Décrochage scolaire : le Sgen-CFDT demande un vrai statut pour les personnels

Publié le 10/01/2014

Annoncés le 8 janvier, les premiers résultats du plan de lutte contre le décrochage scolaire lancé par Vincent Peillon à la fin de 2012 sont encourageants. Raison de plus selon le Sgen-CFDT pour lutter contre la précarité des personnels qui s'investissent dans ces missions.

En un an, 23 000 jeunes ont remis le pied à l’étrier : 20 000 sont en formation initiale, 3 000 en service civique. S’y ajoutent 11 000 jeunes engagés dans un parcours de retour en formation. On utilise le sigle CPIF (coordination pédagogique et ingénierie de formation) pour désigner les professionnels chargés de repérer ces jeunes, de les remotiver et de les former en vue d’une insertion durable. Beaucoup moins connus que leurs collègues enseignants « disciplinaires », ils ont le sentiment de travailler dans l’ombre et sans obtenir une réelle reconnaissance. Une situation paradoxale à un moment où le gouvernement souhaite enrayer le phénomène des 140 000 jeunes qui, chaque année, fuient l’école dès 16 ans, et qui, sans diplôme ni emploi, disparaissent des écrans radar. Pour l’année 2014, l’objectif du ministère est de continuer sur la lancée de 2013 et de faire revenir en formation initiale 25 000 jeunes supplémentaires.

La précarité des CPIF

« Nous n’avons pas attendu la circulaire Peillon en 2012 pour faire ce travail de raccrochage des jeunes mais, aujourd’hui, alors que des objectifs ambitieux sont fixés, nous avons besoin d’une plus grande légitimité, qui passe par la reconnaissance de notre statut », affirme Ezio Pillonetto, secrétaire fédéral du Sgen-CFDT et lui-même coordinateur au sein de la MLDS (mission de lutte contre le décrochage scolaire), ex-MGI (mission générale d’insertion), à l’académie de Bordeaux. Le Sgen, qui réclame depuis déjà plusieurs années un groupe de travail sur la situation de ces personnels, a déposé un préavis de grève pour le 12 février prochain.

Les « CPIF », un peu plus de 800 personnes à l’échelle nationale, subissent pour la plupart une précarité de leur emploi. Recrutés par l’Éducation nationale dans le cadre des MLDS, ils travaillent au sein des collèges, des lycées professionnels ou dans des structures du style microlycées. La loi Sauvadet du 12 mars 2012 a permis à un tiers d’entre eux d’obtenir une titularisation au bout de six ans de CDD, mais 50 % restent des contractuels, voire des vacataires parfois payés à l’heure par les établissements. Leur travail s’organise en fonction des besoins des jeunes en difficulté : recoupement des fichiers existants – missions locales, CIO (centres d’information et d’orientation), CFA (centres de formation des apprentis), etc. – pour appeler les jeunes disparus dans la nature, entretiens en face à face, conception de modules de formation collective et/ou individuelle, suivi des jeunes en stage en entreprise, accompagnement éducatif et soutien psychologique… Au fil du temps, de véritables outils pédagogiques ont ainsi été élaborés. « L’Éducation nationale souhaite nous faire intervenir en amont et renforcer la prévention du décrochage scolaire, explique Ezio Pillonetto. Nos missions évolueront vers du conseil auprès des équipes éducatives et des chefs d’établissement. Il s’agira de procéder à des analyses des besoins et de préconiser des actions. Cela semble compliqué pour un non-titulaire de s’imposer dans un univers où le statut pèse si lourd, comme en témoigne la différence toujours prégnante entre profs certifiés et agrégés. »

mneltchaninoff@cfdt.fr