Le racisme, un sujet syndical qui dérange ?

Publié le 28/11/2014

Quand un collectif de travail est miné par un racisme qui n’a plus peur de s’afficher, sa cohésion est menacée. Des militants CFDT de la Sarthe mettent le sujet sur la table. Récit.

« Nous avons géré des cas de discrimination liée à l’âge, des cas de harcèlement moral et sexuel, que nous avons pu faire cesser, mais le racisme, c’est compliqué. » Samuel Cadeau est militant de la section des communaux du Mans et de Mans Métropole, au sein d’Interco 72. La défense d’un collègue victime d’actes ouvertement racistes, précédés de dérapages verbaux de moins en moins contrôlés, l’a durablement secoué. Face à une hiérarchie indifférente aux relations interpersonnelles et à la décision d’affecter la victime à un autre service pour « clore l’incident », la section syndicale a réussi à faire réintégrer l’agent discriminé. Mais le problème de fond demeure.

Rétablir le respect entre collègues

Avec l’appui de la CFDT-Pays de la Loire, déjà engagée dans la lutte contre le racisme et les discriminations à l’échelle régionale, la section a donc décidé de mettre « les pieds dans le plat ». En octobre, elle lance une enquête Flash pour « crever l’abcès et recueillir la parole des agents. La démarche est relativement bien accueillie ». Mais, comme l’explique Samuel Cadeau, dans un contexte de tension budgétaire, alors que les sacrifices sont demandés dans tous les services, « les collègues s’interrogent. Et face à certaines réactions, [la section] n’a pas toujours le discours pertinent ni l’argument adéquat ».

C’est pourquoi le racisme y est abordé conjointement avec d’autres critères de discrimination (sexe, âge, orientation sexuelle…), pour travailler sur une approche globale de la qualité de vie au travail et ne pas heurter frontalement les agents. « Il ne s’agit pas de culpabiliser ou de distribuer des points. Nous souhaitons au contraire rétablir le respect entre collègues, la notion du vivre-ensemble, la solidarité », explique Samuel. « Les résultats de l’enquête serviront de base à la rédaction d’une charte pour l’égalité des droits ». Mais la route vers le vivre-ensemble n’est pas un long fleuve tranquille. Preuve que le sujet dérange, récemment, des urnes de retour d’enquête ont été dérobées. « Si cela révèle la difficulté de faire des discriminations raciales un enjeu syndical, cela n’entame en rien notre détermination », insiste la section. 

mnelchaninnoff@cfdt.fr

   


La CFDT s’organise pour la diversité
 

« Une organisation représentative des salariés qu’elle ambitionne de défendre » : tel était l’objectif affiché par la CFDT lors du lancement, au congrès de Tours, du chantier sur le thème « Renouvellement générationnel, mixité et diversité ». Une dynamique difficile à impulser, de l’aveu même de son secrétaire général. « Car pour être une organisation syndicale plus diverse ou, disons-le carrément, moins blanche, il faut être plus volontariste que sur d’autres sujets. » 

La formation-action lancée en 2013 avec une dizaine de militants vise à « trouver les moyens de favoriser la prise de responsabilité des personnes issues de la diversité », résume Éléonore Evain Dorado, animatrice de la formation. Le groupe a été confronté aux mêmes problèmes que les entreprises qui veulent s’emparer du sujet : la définition du concept même de diversité est importante, mais peut vite devenir un frein. « De même, la tendance naturelle à hiérarchiser les priorités en matière de lutte contre les discriminations conduit parfois à défavoriser d’autres catégories de personnes  », explique un militant, à l’issue d’une session de formation.

« Nous avons tous des stéréotypes qui nous manipulent de façon inconsciente. » Cette prise de conscience, parfois brutale, a été salutaire. « Elle nous a permis de dépasser les éternels débats sur la diversité pour nous concentrer sur les moyens d’agir. » À l’issue de la formation, une série de sept recommandations déclinées en objectifs et en moyens sera soumise aux instances dirigeantes de la CFDT.