Freelance : la CFDT à l’écoute des nouveaux ni-ni

Publié le 17/03/2017 à 15H59
Ni salariés, ni libéraux, les freelances ont organisé le premier événement entièrement consacré à leur situation. Les militants CFDT étaient aux premières loges.

Le lieu ne pouvait pas être mieux choisi. L’espace culturel la Bellevilloise implanté dans les bâtiments de la plus ancienne coopérative parisienne fondée en 1877, a accueilli jeudi 16 mars la première édition de la Freelance fair, un événement consacré aux travailleurs indépendants. Selon l’Insee, ils sont 2,8 millions en France à exercer une activité non-salariée à titre principal. Parmi eux, 830 000 peuvent être considérés comme des « freelances », ces nouveaux indépendants aussi éloignés des professions libérales réglementées que du monde salarial, selon Noémie de Grenier, codirectrice générale de Coopaname.

« Beaucoup ont un sentiment de déception vis-à-vis de l’entreprise, souligne Adrien Montcoudiol, cofondateur de Mangrove, un collectif qui compte aujourd’hui une centaine de freelances spécialisés dans les nouvelles technologies. Ils ont envie de plus de liberté, de moins de hiérarchie. » Un idéal qui n’exclut pas de se confronter à la réalité du monde du travail.

Le stand de la CFDT (dr)

L’événement organisé par l’association la Mutinerie, proposait plusieurs tables rondes et ateliers consacrés aux nouveaux statuts des travailleurs, à l’avenir de notre modèle de protection sociale, à la porosité des frontières entre sphère privée et vie professionnelle, etc. L’occasion pour les 500 participants, plutôt jeunes et très connectés, de s’interroger sur la façon de se lancer ou de naviguer dans cette zone grise du marché du travail pour ceux qui se sont déjà jetés à l’eau. Entendus au gré des rencontres : « Quand on travaille à la mission que se passe-t-il quand on tombe enceinte ? » ; « quoi faire quand un freelance est victime de harcèlement de la part de son client ? » ; « comment se maintenir à niveau professionnellement pour répondre à des commandes ? ».

«La frontière entre salariés et indépendants tend à disparaître »

 

« Toutes ces questions, c’est notre cœur de métier, rappelle Olivier Lelong, secrétaire fédéral en charge de la plateforme Union lancée récemment par la F3C (fédération communication conseil culture). Notre souhait c’est de rassembler les travailleurs indépendants pour leur permettre de faire entendre leur voix. Ils sont surpris qu’une organisation syndicale, qui représente souvent à leurs yeux le « vieux » monde du travail, s’intéresse à leurs problématiques. Union s’appuie sur la puissance institutionnelle et les réseaux de la CFDT. On sait à quelle porte frapper pour résoudre les problèmes, décrypter ou écrire des textes juridiques… »

Table ronde consacrée à la représentativité des freelances (dr)

Autant de ressources qui peuvent être utiles à des travailleurs parfois seuls face à leurs difficultés. « On rentre dans ce sujet de façon très pragmatique, insiste Alexis Masse, secrétaire confédéral chargé du numérique. Lorsque les chauffeurs Uber réclament une rémunération décente, nous nous trouvons au centre du combat syndical. Mais les demandes peuvent être multiples et les solutions, imaginées uniquement au cas par cas, en fonction des besoins. Pour certains la création de coopératives d’activités et d’emplois par exemple sera une solution, pour d’autres c’est le portage salarial qui conviendra le mieux. Aujourd’hui la moitié des autoentrepreneurs sont salariés. Ils ont deux statuts. La frontière entre salariés et indépendants a tendance à disparaître. On se retrouve face à des formes d’emploi qu’on ne sait plus classer. La vraie question, c’est comment dans ce nouveau paysage on vous sécurise le mieux possible. »

Faire avec les premiers concernés, c’est aussi le leitmotiv d’Ivan Béraud  ancien secrétaire général de la F3C. « Ici on croise beaucoup de jeunes, qui sont sur des nouveaux secteurs d’activité, constate-t-il. Ce sont des salariés avec qui nous n’avons que peu de contacts habituellement et pourtant on sent chez eux une envie de se structurer. » La présence de plusieurs militants CFDT de la F3C, de la fédération PSTE (protection sociale, travail, emploi), de la Confédération ou de l’Union régionale d’Île-de-France, leur aura peut-être donné des idées.

dprimault@cfdt.fr