[Témoignages] Quand l’art se met au service des autres

Publié le 17/03/2016

Sébastien Morin joue les médiateurs au musée national de l’Histoire de l’immigration à Paris. Son rôle, loin des plateaux de cinéma : aider à la déconstruction des préjugés. Laurence Beck, jeune graphiste à l’âme multicouleur, a décidé de mettre ses compétences au service du collectif. Sa mission : réaliser des fresques de peinture murales avec des scolaires, les habitants d’un quartier. Laurence Duc, militante et plasticienne, peut en témoigner : l’art qu'elle enseigne dans ses cours a toujours généré du lien social. Rencontres.

Sébastien Morin
“Notre rôle est d’aider à déconstruire les préjugés”
Médiateur culturel au musée national de l’Histoire de l’immigration (Paris).

Myop PBernard MorinDepuis l’ouverture du musée, en 2007, Sébastien Morin accueille et informe le public sur les collections de ce musée pas tout à fait comme les autres. Une approche croisée des regards et des disciplines y retrace deux siècles d’histoire et de cultures de l’immigration en France.

Après un cursus Arts du spectacle à l’Université Paris-Sorbonne et un Master en scénario, Sébastien Morin, 39 ans, a d’abord occupé un poste d’aide-éducateur dans un collège de Seine-Saint-Denis. « Un bon tremplin pour le poste que j’occupe actuellement puisque le musée accueille aussi des populations dites éloignées de la culture ainsi que des scolaires », précise-t-il. Dans ce contexte, sa mission au sein du Musée national de l’histoire de l’immigration consiste précisément à trouver les moyens d’intéresser un public qui n’est pas forcément captif au départ ou bien déjà imprégné de clichés sur les immigrés. « Les scolaires sont plus ou moins bien préparés sur le sujet et les adultes viennent avec des a priori culturels qu’ils espèrent vérifier. C’est là que se joue une partie intéressante de notre travail de médiation : ni conférenciers ni enseignants, nous devons aider à la déconstruction des préjugés. Cela consiste, par exemple, à bien faire passer le message que nous ne sommes pas dans une rétrospective postcoloniale. Ici, ils découvrent les histoires vraies des populations immigrées au cours des siècles. Cela ne nous empêche pas de parler de l’actualité, mais l’idée maîtresse de la visite est de leur donner un recul historique nécessaire pour l’éclairer autrement. »

Si Sébastien constate que l’année 2015 a fait jaillir de nouvelles inquiétudes, il affirme néanmoins que les gens qui viennent ici chercher des connaissances repartent, en général, avec un sentiment nouveau sur la question des migrants.

cnillus@cfdt.fr

Laurence Beck
“Je mets mon art au service des autres”
Cofondatrice de M.U.R.A.L.S (Mouvement Urbain de Réappropriation Artistique Locale et Sociale)

MYOP PBernard beck OK« Utiliser la puissance de l’art pour dire ce qu’on ne peut pas dire autrement. » Telle est la profession de foi de Laurence Beck. Cette artiste de 27 ans est la cheville ouvrière de M.U.R.A.L.S, une association qui réalise des fresques urbaines avec des collectifs (classes, groupes de jeunes, CE, etc.). « Je voulais mettre mes idées et mes compétences graphiques au service des gens, de la cohésion sociale, en concertation directe avec un quartier, une classe… », explique-t-elle.

Ce virus de la création partagée, Laurence Beck l’a attrapé à Buenos Aires, en Argentine, où elle a travaillé avec le groupe d’artistes Cruz del Sur. Celui-ci propose aux enfants des bidonvilles de peindre des murs comme travail d’éducation populaire auquel s’associe rapidement toute la population du quartier. « Ça m’a tout de suite plu de travailler avec des gamins, c’est magique. Cette pratique est accessible à tous, ça change les murs à tout jamais et ça transforme les lieux de vie ». De retour en France, elle fonde M.U.R.A.L.S, en région parisienne, avec son compagnon et quelques bénévoles.

L’an passé, M.U.R.A.L.S a réalisé une fresque participative avec une classe de 4e du collège Alfred Sisley de L’Île-Saint-Denis (93). Un travail qui a duré toute l’année. Les élèves ont d’abord adopté le thème de la résistance, qu’ils ont approfondi en cours d’histoire. Puis ont choisi d’évoquer les vies de Nelson Mandela et de Rosa Parks. Avec les artistes, les élèves ont élaboré leur fresque sur papier avant de la réaliser sur un mur du collège. « J’en suis très fière », sourit Laurence, qui a vu cette classe un peu difficile se transformer en un collectif « soudé et créatif  ».

dblain@cfdt.fr

 Laurence Duc
“La peinture fait parler les gens”
Artiste plasticienne, militante au syndicat SMda-CFDT 

Myop PBernard Laurenceduc Elle a toujours eu la fibre militante, Laurence Duc, et, à 60 ans, elle continue non seulement de travailler à son œuvre mais aussi d’aller « vers l’autre ». Son engagement au sein du syndicat SMdA-CFDT (Solidarité maison des artistes) en témoigne encore aujourd’hui. Après avoir vécu à Paris et en Savoie, cette artiste peintre s’est installée à Le Blanc dans l’Indre, où elle donne des cours pour adultes et adolescents, une activité qu’elle a toujours menée de front avec sa carrière. « Dans les centres d’action sociale ou dans les ateliers payants où j’ai travaillé, mes cours ont toujours généré du lien social. La peinture, lorsqu’elle n’est pas élitiste, fait parler les gens », observe-t-elle. Les élèves de Laurence Duc lui parlent de tendresse, de rompre l’isolement, de déconnexion, d’humanisme ou tout simplement de bien-être à propos de ses cours.

 Laurence Duc juge très positifs les temps d’activités périscolaires (TAP) mis en place par la Communauté de communes Brenne-Val de Creuse, où elle réside. « Ces TAP proposent aux enfants du sport, de la musique et des arts plastiques. Pour ces derniers, il n’y a pas besoin de beaucoup de matériel, je le sais, j’ai connu des périodes de vaches maigres. Avec rien on ne fait rien, mais avec peu on peut faire beaucoup. » Et de poursuivre : « Ce lien avec les enfants et les adultes m’apporte beaucoup, du partage, de la joie et des rencontres qui m’inspirent, comme avec cette prostituée en retraite dont j’ai fait un portrait et qui se trouve très belle. » 

dblain@cfdt.fr

©Photos Pauline Bernard/Myop