Journée des droits des femmes : “Le syndicalisme du XXIe siècle sera féministe ou ne sera pas !”

Publié le 08/03/2016 (mis à jour le 25/03/2016)

Pourquoi est-il si difficile de parvenir à l’égalité professionnelle, à la mixité, la parité ? Comment dépasser les blocages ? Les interventions qui se sont succédé lors de la journée du 3 mars organisée par Dominique Marchal, déléguée femmes à la Confédération, ont alimenté la réflexion des responsables des unions régionales et fédérations.

La force des stéréotypes véhiculés par tous, y compris par les femmes, entretient un sexisme latent à l’œuvre à tous les niveaux de la société. C’est le fondement même des inégalités et de la ségrégation, contre lesquelles les lois, si indispensables soient-elles, ne suffisent pas.

Un sexisme “bienveillant”

La démonstration en a été faite par Brigitte Grésy, la secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle et auteur du Petit traité contre le sexisme ordinaire : « On attribue aux femmes le sens du lien social, de l’écoute, le care [compétence du soin, de l’attention aux autres]. Même quand elles sont cadres, les femmes sont recrutées pour leur prétendue valeur ajoutée, et l’on retombe dans des dichotomies propices aux inégalités. Aux femmes les métiers de la communication, aux hommes la stratégie de l’entreprise et la gouvernance. »

Au sexisme hostile succède un sexisme subtil, voire « bienveillant », dénonce Brigitte Grésy. Les femmes s’autocensurent, font des choix a minima. Elles sont éduquées dans ce sens depuis leur plus jeune âge. Pour se projeter dans un métier, il faut pouvoir s’identifier. Or la représentation des femmes dans les manuels scolaires les plus récents reste incroyablement rétrograde, comme le démontre une étude rapportée par Amandine Berton-Schmitt, du centre Hubertine Auclert. Dans un manuel de CP, la seule femme représentée dans un métier traditionnellement réservé aux hommes, une pompière, est montrée… servant des parts de gâteaux à la fête de l’école. Aucune femme n’apparaît dans les pages des manuels d’histoire. En sciences, Marie Curie est citée pour avoir « contribué aux travaux de son mari Pierre Curie ». Quelques exemples parmi tant d’autres…

« Les stéréotypes ne sont pas des concepts fumeux, affirme Thierry Cadart, secrétaire national, ils conduisent aux discriminations et aux inégalités professionnelles, avec une concentration de femmes dans les métiers les moins valorisés, à temps partiel, mal payés, et une concentration d’hommes dans les métiers techniques plus valorisés et reconnus. »

À travail égal, salaire égal

Sur ce sujet, l’intervention de Séverine Lemière, économiste et maître de conférences à l’Université Paris Descartes et membre du réseau Mage (Marché du travail et genre), a été très éclairante. Ses travaux, une analyse des emplois massivement occupés par des hommes et ceux dévolus aux femmes, prouvent que les compétences mises en œuvre dans les deux cas ne sont pas reconnues de la même façon. « Pourquoi ne pas revaloriser les métiers les plus féminisés, avec pour conséquence une plus grande mixité ? » Un travail sur les grilles et les classifications permettrait alors de donner corps à la revendication CFDT « à travail de valeur égale, salaire égal ». Une piste que Thierry Cadart encourage à suivre, convaincu que « le syndicalisme du xxie siècle sera féministe ou ne sera pas ! »

mneltchaninoff@cfdt.fr

     

Bientôt un plan mixité dans chaque organisation ?

Le combat pour l’égalité – réelle ! – entre les femmes et les hommes implique de changer les représentations et les comportements. « Pour cela, il nous faut une CFDT à l’image de toute la société, insiste Thierry Cadart. La CFDT compte 48,6 % d’adhérentes, mais seulement 38 % de femmes dans les exécutifs des fédérations et Uri. Nous n’avons pas le droit de nous y résigner ! » Le plan d’action mixité est actuellement trop peu mis en œuvre, selon le secrétaire national, qui voit deux opportunités à ne pas manquer en vue de repenser la place des femmes. D’une part, la mixité proportionnelle des listes aux élections professionnelles introduite par la loi Rebsamen (une revendication de longue date de la CFDT) ; d’autre part, la création des nouvelles Uri des grandes régions. Moyennant quoi le défi lancé en début de journée par Marie-Andrée Seguin, secrétaire nationale à l’égalité professionnelle – « pourquoi pas un plan d’action mixité dans toutes les organisations, avant notre prochain congrès ? » – pourrait bien être relevé.