"La campagne semble de plus en plus s'éloigner des questions sociales"

Publié le 03/04/2012 à 00H00 (mis à jour le 04/04/2012 à 08H35)
A moins de trois semaines du premier tour de la présidentielle, François Chérèque fait le point sur le positionnement et les attentes de la CFDT dans une campagne marquée par certaines sorties antisyndicales et un éloignement des questions sociales.

La campagne présidentielle entre dans la dernière ligne droite, quelle est l’attitude de la CFDT durant cette période ?

Depuis 1986 la CFDT ne donne plus de consigne de vote. Nous sommes donc « ni neutres ni partisans »… mais impliqués et vigilants. Dans cette campagne électorale comme dans les autres, nous jouons pleinement notre rôle. Le Forum pour un pacte social, les 10 et 11 mars dernier, nous a permis de faire entendre la voix de la société civile dans une campagne qui semble de plus en plus s’éloigner des questions sociales alors qu’elles constituent pourtant la priorité des Français.

C’est pourquoi, dès le début de cette année, la CFDT – ainsi qu’elle le fait traditionnellement à l’approche d’une élection présidentielle – a interpellé les candidats des principaux partis démocratiques (Parti socialiste, Union pour un mouvement populaire, Modem, Europe Écologie-Les Verts, Front de gauche) à propos de leur programme en matière sociale et économique, et demandé à les rencontrer avant le début du mois d’avril.

Quelles ont été les réponses des candidats ?

À l’heure actuelle, quatre candidats nous ont reçus et donné des réponses écrites à notre adresse. Seul le candidat de l’UMP ne nous a toujours pas répondu. Dans ces conditions, nous ne le rencontrerons pas : la campagne officielle entrant dans sa phase ultime, il n’est pas question pour la CFDT de se trouver en position d’être instrumentalisée par un candidat, à si peu de jours du scrutin.

Que doit-on penser de l’attitude du président sortant ?

C’est la première fois qu’un président de la République sortant refuse d’échanger avec la CFDT. Cela dit, l’attitude de Nicolas Sarkozy ne nous étonne pas outre mesure ; elle est dans la droite ligne de ses attaques répétées, depuis le début de sa campagne, contre les corps intermédiaires, les partenaires sociaux, les syndicats. J’avais déjà eu l’occasion, en février, de condamner de tels propos en rappelant qu’au moment où la France doit (re)construire son pacte social, il est nocif de faire des corps intermédiaires des boucs émissaires à des fins électoralistes. Depuis, le candidat-président en a remis une couche, en attaquant directement les militants CFDT d’ArcelorMittal et en les opposant aux « vrais » salariés. Ces propos antisyndicaux et l’idéologie plébiscitaire qui l’accompagne se révèlent dangereux pour la démocratie en général, et la démocratie sociale en particulier.

Que fera la CFDT après le 6 mai ?

Une chose est sûre : quel que soit le résultat de cette élection présidentielle, la CFDT continuera, comme elle l’a toujours fait, à défendre – avec ses moyens traditionnels, dont la négociation – les intérêts des salariés.

Propos recueillis par Nicolas Ballot