Repenser les formes d’hébergement

Publié le 02/10/2015

Au moment où l’on doit construire plus, plus question de construire mal… La société évolue, le logement aussi, et les architectes sont prêts à innover.

«  Pourquoi fabriquer des logements tous identiques pour des personnes qui n’ont pas les mêmes besoins ? », s’interroge ­Beatriz Ramo, architecte urbaniste et membre du conseil scientifique de l’Atelier international du Grand Paris (AIGP), qui planche sur la densification du parc immobilier du Grand Paris. « Il est temps de bousculer les standards et de multiplier les différentes formes d’hébergement. »

Concevoir des structures modulables

   Logement Fournier Signatures DSC3931bis   
    La résidence Macdonald, à Paris, offre un
accompagnement personnalisé à des jeunes
de 18 à 26 ans logés pour une durée de deux ans
au maximum. ©Frédéric Fournier/Signatures 
   

Cette jeune architecte dessine donc des appartements conçus pour la « corésidence », offrant des grandes surfaces à partager (vaste séjour, grande cuisine) et des parties privatives (chaque chambre a sa propre salle de bains). « Le but est de faciliter la colocation de jeunes actifs ou d’étudiants, qui n’auront pas à débourser plus pour occuper un logement de qualité… , explique Beatriz Ramo. Aujourd’hui, on partage déjà des bureaux, des vélos, des voitures… Dans certaines situations, on cohabite par choix. Il faut sortir du modèle unique et cesser de construire des structures en béton impossibles à faire évoluer… » D’autres architectes prévoient une pièce « détachable », facile à transformer en studio ou en bureau, ou bien des chambres « réversibles » permettant d’accueillir un étudiant, un actif seul, une famille monoparentale, une personne âgée… Le promoteur immobilier Icade s’est également lancé en 2012 à Lyon avec Bihome®, un concept qui privilégie la « co-indépendance » entre les occupants. L’appartement a la capacité de se scinder en deux parties, dont une peut constituer un studio ou un bureau. Des pièces réversibles aux bâtiments démontables et recyclables, il n’y a qu’un pas… Le premier bâtiment recyclable de France a été inauguré en décembre 2014 par la Communauté de l’agglomération havraise. Construit en douze mois, il s’agit d’un bâtiment de bureaux qui peut être entièrement démonté et remonté sur un autre site… À quand des logements transposables selon les besoins ?

Valoriser les mètres carrés disponibles

À Paris, on recense des milliers de mètres carrés non occupés. Il y a ainsi, par exemple, 370 000 m2 de bureaux désaffectés. « Ces surfaces disponibles peuvent être transformées à moindres frais, car une grande partie est constituée d’anciens logements, qui ont été aménagés en bureaux dans les années 70-80 », affirme François Mohrt, de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur). Preuve que ces immeubles ont vocation à se restructurer, c’est que l’on construit encore des bureaux à Paris, comme la tour Triangle (avec environ 60 000 m2 de futurs bureaux), car les sociétés ne convoitent plus les surfaces obsolètes du centre de la capitale. »

Autre piste de réflexion : aider ceux qui le désirent à adapter leur logement lorsque celui-ci est devenu trop grand, de façon à pouvoir en louer une partie, tout en restant dans leurs murs. Une enquête sur le logement, réalisée par l’Insee en 2006, avait pointé son curseur sur les petite et grande couronnes franciliennes, où 50% des logements seraient « sous-peuplés », c’est-à-dire constitués de grandes surfaces occupées par une personne seule, souvent âgée.

cnillus@cfdt.fr

    

“ Plus d’espace à moindre coût ”
Axelle Acchiardo et Linda Gilardone  

Gilardone Acchiardo LAArchitecture

Ces deux jeunes femmes ont fondé l’agence « LA Architectures » en 2009. Elles ont été récompensées en 2014 pour leur immeuble de 35 logements sociaux à Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Propos recueillis par Claire Nillus

Quelle a été votre démarche en abordant ce projet de 35 logements sociaux à Montreuil (Seine-Saint-Denis) ?

La ville voulait reloger des familles précaires. Elle souhaitait un projet dont les logements et les parties communes seraient faciles à vivre et à entretenir. Et surtout, il fallait que le coût de la construction permette de garantir des loyers modérés. Nous avons proposé une technique de construction en bois, préfabriquée en usine. La rapidité de mise en œuvre nous a permis de raccourcir la durée du chantier.

Comment garantir des loyers abordables quand le mètre carré est si cher ?

Contrairement au béton, le bois permet d’économiser sur l’épaisseur des murs et de gagner, au final, des mètres carrés de plancher supplémentaires… Les appartements ont de grandes fenêtres pour atténuer la sensation « d’enfermement ». Nous avons réfléchi sur les espaces extérieurs pour que les habitants bénéficient de plus d’espace sans augmentation de loyer. Nous avons réduit au minimum les circulations, génératrices de loyer superflu. Elles sont remplacées par des coursives extérieures et les escaliers qui desservent les appartements, qui sont eux aussi sortis de leur cage. Ces espaces demandent donc moins d’entretien. Pour faire baisser encore les charges de l’immeuble, les parties communes se résument à une pièce unique, à partager. Enfin, les excellentes performances thermiques des façades en bois génèrent des économies de chauffage non négligeables au final.

Ce modèle peut-il être dupliqué ?

Oui, chaque fois que le contexte urbain peut accueillir ce type d’architecture. En France, les constructions en bois sont parfois difficiles à réaliser. Conçu pour du béton, le cadre réglementaire actuel n’est pas en phase avec toutes les potentialités de ce matériau. Mais il y a beaucoup à gagner avec la préfabrication en bois, qui permet de raccourcir les délais donc les coûts de construction. 

   
   ©Photo LA Architectures