La colère monte à Mayotte

Publié le 05/11/2015

Une semaine avant la visite de la ministre de l’Outre-mer, l’intersyndicale a appelé à une manifestation à laquelle 3 000 personnes ont participé. Santé, éducation, retraites, sécurité, dialogue social : tous ces sujets sont particulièrement aigus en raison d’une immigration illégale qui a probablement fait doubler la population mahoraise.

Près de 3 000 personnes ont manifesté le 3 novembre dans les rues de Mamoudzou, chef-lieu et principale ville de Mayotte. Elles répondaient ainsi à l’appel d’une intersyndicale CGT-CFDT-FO-Sud-Solidaires pour « l’égalité des droits, la solidarité et une vraie justice à Mayotte » par rapport au reste du territoire français. (L’île dispose du statut de département depuis 2011.) Une délégation a été reçue par le préfet… qui a botté en touche, renvoyant les décisions aux politiques. Cela tombe bien, la ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin, se rendra sur cette île de l’océan Indien le 9 novembre.

60 élèves par classe

Depuis de longues années, Mayotte fait face à un énorme flux d’immigration illégale qui multiplie les difficultés. La population mahoraise recensée est de 213 000 habitants. « En réalité, il y a probablement plus de 400 000 personnes sur cette île de 374 km2 », observe Ousseni Balahachi, le secrétaire général de l’Union interprofessionnelle CFDT Mayotte. De nombreux Comoriens mais aussi des ressortissants d’Afrique de l’Est fuient la pauvreté de leur pays. « Pour mettre fin à une telle immigration, il faudrait la volonté de deux États, affirme le syndicaliste, or l’État comorien laisse sa population totalement à l’abandon, malgré les aides dont il bénéficie. »

Résultat : « La situation est catastrophique », estime le syndicaliste, qui détaille « la santé, l’éducation, la sécurité, les retraites, le dialogue social ne sont pas à la hauteur de ce qu’ils devraient être et n’ont rien à voir avec ce qui se passe en métropole. » Dans le primaire, il y a 60 élèves par classe répartis pour une moitié le matin et l’autre moitié l’après-midi. « Le nombre de salles de classe est insuffisant et, dans ces conditions déjà inacceptables, la nouvelle réforme des rythmes scolaires est inapplicable sur le territoire. Mais l’Éducation nationale persiste à vouloir l’appliquer », explique Ousseni Balahachi.

L’hôpital est débordé

Autre gros problème : les services de santé sont totalement saturés. « Tous les services de l’hôpital, des urgences à la chirurgie, sont débordés. Les personnels travaillent jusqu’à 200 heures par mois, ils n’ont plus de vie privée. On n’arrive plus à programmer des interventions pour les assurés. Tous les efforts sont consacrés à l’urgence. Les évacuations sanitaires vers La Réunion ou la métropole ont augmenté de 15 %. Il y a environ 90 médecins à l’hôpital aujourd’hui ; il en faudrait 215, selon nos estimations », révèle le syndicaliste. Lors de sa visite à Mayotte, le président de la République avait promis l’ouverture d’un nouveau bloc opératoire. Il se fait attendre, alors que l’hôpital est déjà sous-équipé. De plus, la médecine de ville manque cruellement de… médecins. Beaucoup ont quitté l’île en raison des problèmes liés à l’éducation et à l’insécurité grandissante qui y règne aujourd’hui.

Si la départementalisation a permis de faire un grand pas en 2011, certaines administrations et réglementations restent à la traîne. Ainsi, dans le secteur privé, les cotisations de la Caisse de Sécurité sociale de Mayotte (CSSM) sont-elles toujours plafonnées et n’offrent que des pensions de 450 euros par mois au maximum. Dans le public, l’intégration des différentes fonctions publiques date de 2007 mais l’ancienneté des agents ayant commencé à travailler avant cette date n’est pas prise en compte lors de la liquidation de leurs droits !

Le dialogue social mis à mal

Enfin, le dialogue social est particulièrement mis à mal ces derniers temps. L’intersyndicale est toujours très remontée contre le licenciement de trois délégués syndicaux, dont un CFDT chez Colas, entreprise du bâtiment filiale de Bouygues. Le conflit remonte au moins de juin et a déjà donné lieu à plusieurs jours de grève. Enfin, un conflit entre deux entreprises travaillant sur le port de Longoni, la Smart et Mayotte Channel Gateway (MCG), met en péril 189 emplois, sans que les syndicats aient leur mot à dire. La CFDT ne laissera pas la situation se dégrader sans rien faire et compte évidemment en discuter avec la ministre des Outre-mer lors de sa venue.

dblain@cfdt.fr