Nouvelle Calédonie : après le référendum, les questions sociales restent en suspens

Publié le 08/11/2018

Après le référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie du 4 novembre, Milo Poaniewa, le secrétaire général de l’Union des syndicats ouvriers et employés de Nouvelle-Calédonie (Usoenc) estime qu’il faut désormais se concentrer sur les problèmes d’inégalités et de vie chère que connaissent les Néo-Calédoniens.

Quelle est la réaction de l’Usoenc après le référendum sur l’indépendance ?

L’Usoenc s’est félicitée de la très bonne participation des électeurs à 80,6 %. Nous avions appelé à voter, sans donner de consigne particulière, contrairement à l’USTKE, l’organisation syndicale indépendantiste, qui appelait à l’abstention. L’Usoenc organise aussi bien des indépendantistes que des non indépendantistes, c’est d’ailleurs notre richesse. Cette consultation démocratique prévue dans le cadre de l’accord de Nouméa s’est déroulée dans le calme et sans heurts majeurs. Le non à l’indépendance (56,7 %) l’a emporté mais le oui (43,3 %) a réalisé un score bien supérieur à ce qui était attendu. L’accord de Nouméa prévoit encore deux autres referendums en 2020 et en 2022.

Quelles sont désormais les priorités pour l’Usoenc ?

Pour ce référendum, les responsables politiques se sont concentrés sur les institutions mais ils n’ont rien dit sur les inégalités, l’emploi, le logement, la protection sociale, le partage des richesses, la vie chère. Pour l’Usoenc, toutes ces questions sont restées en suspens. Maintenant il faut s’interroger sur quel modèle de développement économique et social nous voulons aller. En 2014, nous avions établi avec le gouvernement un agenda fiscal partagé qui prévoyait la taxation des plus-values immobilières et une redevance nickel* pour réduire les transferts financiers de la métropole vers notre île. Ces derniers s’élèvent à 1,5 milliard d'euros par an. Rien n’a été mis en œuvre. Cependant, le Premier ministre l’a dit lors de son dernier déplacement en Nouvelle Calédonie, le comité des signataires de l’accord de Nouméa se penchera sur le développement économique et social à partir de décembre. Je pose la question : quelle sera la place des partenaires sociaux dans ces travaux ? A l’Usoenc, nous voulons réfléchir et élaborer des propositions, avec l’aide de la CFDT et du cabinet Syndex, sur les stratégies concernant l’autonomie énergétique et l’avenir du nickel. 

Une nouvelle taxation est en place depuis le mois d’octobre. A-t-elle produit des effets ?

Cette taxe, la taxe générale sur la consommation (TGC), est censée remplacer le mille-feuilles fiscal qui date de l’économie de comptoir. Elle a pour but de rendre la fiscalité plus transparente et de réduire en partie la vie chère avec la mise en place d’une concurrence loyale et une réduction des marges bénéficiaires. Dans les faits, sa mise en place a des ratés. La TGC a été ajoutée aux taxes existantes et a provoqué une hausse des prix. Le gouvernement fait preuve de tolérance et de pédagogie jusqu’à présent mais il devra sévir si ça continue. C’est en tout cas ce que demandera l’Intersyndicale « Vie chère » qui a co-construit cette nouvelle taxe et qui est dans son comité de suivi.

Propos recueillis par dblain@cfdt.fr 

* Le nickel représente 90 % des exportations de la Nouvelle Calédonie qui détient 25 % des ressources mondiales de ce minerai.

 © Photo Joseph Melin 2018