Ecole de la confiance, une loi “patchwork”

Publié le 16/07/2019

La loi pour une école de la confiance ne fait pas l’unanimité. Malgré un manque de concertation initiale, le débat parlementaire a permis quelques avancées et l’abandon de mesures négatives

« Une réforme patchwork, ni globalement positive, ni franchement négative, menée dans la précipitation, » c’est ainsi que la secrétaire générale du Sgen-CFDT, Catherine Nave-Bekhti, juge la loi pour une école de la confiance adoptée par le parlement début juillet. « Nous n’avons pas été associés comme nous avions pu l’être par exemple dans le cadre de la loi Orientation et réussite des étudiants adoptée en 2017, regrette-t-elle. La fenêtre de tir était étroite. A partir du moment où le gouvernement souhaitait introduire l’obligation de scolarité à trois ans, il fallait passer par une loi, et la volonté du gouvernement d’appliquer cette mesure dès 2019 a entraîné une course de vitesse. Nous avons eu une simple présentation orale du texte puis un temps très court pour proposer des amendements. » Même constat du côté de la Fédération de l’enseignement privé, Fep-CFDT, « nous n’avons absolument pas été concertés, » souligne Bruno Lamour, son secrétaire général.  

Pré-recrutement des enseignants

Volontiers qualifiée de « fourre-tout », la loi pour une école de la confiance touche à divers sujets, dont celui de l’accès au métier d’enseignant. « Parmi les éléments intéressants de cette loi, nous retenons la possibilité de pré-recrutement pour les assistants d’éducation qui se destinent à l’enseignement,» approuve Catherine Nave-Bekhti. Ceux-ci se verront confier des heures d’enseignement – sans toutefois être en responsabilité d’une classe, ni cumuler un nombre d’heures excessif, deux garde-fous demandés par la CFDT. Ils bénéficieront d’un contrat de professionnalisation et d’un aménagement de leur temps de travail, une solution proche du statut d’apprenti revendiqué par le Sgen, nécessaire pour renouveler le recrutement des enseignants et rendre la profession accessible aux jeunes de milieux populaires.

La formation des enseignants restera bien dans le giron universitaire, ce qui semblait un temps remis en cause, et le niveau bac plus 5 est maintenu pour les professeurs du primaire comme du secondaire. Les étudiants passeront désormais le concours à la fin de leur cursus, en deuxième année de master et non plus en fin de master 1, ce qui correspond à une demande de la fédération.

L’école à trois ans

Sur le plan de la scolarité, l’école à trois ans est présentée comme la mesure phare de la réforme. Catherine Nave-Bekhti en relativise la portée. « Aujourd’hui 97% des enfants sont déjà scolarisés à 3 ans, rappelle-t-elle. Nous n’étions pas demandeurs de cette mesure et nous pensons qu’elle ne bénéficiera pas à un grand nombre d’élèves. Si nous prenons l’exemple de Mayotte, où la marche pour parvenir à un taux satisfaisant est la plus haute, nous voyons que le bâti scolaire est insuffisant et ne permet même pas une scolarisation à temps plein en élémentaire. Il y a là une rupture d’égalité très forte par rapport à la situation dans la métropole. » Un autre risque est pointé par le Sgen : que la maternelle perde sa spécificité et devienne une école primaire bis. Pour preuve, l’obligation de la scolarité à trois ans induit un contrôle de l’assiduité renforcé. Or ce n’est pas l’esprit de la maternelle dont les enseignants veillent à amener les enfants (et les parents) à se familiariser peu à peu avec l’école.

Des mesures idéologiques supprimées

Un amendement proposait d’ailleurs de supprimer les allocations familiales en cas d’absentéisme à l’école. Il a finalement été supprimé. « Un certain nombre de mesures purement idéologiques ont été retirées du texte, » indique Catherine Nave-Bekhti. C’est le cas de l’interdiction faite aux parents de porter des signes religieux pendant les sorties scolaires, un amendement qui n’a pas été retenu. En revanche, toujours dans le domaine des symboles, le drapeau français et la Marseillaise feront leur entrée dans les salles de classe.

Au tableau des amendements disparus figure aussi celui sur la fusion des écoles élémentaires et des collèges en établissements publics des savoirs fondamentaux. Autant le Sgen-Cfdt est favorable à un statut de l’école primaire lui donnant plus d’autonomie, à une « école du socle » permettant une continuité pédagogique entre l’école et le collège et à un renouvellement de la gouvernance, autant l’amendement proposé par l’Assemblée ne lui convenait pas. « Le texte soumettait le premier degré au second degré et laissait entendre que nous n’aurions plus besoin des directeurs d’école, il a été retiré, » constate Catherine Nave-Bekhti, regrettant que le tempo de la réforme n’ait pas permis un véritable débat sur ce sujet.

L’évaluation de l’école en question

Ce n’est pas le seul regret de la responsable du Sgen, qui déplore également la suppression du Conseil national d’évaluation du système scolaire, Cnesco. Cette instance indépendante du ministère de l’Education nationale, au sein de laquelle enseignants et parents d’élèves étaient représentés, était chargée d’étudier l’impact des politiques éducatives. Le Cnesco sera remplacé par un Conseil d’évaluation de l’école davantage tourné vers la mesure de la performance des établissements. Difficile d’imaginer dans ces conditions la façon dont seront évalués les effets de la loi sur l’évolution de l’école. 

mneltchaninoff@cfdt.fr