Les quelques pionniers du numérique à l’école

Publié le 02/04/2015

L’utilisation du numérique dans les salles de classe est encore le fait de quelques enseignants motivés ou d’établissements expérimentaux. Bien utilisé, il favorise pourtant l’innovation pédagogique et contribue à la réussite des élèves.

Dès son premier poste, Carole Gomez a plongé dans le bain numérique en succédant à un enseignant qui animait alors un blog de classe. C’était il y a une dizaine d’années. Depuis, les tablettes, tableaux blancs interactifs, réseaux sociaux et logiciels de création digitale font partie de sa boîte à outils. Ni plus ni moins que les cahiers et les crayons.

La dernière œuvre de ses élèves de CE1-CE2 vient d’être mise en ligne sur l’« espace numérique de travail » de la classe, accessible aux parents et aux écoles partenaires. Les enfants ont réalisé une présentation en diaporama de Sauzet, leur commune située dans le Lot. « Chaque élève a photographié ses lieux préférés puis enregistré un commentaire; nous avons réalisé le montage à l’aide du logiciel Voice puis nous avons mis la vidéo en ligne », explique l’enseignante. Le même exercice sera fait par leurs correspondants à Grenoble et à Ottawa (Canada), et les élèves pourront comparer et commenter leur environnement respectif par messagerie.

Derrière son apparence ludique, le numérique
n’est pas un gadget

Apprentissage du français écrit et oral, notions de géographie, calcul et appréhension de l’espace et du temps avec la prise en compte du décalage horaire, analyse des statistiques de fréquentation du blog…Derrière son apparence ludique, le numérique n’est pas un gadget. C’est l’opinion de cette enseignante qui milite au Sgen-CFDT et croit en la pédagogie coopérative, l’autonomie des élèves, l’autorégulation et la libre expression. « Dans leurs commentaires en ligne sur les travaux de leurs camarades, mes élèves, je l’ai constaté, se félicitent mutuellement, se réjouit-elle. C’est cela aussi, la citoyenneté à l’école, apprendre à communiquer de façon non violente. » Même les parents les plus réticents, ceux pour qui l’école doit se contenter d’apprendre à « lire, écrire, compter », finissent par se laisser convaincre. Le numérique peut venir au secours d’élèves en difficulté. « Le rapport à l’erreur change, les élèves peuvent s’exercer et se corriger eux-mêmes », explique Guillaume Touzé, chargé du dossier numérique au Sgen-CFDT.

Généraliser l'apprentissage des outils

Le numérique, dernière solution contre l’échec scolaire ou les inégalités ? C’est en tout cas à l’école d’offrir cet apprentissage des nouvelles technologies, selon la CFDT. « Dans une société numérique, l’école doit apprendre aux élèves à maîtriser ces compétences indispensables pour leur avenir de citoyens et de professionnels », souligne Guillaume Touzé.

Ignorer le numérique pourrait créer de nouvelles inégalités, entre ceux qui savent tirer parti de ces outils et les autres. Or cet enseignement repose encore sur la seule bonne volonté d’enseignants motivés, qui ne comptent pas leurs heures. Le matériel n’est pas toujours adapté, la maintenance souvent inexistante. Les conseils généraux ne consultent pas les équipes enseignantes avant d’« arroser  » les établissements de tablettes dont parfois personne n’aura l’usage. «Le numérique favorise la collaboration entre élèves, le décloisonnement entre les disciplines et le travail d’équipe, souligne Guillaume. Cependant, pour qu’il se généralise, il faudrait former les enseignants, et instaurer une forme de coordination, d’ingénierie pédagogique et technique dans les établissements. »

Le gouvernement semble vouloir aller de l’avant en annonçant la création d’une grande école du numérique, l’équipement des élèves en tablettes, du soutien scolaire avec un tutoriel en ligne pour les élèves de 6e en difficulté, l’enseignement du code… Encore faut-il que cette volonté se traduise dans la réalité des salles de classe. 

mneltchaninoff@cfdt.fr

©  Photo ANP / AFP