement, de nouer des liens, mais aussi de se dépasser », expliquait Gérard Masson, le président de la Fédération française handisport, au moment de la signature de la convention de partenariat entre la FHH et la CFDT. Un partenariat qui dure désormais depuis 2012 et qui vise, entre autres, à sensibiliser les adhérents et militants de la CFDT au handisport. Rappelons qu’il existe en France des centaines de clubs, dans 29 disciplines, permettant la pratique du sport aux personnes en situation de handicap physique (moteur, auditif, visuel, neurologique, etc.). La pratique sportive des personnes en situation de handicap mental ou psychique est en revanche organisée par la Fédération française du sport adapté. Là encore, « les effets et bienfaits sont très nombreux, appuie Louis-Philippe Menant, le responsable du comité départemental de sport adapté des Yvelines (CDSA 78). Apprendre à canaliser ses émotions, surmonter sa timidité, aller vers l’autre, etc. ».


Fédération française handisport : www.handisport.org

Fédération française du sport adapté : www.ffsa.asso.fr

epirat@cfdt.fr 

Photos  © Emmanuelle Marchadour