Élections départementales : “Le FN n’est pas un parti comme les autres”

Publié le 05/03/2015

Dans la perspective des élections départementales des 22 et 29 mars prochains, le secrétaire national Jean-Louis Malys explique les règles d’incompatibilité entre les mandats politiques et syndicaux dont s’est dotée la CFDT pour éviter les conflits d’intérêts.

À chaque élection politique, la CFDT réaffirme sa position, « ni neutre ni partisan ». Comment cela se traduit concrètement dans l’organisation ?

Je tiens à préciser que la CFDT n’a rien contre l’engagement politique, bien au contraire. C’est un acte citoyen qu’il faut encourager, comme l’engagement syndical ou associatif. On peut parfaitement être adhérent à la CFDT tout en militant dans un parti politique ou dans une association. La seule règle : il est interdit de se prévaloir de son appartenance à la CFDT lorsque l’on brigue ou exerce un mandat politique.

       
   

La politique, un engagement citoyen

Que la CFDT estime nécessaire de fixer des règles d’incompatibilité entre les mandats politiques et syndicaux ne signifie pas qu’elle se défie de l’engagement politique. Militer dans un parti politique, être candidat à une élection ou assumer des responsabilités d’élu constitue un engagement citoyen que l’on ne peut que saluer.

Une prise en compte de la diversité des mandats

L’article 26 du règlement intérieur de la CFDT fixe les règles d’incompatibilité entre les mandats politiques et syndicaux. Si, à l’échelle nationale, l’incompatibilité est totale, au niveau local, il convient d’apprécier la situation au cas par cas. Il est impossible d’établir des règles très strictes.

Des valeurs historiques toujours d’actualité

Adhérer à la CFDT est un acte volontaire qui signifie adhérer à une organisation ayant des valeurs fortes. Elles sont résumées dans une déclaration de principes qui ne peut être modifiée que par un vote du congrès réunissant les deux tiers des mandats. C’est ce qui s’est passé au congrès de Marseille, en juin 2014. En près d’un siècle, la déclaration de principes n’a été modifiée que quatre fois : en 1919, 1947, 1964 et 2014.

   

La question de l’incompatibilité se pose aux adhérents qui ont des mandats syndicaux afin d’éviter tout conflit d’intérêts. En ce qui concerne les scrutins nationaux, le règlement intérieur de la CFDT se révèle très précis. L’article 26 indique qu’« aucune fonction ou responsabilité syndicale, de la section syndicale à la Confédération, ne peut se cumuler avec un mandat de député, sénateur ou parlementaire européen ». Pour les scrutins locaux – municipal, départemental ou régional –, cet article 26 précise que l’« incompatibilité sera appréciée à l’échelon de chaque structure syndicale intéressée (section, syndicat, union locale, départementale, régionale) ». En clair, c’est aux structures locales d’évaluer s’il existe un risque de confusion.

Que doit faire un élu CFDT qui se porte candidat à une élection politique locale ?

Il lui suffit de prévenir son syndicat, son union départementale ou son union régionale interprofessionnelle selon la ou les fonctions qu’il exerce. Dans la plupart des cas, ses mandats sont suspendus le temps que dure la campagne électorale. S’il est élu, une discussion s’engage afin de savoir quels sont les mandats incompatibles avec ses nouvelles fonctions. L’idée n’est pas d’établir des règles strictes mais bien d’apprécier la situation localement afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté entre les deux formes d’engagement citoyen. Précisons que l’étiquette politique n’entre pas en considération. Un adhérent CFDT peut militer dans le parti politique de son choix, sauf si son choix se porte sur un parti dont les valeurs se révèlent incompatibles avec les nôtres, tel le Front national.

Pourquoi opérer une distinction aussi tranchée entre le Front national et les autres formations politiques ?

Lorsqu’un salarié fait le choix de rejoindre la CFDT, il doit être conscient qu’il entre dans une organisation ayant une histoire porteuse de valeurs auxquelles nous tenons et qui sont inscrites dans nos statuts. Les idées véhiculées par un parti comme le Front national sont à l’opposé de ce qui fait l’identité de la CFDT. Même si ce parti prétend se banaliser afin de présenter un visage plus attrayant, la CFDT le dit et le redit : le Front national n’est pas un parti comme les autres. À un moment, il faut choisir son engagement. On ne peut adhérer à la CFDT et défendre la préférence nationale dans l’entreprise ou désigner comme responsable de tous les maux telle population, telle religion ou telle catégorie de citoyens.

Cette position est-elle toujours bien comprise en interne ?

Nos adhérents, à l’image des Français, se posent des questions dans une période économique difficile. La CFDT ne veut stigmatiser personne, et il n’est pas question d’organiser une quelconque chasse aux sorcières. Certaines personnes ont été séduites ou manipulées par l’extrême droite, puis ont regretté ce choix. Elles n’ont pas été exclues de la CFDT. Sur ce sujet, le dialogue entre les salariés concernés et les différentes structures de notre organisation est primordial. En revanche, si une personne persiste à afficher haut et fort des convictions contraires aux nôtres, nous devons être intransigeants. D’ailleurs, cette question des valeurs ne se réduit pas à la problématique du Front national : nous avons déjà exclu des personnes qui, bien que n’appartenant à aucun parti politique, ont fait des déclarations publiques racistes ou antisémites.

Propos recueillis par jcitron@cfdt.fr