[Vidéo] La solidarité, une richesse à cultiver

Publié le 02/09/2016

L'université syndicale d'été 2016 de la CFDT, qui s'est déroulée du 29 au 31 août, avait pour thème la solidarité. L'occasion de s'interroger et de rappeler l'importance de cette valeur indispensable à la société.

Qu’elle se conjugue au singulier ou au pluriel, la solidarité semble aller de soi à la CFDT. Comme une évidence, un élément constitutif de son ADN, un moteur de son action syndicale. Alors pourquoi y consacrer trois jours en université syndicale d’été (Use) ? Sans doute parce que cette valeur si fondamentale au bon fonctionnement de toute société ne semble plus si évidente dans le monde actuel. Elle est même sérieusement mise à mal, à tous les niveaux : européen, entre le Brexit et les tentations de repli sur soi de nombreux pays de l’Union ; national, avec la montée des populismes et des thèses du Front national, les discours sur l’« assistanat », l’instrumentalisation des fractures économiques, sociales, religieuses, ethniques, etc. Jusqu’à la contestation, de plus en plus vive, de l’impôt, qui est pourtant l’élément structurant de notre système de protection sociale (donc de notre solidarité nationale). Comme un ultime refus de participer, d’apporter son écot à la vie collective et ainsi prôner le chacun-pour-soi.

Un monde en mutation

Face à ces tensions qui menacent la cohésion sociale, mais aussi parce que les mécanismes actuels de solidarité sont mis au défi de s’adapter à un monde en mutation, la CFDT a voulu prendre le temps de réfléchir. De revenir sur les fondements de notre système de solidarité, la manière dont il est structuré et organisé pour interroger l’avenir et définir ensemble ce que pourraient être de nouvelles formes de solidarité. Tel était l’objectif de ces trois jours passés au domaine de Bierville (Essonne), qui ont vu la réunion de quelque 300 responsables de l’organisation. Tables rondes et ateliers ont permis d’éclairer ce concept de solidarité à l’aune de diverses approches : historique, anthropologique, juridique, économique, etc.

     


La solidarité, ça se pratique !

Jeux de ballon, course du chat et de la souris… Rien à voir avec le thème de l’Use 2016 ? Pas si vite. Les intervenants des Céméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active), issus du Mouvement national d’éducation nouvelle, sont venus animer des ateliers qui ont permis de mettre en évidence de façon ludique les ressorts de la solidarité. Dans les manières de tisser des alliances à travers le jeu, de coopérer (ou au contraire de jouer « perso »), on comprend mieux les mécanismes à l’œuvre. Une façon aussi de se révéler. Bonne humeur garantie !

     

Fondamentale à toute vie en société (y compris les sociétés dites primitives, qui fondent leur solidarité sur le principe du « don contre don », comme l’a rappelé l’anthropologue Éric Minnaert), la solidarité établit une forme de lien entre l’individu et le collectif. De mécanique, dans les sociétés préindustrielles notamment, la solidarité est devenue contractuelle. L’émergence du mot solidarité est d’ailleurs contemporaine du déclin des corporations, au tournant du xixe siècle. Elle va devenir une doctrine politique sous l’impulsion du mouvement « solidariste », dont une des figures emblématiques est Léon Bourgeois (1851-1925). Se développe « l’idée qu’il faut composer entre la liberté individuelle et l’égalité. Et que cette dépendance de l’individu avec le collectif crée aussi une dette : utilisant les bienfaits de la collectivité, il se doit aussi de contribuer », a expliqué la philosophe Marie-Claude Blais, auteur de La Solidarité – histoire d’une idée. De cette époque à nos jours, ont souligné les intervenants à la plénière « Solidarité et citoyenneté », les modes de solidarité ont bien entendu évolué, en s’appuyant sur les impôts et les prélèvements sociaux, mais aussi avec l’appui essentiel du secteur associatif.

La solidarité, une valeur clé dans la sphère du travail

Pour autant, cette structuration permet-elle de faire face aux nouveaux enjeux émergents ? Quelles réponses apporter à la crise des migrants, par exemple ? Comment revoir notre système de protection sociale autour des minima sociaux ? Faut-il instaurer un revenu minimum universel et, si oui, sous quelle forme ? Quelles nouvelles protections construire face à l’« ubérisation » de l’économie et au développement du travail par le biais des plateformes internet ? Comment réduire les sources de discrimination ? Le foisonnement d’expériences et de témoignages (sur le microcrédit, l’habitat participatif ou les nouvelles formes de solidarités locales) montre combien cette perspective est protéiforme. Mais passe par l’étape indispensable de recréation du lien. Y compris dans le monde du travail et de l’entreprise, cœur de métier des syndicalistes, comme l’a montré la dernière plénière de l’université d’été. L’anthropologue et fondateur du cabinet AlterNego, Jean-Édouard Grésy, y a notamment expliqué comment « la solidarité et le don, qui est au centre de toute relation collective, sont bénéfiques pour l’entreprise sur un plan social, mais également économique ». Un point de vue partagé par Jean-Paul Bouchet, ancien secrétaire général de la CFDT-Cadres, qui s’est appuyé sur les témoignages recueillis lors de la rédaction de son livre coécrit avec Bernard Jarry-Lacombe, Manager sans se renier : « Les échanges informels entre salariés sont indispensables au bon fonctionnement d’une entreprise. Malheureusement, les employeurs en ont trop souvent une vision négative en se fondant sur les seuls critères du coût et de la rentabilité supposés. » La conséquence majeure est que ces échanges ne sont « ni encouragés ni valorisés par les managers ». Il n’est donc pas étonnant que « l’engagement syndical vienne souvent pallier ce manque de reconnaissance de la part de l’entreprise », comme sont venus l’exposer Pierre-Louis Canavelli, secrétaire du Syndicat Santé-sociaux Haute-Garonne - Ariège, et Corinne Delacroix, militante de la section CFDT de l’hôpital Rangueil au CHU de Toulouse. En clôture de ces échanges, Jocelyne Cabanal a insisté sur deux points fondamentaux aux yeux de la CFDT. D’une part, « la solidarité au travail doit dépasser le cadre strict de l’entreprise pour s’étendre à la “communauté de travail”, notamment aux invisibles que sont les sous-traitants ou les personnels de ménage ». D’autre part, « la solidarité n’est pas une incantation mais un fait. Notre rôle syndical est de lui redonner du ressort, notamment par le biais du dialogue social mais aussi par notre propre fonctionnement syndical ». Un programme d’action autant que de réflexion.

epirat@cfdt.fr et nballot@cfdt.fr