Racisme au travail : quand la réparation ne suffit pas

Publié le 28/11/2014

Harcelé sur son lieu de travail, un salarié embauché sur un chantier de construction navale saisit le Conseil de prud’hommes et le Défenseur des droits. Témoignage.

Harcèlement

Il s’était promis de « ne pas craquer  » parce que, se disait-il, « les choses ne pouvaient pas être pires ». Mais les choses sont allées trop loin. Embauché comme charpentier soudeur sur un chantier de construction navale, Oizir Abdallah subit pendant cinq ans le harcèlement moral discriminatoire de ses collègues. Mais il encaisse, essaye de ne jamais s’emporter. Jusqu’à ce jour de novembre 2011 où il découvre l’affiche d’un singe sur laquelle est inscrit son prénom en rouge. Alors il craque, se met en arrêt maladie et finit par démissionner.

Prud’hommes

Dans sa lettre, il impute à son employeur divers manquements contractuels puis saisit tour à tour le Conseil de prud’hommes (CPH) et le Défenseur des droits. Car au regard du droit, « le salarié démissionnaire doit manifester sa volonté de façon claire et non équivoque de mettre fin à son contrat de travail. Dans le cas contraire, la rupture peut être requalifiée en prise d’acte ayant les effets d’un licenciement nul, notamment si elle est la conséquence d’un harcèlementt », précise le service juridique de la CFDT.

Licenciement nul

En décembre 2013, le CPH reconnaît que les faits de harcèlement moral sont caractérisés et requalifie la démission du salarié en licenciement nul, condamnant l’entreprise à verser 24 000 euros de dommages et intérêts pour manquement à son obligation de sécurité et de résultats. Mais le mal est fait. « J’ai perdu tous mes biens, à coups de crédits à rembourser. J’ai perdu ma vie de famille, ma femme a préféré qu’on se quitte… Je ne pensais pas vivre une vie comme ça en France. C’est pour cela qu’aujourd’hui je préfère travailler à mon compte », explique Oizir, devenu autoentrepreneur en construction et réparation.

aballe@cfdt.fr