Réfugiés : la CFDT du Calaisis reçue à Matignon

Publié le 24/09/2015

Confrontés à de grandes difficultés pour exercer leur métier et accueillir les réfugiés comme il se doit, les syndicats CFDT de Calais avaient fait parvenir un document sur la dégradation de leurs conditions de travail au Premier ministre. Les équipes de Matignon les ont entendus ce 24 septembre et ont apporté une réponse. 

« Nous avons été écoutés. Une instance de concertation locale, avec les représentants de l’État, les syndicats, le patronat, et les administrations concernées, va se mettre en place dans les jours à venir pour trouver des solutions aux questions que nous avons soulevées. » C’est ce qu’a déclaré à l’unisson la délégation de syndicats CFDT* du Calaisis qui a été reçue le 24 septembre à Matignon par les services du Premier ministre. Cette rencontre faisait suite au document remis par la CFDT à Manuel Valls lors de sa visite à Calais fin août. Le texte relate en détail les difficultés rencontrées par les salariés des secteurs en contact avec les 3000 réfugiés de la « jungle » de Calais. Soucieux d’accueillir les réfugiés dans de bonnes conditions, les syndicats CFDT proposent également des solutions.

Dès le mois de juillet, les responsables des syndicats des douanes et d’Eurotunnel de Calais avaient alerté la Confédération, signalant une augmentation importante du nombre de réfugiés et une dégradation inquiétante des conditions de travail. Laurent Berger et Jean-Louis Malys, respectivement secrétaire général et secrétaire national, s’étaient rendus sur place en août pour constater les faits et recueillir les doléances des salariés et agents concernés auxquels s’étaient joints, entre temps, des travailleurs des transports, du commerce, de la police et de l’hôpital. « Toute l’organisation, des syndicats à la Confédération en passant par l’UTI (Union territoriale interprofessionnelle) et l’Uri, s’est mise en mouvement sur ce problème, affirme Jean-Louis Malys. C’est une CFDT lucide et généreuse qui fait face aux problèmes humanitaires des réfugiés mais aussi des salariés et de la population locale. »

Ne pas oublier les sous-traitants

Chez Eurotunnel, la direction a mis en place une cellule psychologique. « C’est une bonne chose, apprécie Stéphane Augé de la CFDT Eurotunnel. Nous sommes pour l’essentiel du personnel commercial pas du tout formés pour faire face à des personnes blessées. Nous regrettons que la direction ait oublié les personnels de la sous-traitance qui rencontrent les mêmes difficultés que nous mais ne bénéficient pas de la cellule psychologique. » Pascal Catto de l’Uri Nord-Pas-de-Calais ajoute : « Nous allons solliciter la Direccte afin qu’elle mette une cellule psychologique à disposition de ces salariés. »

À l’hôpital de Calais, les agents ont aussi rapidement vu grimper le nombre de patients. « Conséquences : l’occupation des lits dure plus longtemps car les réfugiés n’ont nulle part où aller, rappelle Catherine Meyns du syndicat CFDT-Santé-sociaux de l‘hôpital en s’appuyant sur un document du syndicat étayé de solides arguments chiffrés. L’insécurité grandit aux urgences, la petite délinquance a fortement augmenté, nous avons des problèmes de langue et une importante surcharge de travail. » Le syndicat propose la création d’un centre Lits halte soins santé (LHSS) pour décharger l’hôpital.

La peur de devenir une ville morte et barricadée

Les policiers aussi sont à la peine. Sans renforts, ils rencontrent de grandes difficultés pour maintenir l’ordre. Leur syndicat a rencontré la semaine précédente les services du Premier ministre. Dans les commerces environnants la jungle, les salariés sont confrontés à des problèmes d’insalubrité mais aussi de désaffection de la population locale. La viabilité de ces commerces pourrait être remise en cause à court terme. Mais ce problème non maitrisé fait aussi peser des menaces sur toute l’économie du Calaisis. Les transports britanniques à destination du continent commencent à se dérouter vers la Belgique. « On risque de devenir une ville morte et barricadée », redoute Catherine Meyns.

Mais ce n’est pas tout, « ce problème fait le lit des extrémistes », regrette Marcel Aucoin, de l’UTI de Calais. Marine Le Pen qui a prévu de se rendre à Calais prochainement pourrait bien se saisir de cette question pour promouvoir ses idées à des fins électorales. Les adhérents et militants CFDT du Calaisis, eux, resteront concentrés sur leur travail et les moyens de le réaliser dans de bonnes conditions pour accomplir concrètement ce que Laurent Berger a appelé « le devoir d’accueil et d’intégration. »

 *La délégation était composée de Jean-Louis Malys, secrétaire national, Pascal Catto, secrétaire général de l’Union régionale Nord-Pas-de-Calais, d’Isabelle Leroy du syndicat des services, de Stéphane Augé du syndicat transports section Eurotunnel, de Catherine Meyns du syndicat Santé de l’hôpital de Calais, de David Caron  de la section des douanes, de Bruno Leuleu  du syndicat des transports Littoral et de Marcel Aucoin, secrétaire de l’UTI Littoral. 

dblain@cfdt.fr

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