[Vidéo] Les Entretiens de Belleville : “Le moment populiste est devant nous”

Publié le 06/02/2017

Le premier "Entretien de Belleville", du 25 janvier était consacré à "définir le populisme en France et dans le monde, d'hier à aujourdhui" avec la participation de Pierre Rosanvallon et Gaël Brustier.

           

L’élection de Donald Trump aux États-Unis est le symbole d’un « moment populiste » qui pourrait durer, ont estimé Pierre Rosanvallon et Gaël Brustier lors des premiers « Entretiens de Belleville ». En décortiquant ce qui se cache derrière le terme, ils ont aussi appelé à contrer les éléments de langage du populisme.

Populisme, populismes, de quoi parle-t-on ? Telle était la question posée à Pierre Rosanvallon, historien et sociologue, professeur au Collège de France, et Gaël Brustier, politologue et membre de l’observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès. Une question moins simple qu’il n’y paraît. « Il faut distinguer le populisme, selon que l’on parle d’un style, d’une discours ou d’un régime », a avancé Pierre Rosanvallon. Le style populiste, « nul n’en a le privilège », a-t-il souligné, chacun recourant à plus ou moins de démagogie, de promesses électorales.

Le « nous » contre le « eux »

Le discours populiste se distingue lui par plusieurs traits : « une sociologie implicite qui oppose un peuple soit-disant uni à une minorité » (l’élite, les étrangers, etc.) ; une vision de la démocratie où le leader serait l’incarnation du peuple, l’exercice de la souveraineté réduit au référendum contre la démocratie représentative et les institutions indépendantes (Conseil constitutionnel, organisations syndicales, presse, etc.) opposées au peuple ; une vision de la justice sociale, enfin, où l’égalité passe par l’identité, ce qui suppose le rejet de ceux qui ne sont pas « le peuple ». C’est le passage à l’acte qui fonde un régime populiste avec, le plus souvent, un glissement vers des formes autoritaires de gouvernement, comme en Russie, Hongrie, Turquie ou Pologne.

Le risque de la banalisation

L’historien a mis en garde contre la banalisation du terme, soulignant « sa dimension d’insulte sociale, de disqualification politique », rappelant que tous les partis cochent à un moment ou un autre l’une des cases qui définissent le populisme, mais que seule l’extrême-droite les coche toutes. « Depuis 2011, on assiste en Europe à l’émergence d’un national-populisme qui tire parti de l’angoisse du déclin articulée à une critique de la construction européenne, a souligné pour sa part Gaël Brustier. La crise des migrants a fourni le carburant à cette montée du national-populisme. » Parallèlement, a relevé le politologue, il y a la tentation d’un populisme de gauche pour reconquérir le peuple, à travers des partis comme Podemos en Espagne, ou le mouvement 5 étoiles en Italie. Des partis qui séduisent les jeunes, les étudiants, les chômeurs, les indépendants, et dénoncent ceux qui ont accaparé le pouvoir – les classes moyennes alliées aux élites.

La lutte des idées

Si les deux intervenants ont appelé à ne pas confondre populisme de gauche et d’extrême droite, tous deux ont mis en garde : « Le moment populiste est devant nous et nous y entrons pour un long moment » du fait des dysfonctionnements démocratiques et du malaise de la justice sociale. Et alors que Gaël Brustier soulignait la façon dont le national-populisme s’appuie sur le numérique pour diffuser sa vision de la société, Pierre Rosanvallon a appelé à « ne pas simplement s’indigner contre le populisme mais à contrer ses éléments de langage point par point, en particulier sur le plan de la vision démocratique ».

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