La police municipale en première ligne

Publié le 10/06/2016

Dans un contexte de crise budgétaire, l’État encourage le développement des polices municipales pour assurer la sécurité au quotidien. En trente ans, leurs effectifs ont triplé et tutoient désormais les 21 000 membres. Reportage à Troyes.

À Troyes, préfecture de l’Aube de 60 000 habitants, la police municipale ne date pas d’hier. Créée dans les années 60, armée dès 1973, elle fait partie des polices qui se sont très tôt structurées et professionnalisées. Aujourd’hui, 32 agents se relaient jour et nuit, sept jours sur sept, pour assurer la tranquillité des habitants. En voiture, à scooter ou à pied, les policiers municipaux sillonnent la ville avec un leitmotiv : la proximité. « Nous assurons la surveillance générale de la voie publique, résume le chef du service Yann Jolivet. Notre rôle est d’occuper le terrain au maximum pour assurer une présence policière visible et accessible à la population. » À l’heure où la police nationale se concentre davantage sur les interventions ponctuelles ou le travail d’enquête, la police municipale est progressivement devenue un maillon essentiel de la sécurité publique.

Une collaboration de plus en plus étroite avec la police nationale

Policier municipal à Troyes depuis vingt ans, Yann a constaté l’évolution de sa profession. « Au fil des années, nos missions se sont considérablement élargies. Quand j’ai débuté, nous n’avions pas le droit de relever l’identité des contrevenants, nous ne faisions pas de contrôle radar, nous ne nous déplacions pas forcément en cas de tapage nocturne ou de querelles de voisinage et, surtout, nous n’avions que très peu de contacts avec la police nationale, souligne-t-il. Aujourd’hui, nous travaillons en étroite collaboration. » Le partage des informations est devenu plus naturel entre les deux polices. Grâce à leur présence permanente sur le terrain, les « municipaux » sont devenus les interlocuteurs privilégiés des commerçants et des habitants, qui ne manquent pas de les interpeller pour tous les tracas qu’ils rencontrent au quotidien. Charge à eux de transmettre les informations utiles à qui de droit. Et lors des grands rassemblements sportifs ou culturels, la coopération est également de mise. « Les policiers nationaux n’hésitent plus à nous appeler quand ils ont besoin d’un coup de main, renchérit Oliver, brigadier-chef principal en poste depuis dix-sept ans à Troyes. Les mentalités ont évolué, comme notre matériel et notre formation. » 

CBADET 2016 CFDT Police Troyes 01844 caméras de surveillance

L’installation de la vidéo-protection, en 2006, a également favorisé ce rapprochement. La police municipale de Troyes, qui gère 44 caméras, peut mettre à tout moment cet outil à la disposition de la police nationale pour le besoin d’une enquête. Une convention a été signée pour cela. « Sur simple demande, [la police nationale] peut prendre la main sur nos caméras et les piloter à distance, explique le brigadier de permanence. Ils ont également accès à toutes les images filmées pendant quatorze jours. » Alors que l’existence même des polices municipales faisait encore débat dans les années 80, la quasi-totalité des villes a aujourd’hui recruté des policiers. Leur nombre a triplé en trente ans. Ils sont aujourd’hui 21 000 en France, sans compter les gardes champêtres (environ 800) et les quelque 7 000 ASVP (agents de surveillance de la voie publique, chargés essentiellement du stationnement). « À mesure qu’elles se sont développées, les polices municipales ont gagné en visibilité et en légitimité, décrypte Virginie Malochet, sociologue spécialiste des politiques de prévention et de sécurité à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) d’Île-de-France. Il s’agit d’un mouvement de fond qui a été encouragé par les gouvernements successifs, quel que soit leur bord politique, notamment pour ‘‘soulager’’ la police nationale de certaines missions qu’elle n’assurait plus par manque de ressources humaines et financières. Pour autant, il faut se garder de toute généralisation car, en fonction des villes, les policiers municipaux n’assurent pas les mêmes missions, n’ont pas le même armement et ne collaborent pas de la même façon avec la police nationale. Le maire garde un rôle central en la matière. »

jcitron@cfdt.fr

 

             
     

Sarra Kasri

“ Éviter une contamination de la ville en cas de débordements dans les stades ”

Doctorante sur les risques urbains et environnementaux au Laboratoire techniques, territoires et sociétés (latts.fr).

HEMIS 2070487À l’approche de l’Euro de football, la sécurité des stades est au cœur de toutes les préoccupations…

Repères urbains par excellence, les stades cristallisent un certain nombre de vulnérabilités, du fait qu’ils abritent d’une manière ponctuelle des événements sportifs à ambiances festives mais aussi à haut degré de tensions et de frictions entre spectateurs en fonction des enjeux des matchs. De plus, ils concentrent dans 
un espace restreint une densité de personnes de statuts et de profils divers. Le défi est donc de gérer ces événements à haute contrainte sécuritaire sans leur faire perdre leur caractère convivial et, surtout, sans leur infliger une image policière. La Fifa indique d’ailleurs dans son règlement pour la sécurité et la sûreté des stades que « le succès de sécurité au stade consiste à trouver le juste milieu entre la conception
et la gestion du stade ».

Dans les faits, comment cela se traduit-il ?

Plusieurs paramètres structurent la conception des stades. On peut citer le principe de périmètre de sécurité, qui consiste en la création d’une zone tampon permettant de gérer l’évacuation et le contrôle des flux. Ainsi, dans cette épaisseur de territoire dont le centre est le stade, plusieurs aménagements sont créés pour éviter et neutraliser d’une manière efficace une éventuelle « contamination » de la ville en cas de débordements. La fluidité est l’autre principe de conception. Anciennement propre aux véhicules, il s’applique désormais aux piétons, ce qui revient à éviter des obstacles à la circulation. Ces points d’accès, qui dorénavant débordent 
de la limite immédiate du stade, connectent ce dernier à la ville en façonnant son quartier selon les principes d’anneaux de contrôle dématérialisés permettant aux flux des supporters des deux équipes d’être séparés depuis les points de transports et les parkings de voitures, voire des gares de trains. De plus, agents de sécurité publics et privés collaborent désormais dans cette logique de surveillance qui connecte l’intérieur du stade à l’extérieur, leur permettant facilement de suivre le parcours des individus en fonction de leurs profils. En conclusion, ces principes d’intégration des stades, assimilés dès la phase de conception, permettent 
une optimale gestion de ces équipements dans la mesure où ils détournent les situations de tension entre supporters et agents de sécurité en dématérialisant le contrôle et la surveillance.

nballot@cfdt.fr 

     

 

Photos © Cyril Badet / www.cyrilbadet.com - Bertrand Gardel / hemis.fr