La double peine des parents demandeurs d’emploi

Publié le 07/12/2015

Le jour où les candidats pourront se présenter à un entretien de recrutement avec un bébé dans les bras n’est pas près d’arriver. Néanmoins, les parents demandeurs d’emploi ont des droits, parfois méconnus.

La grossesse, comme la parentalité, reste perçue comme un obstacle majeur dans l’accès à l’emploi, selon une étude du Défenseur des droits publiée en 2014. Il est important de rappeler qu’une femme enceinte et demandeuse d’emploi n’est pas censée mentionner sa grossesse lors d’un entretien d’embauche. De son côté, le recruteur n’a pas le droit de poser de questions sur les projets de maternité de la candidate. Ces sujets relèvent de la vie privée.

Côté administratif, la demandeuse d’emploi enceinte doit déclarer son arrêt maternité à Pôle emploi et à la Sécurité sociale, elle perçoit les indemnités journalières pendant la durée de son arrêt et se réinscrit à l’issue de celui-ci.

Après la naissance, à la recherche d’emploi s’ajoute un souci : faire garder son enfant pour se libérer du temps. Le manque de places en crèches et garderies – il faudrait 350 000 places d’accueil supplémentaires pour les enfants de moins de trois ans en France (selon l’Union nationale des associations familiales) – a pour conséquence de donner systématiquement la priorité aux parents salariés.

Pôle emploi lance les crèches solidaires

Face à ce constat, Pôle emploi a lancé en 2014 l’opération « Crèche Solidarité Emploi », sur la base d’un partenariat avec le réseau Crèches pour tous. Les parents qui ne disposent pas d’un mode de garde permanent pour leur enfant sont prioritaires sur les disponibilités d’accueil occasionnel de l’ensemble des crèches partenaires. Ils peuvent ainsi déposer leur enfant afin de se rendre à des entretiens de recrutement. Si la personne est embauchée, l’accueil temporaire peut se poursuivre pendant la période d’essai, le temps de mettre en place une solution pérenne. Selon Crèches pour tous, 1 600 journées d’accueil ont été assurées en 2014, bénéficiant à 320 familles. Plus d’une personne sur trois a retrouvé un emploi et 85% d’entre elles ont estimé que ce dispositif les avait aidées.

Cependant, une fois les enfants scolarisés, un nouvel obstacle se dresse de plus en plus fréquemment. À la pause déjeuner, plusieurs communes ont récemment refusé l’accès de la cantine à des enfants de demandeurs d’emploi, sous prétexte de manque de places. Saisi sur ce sujet, le Défenseur des droits a rappelé en 2013 que l’activité professionnelle des parents ne peut légalement conditionner l’accès à la cantine et que le service public de restauration scolaire doit être ouvert à tous les enfants dont les familles font une demande en ce sens.

mneltchaninoff@cfdt.fr

© Photo Marta Nascimento

   

 

[Europe] Qu’en disent nos voisins européens ?

Si les directives européennes imposent aux Vingt-Huit des congés parentaux, de fortes disparités persistent. 

Les pays exemplaires

Dominée par la norme de la maman au foyer et face à un taux de natalité en berne, l’Allemagne a réformé son congé parental en 2007. L’objectif ? Inciter les hommes à s’occuper de leurs enfants. Après une naissance, les deux parents bénéficient chacun de sept mois, indemnisés par une allocation comprise entre 65% et 67% du revenu mensuel moyen.

À la première place du podium, on trouve la Suède avec son congé parental de seize mois rémunéré à hauteur de 80% du salaire. Là-bas, les parents peuvent chacun obtenir deux mois de congé avant de se répartir les douze derniers mois selon leurs souhaits. Ces droits peuvent être utilisés jusqu’au huitième anniversaire de l’enfant. Enfin, tous sont assurés d’avoir une place en crèche dès l’âge d’un an pour une somme modeste. « Dans un souci d’égalité, les femmes sont encouragées à travailler et à être indépendantes. Le gouvernement accorde donc des mesures généreuses pour faciliter la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. En Suède, il y a peu de femmes au foyer, et le taux de natalité est élevé », indique Marie-Thérèse Letablier, sociologue de la famille à la Sorbonne.

 Les bonnets d’âne

Au Royaume-Uni, le congé parental n’est pas rémunéré. Principal écueil ? Les modes de garde collectifs. Les politiques de soutien familial étant réservées aux familles monoparentales et précaires, les autres doivent se débrouiller en recourant à des nannies ou à des structures d’accueil de jeunes enfants très onéreuses. De même, dans les pays du Sud (Italie, Espagne, Grèce), les crèches sont quasi inexistantes. Les parents misent sur la solidarité familiale pour faire garder leurs enfants. Et nombre de femmes mettent un terme à leur carrière après une naissance. « Dans les pays où les structures de garde sont insuffisantes, les femmes s’éloignent plus longtemps du monde du travail et sont pénalisées dans leur carrière. Celles qui veulent continuer à travailler doivent faire des choix », précise Ariane Pailhé, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques.

Aux Pays-Bas, plus de la moitié des mamans choisissent le temps partiel pour concilier les exigences de leur vie professionnelle et leurs impératifs familiaux. « Ce n’est pas bien vu qu’un enfant reste toute la journée en crèche », révèle Ariane Pailhé. Enfin, lanterne rouge de l’Europe, les pays de l’Est (Hongrie, Roumanie, Pologne), où les femmes, malgré la législation européenne, retrouvent rarement leur emploi après un congé maternité.
       
    afarge@cfdt.fr