“Le système éducatif ne permet pas à certains jeunes de trouver leur voie”

Publié le 30/10/2013

Alors que les moins de 25 ans sont parmi les principales victimes du chômage, Marie-Andrée Seguin, le chef de file de la délégation CFDT pour la négociation sur la formation professionnelle, fait de la formation et de l'emploi des jeunes une priorité.

Aujourd’hui 160?000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme. S’agit-il d’une priorité pour la CFDT??

Absolument. Je souhaite que ce problème des jeunes décrocheurs soit vraiment regardé de très près. Il est inadmissible qu’un nombre aussi élevé de jeunes quitte le système scolaire sans diplôme, surtout dans la période que nous traversons. Le système éducatif ne permet pas à certains jeunes d’exprimer leurs talents, de trouver leur voie. La refondation scolaire a été lancée, mais nous devons rester attentifs aux effets qu’elle produira. Par ailleurs, les jeunes en France sont sous pression, une fois qu’ils sont engagés dans un cursus, ils n’ont pas droit à l’erreur.

Dans les pays scandinaves, prendre une année sabbatique à la fin du cursus secondaire est la norme. Cela laisse aux jeunes adultes le temps de voyager, de faire des petits boulots et de mûrir leur projet professionnel. Nous devons porter tous nos efforts sur l’orientation, voire la réorientation. Le compte personnel de formation représenterait une seconde chance, un droit à une formation initiale différée. L’enseignement académique est trop systématiquement privilégié, nous pensons qu’il faut revaloriser l’alternance et l’introduire à tous les niveaux.

Parallèlement à la négociation sur la formation professionnelle a lieu une concertation sur l’apprentissage. Quels résultats la CFDT en attend-elle??

Nos attentes sont celles des apprentis eux-mêmes, que nous avons interrogés via une enquête Flash menée auprès de 2?280 jeunes en contrat d’apprentissage. Que nous disent-ils?? La difficulté à trouver un employeur est exprimée par plus de 80?% des jeunes. Les difficultés liées au logement et au transport sont aussi des freins importants. L’apprenti doit faire la navette entre trois lieux, son domicile ou celui de ses parents, son entreprise et son centre de formation. Les ruptures de contrat sont souvent évoquées. Elles sont dues à des erreurs d’orientation, des problèmes relationnels, parfois à une adaptation aux codes de l’entreprise un peu laborieuse, ou encore, mais ce n’est pas si courant, à des abus de la part de l’employeur. Nous préconisons un suivi des apprentis, par les missions locales ou les CFA (centres de formation des apprentis) eux-mêmes.

À qui la taxe d’apprentissage devrait-elle bénéficier en premier lieu??

Une partie de la taxe d’apprentissage va aux CFA. Mais il y a toutes sortes de CFA, qui forment tous les niveaux, y compris des masters et ingénieurs. Certains, se portent bien, d’autres périclitent. L’autre partie de la taxe sert à financer l’enseignement scolaire dit professionnel et technologique?: les lycées professionnels mais aussi certaines grandes écoles. Là aussi, règne une grande hétérogénéité parmi les établissements. Plutôt que de répartir la taxe selon les statuts, nous préférons examiner les besoins réels. Cela nécessite une participation accrue à la carte des établissements en région, pour mieux voir les liens réels entre l’économie et l’ouverture de classes.

Propos recueillis par mneltchaninoff@cfdt.fr

Photo : © Réa