La CFDT-Pays basque investie dans la Conférence humanitaire pour la paix

Publié le 12/06/2015

Cette conférence humanitaire historique, qui a eu lieu le 11 juin à Paris, vise à relancer le processus de paix au Pays basque et à mettre l’accent sur la situation des prisonniers et des victimes du conflit. La balle est dans le camp des gouvernements français et espagnol. 

« Un vent de paix souffle sur le Pays basque. » Ces mots de soutien, adressés par Michel Rocard et transmis par le député Paul Molac, ont ouvert la Conférence humanitaire pour la paix au Pays basque, qui s’est tenue le 11 juin dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, à Paris. Devant plus de 300 participants, et pendant près de quatre heures, une vingtaine d’intervenants ont plaidé en faveur du processus de paix engagé depuis 2011 après la Conférence d’Aiete à San Sebastian à la suite de laquelle l’ETA, l’organisation indépendantiste basque, avait décidé d’abandonner la lutte armée. La CFDT-Pays basque est partie prenante dans ce processus de paix et était présente lors de la Conférence de Paris.

« Nous sommes tout à fait à l’aise, affirment Michel Larralde, secrétaire général de la CFDT-Pays basque et Jean-Pierre Etcheverry, la CFDT-Pays basque a toujours condamné la violence d'où qu'elle vienne, affiché son hostilité à la lutte armée et milité en faveur de la paix, en conformité avec les valeurs de notre organisation. » Discrètement depuis 2011, ces deux militants cédétistes se sont investis dans un groupe de dialogue du Pays basque qui rassemble des représentants locaux de partis politiques et d’organisations diverses (PS, EELV, des centristes, des LR [ex-UMP], des indépendantistes basques). La CFDT est la seule organisation syndicale à s’être impliquée dans ce groupe en phase avec la société civile basque et la majorité des Basques pour qui ce conflit n’a que trop duré.

Le groupe de dialogue s’est engagé dans le processus de paix après la Conférence d’Aiete au cours de laquelle une déclaration a été rédigée par six leaders internationaux (Kofi Annan, Gro Harlem Brundtland, Bertie Ahern, Gerry Adams, Jonathan Powell et Pierre Joxe). Cette déclaration invitait l’ETA à abandonner la lutte armée et les gouvernements français et espagnol à se saisir de cette opportunité pour mettre un terme à ce conflit qui, en quarante ans, a fait 832 morts et 2 500 blessés.

Un soutien international de poids

ETA a répondu positivement à la demande des signataires de la déclaration et a fait mettre sous scellé et hors d’usage une partie de son arsenal qu’il a placé sous le contrôle d’une commission de vérification. En revanche, les États français et espagnol, en attendant que le reste de l'arsenal soit neutralisé et hors d'usage, font preuve depuis d’une grande surdité. Pourtant, cette main tendue recueille un soutien international important (Tony Blair, Bill Clinton ou encore de Luiz Inácio Lula Da Silva). Pour relancer le processus de paix, le groupe de dialogue s’est alors engagé dans le montage d’une conférence humanitaire pour la paix au Pays basque aux côtés du Groupe international de contact, de la Ligue des droits de l’Homme, de Conciliation Resources, de la Berghof Foundation, du Foro social por la paz et de Bake Bidea (Mouvement civil du « chemin de la paix »).

La Conférence de Paris a permis d’entendre le témoignage émouvant des victimes des différents belligérants, des experts irlandais et sud-africains de règlements des conflits et le point de vue des prisonniers par la voix de Gabriel Mouesca, le coprésident du Comité des droits de l’Homme au Pays basque. Il reste aujourd’hui 459 prisonniers dont 94 dans 26 prisons françaises et 365 dans 44 prisons en Espagne. Soixante et un de ces prisonniers sont incarcérés à plus de 1 000 km du Pays basque et cent vingt et un entre 800 et 1000 km. En France, seuls quatre prisonniers basques sont détenus au Pays basque. Trente-cinq d’entre eux sont en prison depuis plus de vingt ans. Les prisonniers basques ne bénéficient d’aucune remise de peine.

Des mesures en faveur des prisonniers et des victimes

« Il doit être possible de faire quelque chose aujourd’hui pour ces prisonniers », a admis Pierre Joxe, ancien ministre de l’Intérieur, peu soupçonnable de sympathie pour la lutte armée. À la fin de la Conférence de Paris, le magistrat Serge Portelli a présenté un manifeste reprenant quatre points de la déclaration de la Conférence d’Aiete :

  • aller au bout du processus de désarmement d’ETA avec une implication des gouvernements français et espagnol ;

  • mettre un terme à la dispersion des prisonniers  basques et qu’ils puissent bénéficier de mesures d’aménagement de peine ainsi que de libération pour les plus malades ;

  • des mesures de reconnaissance, de compensation et d’assistance pour toutes les victimes ; enfin une réelle implication des gouvernements français et espagnols dans la résolution du conflit au Pays basque.

Ce manifeste a été signé par plusieurs dizaines de personnalités parmi lesquelles Henri Leclerc, Bernard Kouchner, Ariane Mnouchkine, Edgar Morin, Michel Rocard, Michel Wievorka, Marie Darrieussecq, Monseigneur Mixel Cartatéguy, entre autres.

dblain@cfdt.fr