Le CE de Thales mise sur la diversité et le collectif

Publié le 17/03/2016

En lien étroit avec l’association Cezam, le comité d’entreprise de Thales à Cholet (Maine-et-Loire) développe une offre sportive et culturelle exemplaire pour ses 1  200  salariés. Avec une priorité, favoriser les pratiques collectives pour tisser du lien.

Dans le bâtiment qui héberge le restaurant d’entreprise de Thales à Cholet se trouvent également les locaux syndicaux et ceux du comité d’entreprise, les salles culturelles et une médiathèque. Par conséquent, les activités du comité d’entreprise se greffent sur le temps de la pause déjeuner et profitent de son amplitude horaire (11 h 30-14 heures). Les 800 salariés qui déjeunent sur place passent devant le secrétariat du CE puis font la queue devant les panneaux d’affichage.

À côté, un présentoir distribue le mensuel Info CE (à retrouver ici) édité à 900 exemplaires et qui « part comme des petits pains », selon les termes de Laurent Baubriaud, qui préside la commission Vacances et Excursions, bien qu’accessible en ligne et sur l’intranet du groupe. « À la maison, brochure en main, les salariés font leurs choix en famille. »

Privilégier le collectif

Le comité d’entreprise tient une permanence quotidienne et ses responsables présentent chaque mois aux nouveaux arrivants ce qu’ils font et comment en bénéficier. Au total, les trois quarts des salariés du site participent aux activités proposées, réparties dans 25 sections et animées par 80 salariés. La médiathèque, qui propose quelque 16 000 documents (livres, CD et DVD), compte 450 familles de salariés inscrites.

Au sein de ce groupe spécialisé dans l’électronique haut de gamme au service de la sécurité, les salariés sont plutôt des hommes, autonomes dans leur travail (60 % de cadres). La stratégie du comité d’entreprise vise donc à favoriser les échanges. « Nous cherchons toujours à privilégier les activités collectives et qui nécessitent d’organiser un groupe, sinon notre rôle serait celui d’une billetterie et les gens parleraient uniquement avec leur smartphone », se figure Jean-Marc Omont, le nouveau secrétaire CFDT du CE.

La toute dernière activité créée en 2015 à l’initiative de jeunes embauchés est un mini « fablab » à destination des salariés passionnés de robotique. Places de spectacles à gagner par tirage au sort, tournois interservices (de tennis, de football, de volley, de poker), concours photos, Prix littéraire et de la BD inter-CE du réseau Cezam (lire ci-dessous)… La liste est longue mais repose sur trois critères : « Toujours prendre en compte les conjoints et enfants, pratiquer une politique tarifaire qui favorise les salaires modestes et accompagner les salariés qui animent les sections », résume Jean-Louis Richard, président de la commission Sociale-Habitat du CE. 

cnillus@cfdt.fr

©Photos Pauline Bernard/Myop

     


Cezam : culture et démocratie actives

Les comités d’entreprise (CE) sont souvent perçus comme de simples redistributeurs de billets à prix cassés. Il est temps pour cette instance d’élus de retrouver son rôle de pourvoyeur d’activités culturelles pour les salariés. Catherine Bouillard, directrice du réseau d’associations de CE Cezam Île-de-France, et son équipe y travaillent.

«  Il y a dix ou quinze ans, les fêtes de fin d’année étaient ringardes. Aujourd’hui, c’est un des rares moments de convivialité où tous les salariés ont l’occasion de se retrouver  », souligne Catherine Bouillard, la directrice de Cezam Île-de-France*, le réseau inter-comités d’entreprise. Ce constat traduit bien les bouleversements auxquels le monde des CE, et donc des activités sociales et culturelles (ASC), est confronté. La multiplication des missions économiques des CE, la démocratisation des loisirs, l’individualisation, les offres du secteur marchand, attiré par un marché de 14 milliards d’euros, les nouvelles technologies, la crise, etc., sont autant de nouveaux paramètres que les CE ont dû intégrer.

Pour autant, les activités culturelles restent dans les attributions des CE. « Mais, prévient Catherine Bouillard, il faut bien comprendre qu’un monde sépare les “petits” CE, dont 25 % n’ont aucun moyen pour les ASC, des “grands” CE qui disposent de budgets importants. » C’est là qu’interviennent les Inter-CE, Cezam en l’occurrence. L’idée initiale de ces réseaux a été de mutualiser des budgets de petits et de grands CE afin d’en faire bénéficier le plus grand nombre de salariés.

Myop PBernard CEThales CholetPouvoir d'accès contre pouvoir d’achat

« L’esprit dans lequel nous travaillons, c’est donner du pouvoir d’accès à la culture plutôt que du pouvoir d’achat », souligne la directrice de Cezam Île-de-France. Le réseau Cezam négocie des spectacles, des rencontres, des sorties directement pour ses adhérents et organise même les Prix littéraire et de la BD Cezam inter-CE, qui connaissent un beau succès, avec 350 CE participants. « Très facile à mettre en place », glisse Catherine Bouillard.

Certains CE s’interrogent sur la manière de sortir de leur simple rôle de redistributeur. Catherine Bouillard leur propose une méthode : « D’abord, il faut y aller en douceur. Tout remettre en cause d’un seul coup, c’est prendre le risque de disparaître aux prochaines élections. Ensuite, il faut connaître son public. Qui est-il ? Qui bénéficie des offres ? Qui n’en bénéficie pas et pourquoi ? À partir de ces informations, le CE peut proposer une vraie politique culturelle répondant aux besoins et pas forcément à la demande immédiate. » Le piège à éviter est celui de privilégier l’égalité à l’équité. Une proposition culturelle ne peut pas plaire à tous. L’important est de veiller à favoriser ceux qui n’en bénéficient jamais, ou peu, et de ne pas financer inutilement des offres que les salariés auraient de toute façon achetées. Cette méthode vaut évidemment aussi pour toutes les activités des CE. 

« Un des grands problèmes pour les comités d’entreprise réside dans le fait de convaincre les jeunes salariés de prendre part aux activités, estime Catherine-Bouillard. En cela, les CE doivent se saisir aujourd’hui des pratiques collaboratives (Amap, bourses, échanges de biens, etc.) qui dessinent les contours d’une société plus conviviale. » Cezam ouvre la voie !