Agriculture : Un secteur économique dans la tourmente

Publié le 05/03/2020

Bien qu’écourtée, la 57e édition du Salon international de l’agriculture a été l’occasion de mettre en lumière les nombreux défis que doit relever le secteur. Dont celui de la pénibilité.

Bien sûr, comme chaque année lors de cette gigantesque manifestation du Salon de l’agriculture (près de 620 000 visiteurs, plus de mille exposants, des milliers d’animaux de race, etc.), qui s’est tenu cette année du 22 au 29 février à Paris, il aura été question de la beauté des charolaises ou des qualités laitières des Prim’Holstein ou des montbéliardes. Mais pas seulement. Le secteur est confronté à tant de défis et difficultés que l’ambiance ne pouvait pas être celle des comices agricoles. Si le sujet des impacts du coronavirus s’est imposé dans les derniers jours du salon, celui de l’avenir du secteur était, lui, bien présent depuis le début. Le titre même du salon « L’agriculture vous tend les bras », illustre à la fois l’envie de réconciliation du monde agricole avec la population et la problématique du besoin de main-d’œuvre (la FNSEA estime à 70 000 le nombre d’emplois non pourvus) et de l’attractivité du secteur, qui peine à séduire les jeunes générations.

Des difficultés de recrutement

     


Élections à la Mutualité sociale agricole : victoire CFDT !

« Une belle victoire »… Les responsables de la FGA-CFDT n’ont pas caché leur fierté au soir des résultats des élections des 15 000 délégués à la Mutualité sociale agricole (MSA) – le régime de protection sociale du monde agricole. Avec 42,39 % des voix, la CFDT arrive largement en tête du collège salariés, en progression (+ 1,10 point) depuis le dernier scrutin, il y a cinq ans. Et qui est la seule organisation, avec la CFE-CGC (qui totalise 24,05 % des voix) à progresser. FO (9,2 %) et la CGT (20,56 %) sont en recul. Une première étape très encourageante puisque le processus électoral se poursuit : les élections des administrateurs régionaux se tiendront au début avril et celles qui désigneront les administrateurs centraux en mai. La CFDT est majoritaire dans 11 caisses régionales (sur les 35 que compte la MSA). À suivre, donc !

     

D’ici à dix ans, 50 % des agriculteurs vont partir à la retraite et, aujourd’hui, seulement 8,5 % des agriculteurs ont moins de 35 ans. « Les difficultés de recrutement auxquelles les entreprises doivent faire face ne peuvent se résumer à un simple problème de manque de compétences et à un déficit d’image du secteur, recadre Fabien Guimbretière, le secrétaire général de la FGA-CFDT (Fédération générale de l’agroalimentaire), qui comme chaque année tenait un stand. La réponse doit s’inscrire dans un plan d’action global ambitieux et attractif, autour de la sécurisation des parcours professionnels et du développement des compétences, de la construction de grilles de rémunération incitatives et de l’amélioration des conditions de travail et de la prévention de la pénibilité. » De fait, s’il est un mot que Laurent Berger aura entendu lors de son déplacement au salon, le 27 février, c’est bien celui de « pénibilité ». Venu rencontrer les responsables des organisations représentatives du monde agricole (dont ceux de la FNSEA, de la Coopération agricole ou de la MSA) et les militants de la FGA, le secrétaire général aura été maintes fois interpellé sur ce thème. Que ce soit par les militants d’ID Verde, une entreprise paysagiste implantée à Nantes (125 salariés) et Angers (80 salariés), qui n’emploie que très peu de femmes du fait de la pénibilité des métiers (élagage, manutention de charges lourdes, travaux soumis aux aléas climatiques, etc.), par les militants de Daunat (préparation de sandwichs et salades industriels, qui emploie entre 270 et 400 salariés sur le site de Laon, avec les étudiants et les intérimaires) ou par les militants des Maîtres Laitiers du Cotentin (coopérative de transformation laitière, 822 salariés).

Trop souvent inaptes avant l’âge de la retraite…

Dans leurs métiers, qui présentent des contraintes pénibles fortes, « on connaît tous beaucoup de salariés qui partent pour inaptitude, bien avant l’âge de la retraite », reconnaît un militant. « C’est pourquoi la CFDT se bat depuis si longtemps pour mieux faire reconnaître la pénibilité et l’importance de la qualité de vie au travail », martèle Laurent Berger. Mais sur ces thèmes, les pourparlers avec les employeurs du secteur sont compliqués… pour ne pas dire au point mort. « Le patronat n’a toujours pas compris l’importance du travail chez les jeunes : la quête du sens et la recherche d’une qualité de vie qui passe par la vie professionnelle. »

… Et inquiets pour l’avenir

S’il a été beaucoup question du travail et des conditions de travail pendant le salon, ce sont aussi les questions d’emploi et d’avenir des filières qui mobilisent le monde agricole et ses représentants syndicaux. De nombreuses filières sont fragilisées, exposées à une rude concurrence mondiale, et dont les salariés font, au final, les frais. Comme en témoigne Éric Blot, délégué syndical CFDT et secrétaire du comité social et économique du Rouge Gorge (producteur de melons et pommes en Poitou-Charentes), qui affronte un plan de sauvegarde de l’emploi avant l’arrêt définitif de l’activité liée aux melons, devenue non rentable « du fait des politiques des grandes surfaces, qui font des promotions sans arrêt et utilisent le melon comme produit d’appel, et la concurrence de l’Espagne du nord ». Des militants venus de La Réunion témoignent, eux, de leur inquiétude quant à l’avenir de l’activité canne à sucre, gros pourvoyeur d’emploi de l’île (16 000 emplois directs et indirects), avec la fin des quotas en 2021. Avec l’arrivée du coronavirus, ce sont toutes les filières qui risquent de s’inquiéter pour leurs exportations, élément clé du rayonnement de l’activité agricole et viticole française.

epirat@cfdt.fr  et vpaillard@cfdt.fr

photo ©JPGuilloteau_LExpress-RÉA