Déception et explosion de colère à Mayotte

Publié le 12/11/2015

Après la visite de la ministre des Outre-Mer en début de semaine, la grève générale à l’appel de l'intersyndicale CGT-CFDT-FO-FSU-Solidaires-FAEN se poursuit à Mayotte. Les syndicalistes estiment que la ministre n’a pas répondu à leurs attentes. Des débordements violents sans lien avec le mouvement social se sont produits le jeudi 12 novembre, accentuant encore l’insécurité sur l’île. 

Les syndicats, déçus par les réponses « insatisfaisantes » du gouvernement à leurs revendications, ont appelé jeudi à la poursuite du mouvement de grève, alors qu'ils revendiquent « l'égalité des droits » (Lire notre article du 5 novembre) à Mayotte par rapport au reste du territoire français, notamment au niveau des salaires et des retraites.

Sur la question des retraites, la ministre a annoncé la prise en compte de l’ancienneté des agents à hauteur de 100 % des années passées dans les « corps transitoires », c’est-à-dire le dispositif d’intégration dans la fonction publique telle qu’elle existe en métropole. Mais la création de ces « corps transitoires » date de 2004. « De nombreux agents recrutés dans les années 70, après le referendum qui a vu le maintien de Mayotte dans la République française, attendent une régularisation et la prise en compte de toutes ces années pour partir en retraite », explique Ousseni Balahachi, le secrétaire général de l’Union interprofessionnelle CFDT Mayotte.

Des réponses immédiates pour faire face à l’urgence

De même sur la relance de l’économie mahoraise, l’investissement de 400 millions d’euros au cours des quatre prochaines années annoncé par la ministre est très critiqué par le syndicaliste. « Même si c’est une bonne chose sur le moyen terme, nous avons besoin de réponses immédiates pour faire face à l’urgence et faire baisser la tension », estime Ousseni Balahachi. Pour lui, les violences qui se sont déroulées en marge du mouvement de grève et notamment des opérations escargot pilotées par l’intersyndicale étaient prévisibles. « Ce sont des jeunes, souvent en situation illégale sur le territoire, laissés à l’abandon car il n’y a pas de structures suffisantes pour les accueillir et les intégrer », regrette-t-il.

Des journalistes molestés

Des barrages ont été dressés sur les routes au nord, au sud et au centre de Mayotte, à l'aide notamment de carcasses de voitures brûlées. Des incidents se sont produits entre les jeunes et des automobilistes qui tentaient de forcer les barrages. Des automobiles, y compris celle de la police, ont été caillassées. Des journalistes ayant tenté de filmer ou de prendre des photos ont été molestés par des jeunes. Les liaisons maritimes entre la Grande Terre et la Petite Terre sont bloquées par le mouvement de grève. Le préfet a recommandé à la population de limiter « au strict nécessaire » ses déplacements entre les deux îles.

Jeudi après-midi, le préfet a rencontré les organisations syndicales. Il a demandé à l’intersyndicale de proposer une méthode de travail pour envisager des négociations sur la base de leur plate-forme revendicative.

dblain@cfdt.fr