[Interview] “Pour les retraités, il y a rupture du contrat social”

Publié le 13/09/2019

La CFDT Retraités appelle à une journée d’actions le 3 octobre. Dominique Fabre, secrétaire générale de l’UCR et membre du Bureau national nous en explique les raisons.

Quelle est l’ambiance à l’UCR trois mois après son Congrès de Bordeaux ?

Le Congrès a permis de prendre le pouls de nos militants. Ils sont partagés. Je dirai qu’ils sont à 20 % satisfaits des mesures gouvernementales et à 80 % dans la grogne. On a obtenu une revalorisation du minimum contributif. Elle est annoncée mais sans plus de précision. C’est une satisfaction car la CFDT est la seule organisation à se battre depuis longtemps pour ça. Les 80 % de grogne proviennent d’une accumulation de décisions gouvernementales.

Lesquelles ?

Il y a eu d’abord le gel des pensions en 2018. Puis nous avons eu le report de l’augmentation des pensions d’octobre 2018 à janvier 2019. Ensuite la CSG qui n’est toujours pas compensée pour les retraités qui sont au-dessus de 2 000 €. Enfin le gouvernement a annoncé une revalorisation des pensions au taux de l’inflation pour les retraites en dessous de 2 000 €. A ce jour, nous n’avons pas plus d’information. Est-ce que ce sera dans le PLFSS 2020 ? Mais de plus, les retraités au-dessus de 2 000 € n’auront quant à eux que 0,3 % d’augmentation. C’est la double peine ! C’est la première fois qu’un gouvernement réévalue le niveau des pensions en différenciant les retraités. Sous la présidence de Hollande, une prime de 40 € avait été attribuée aux pensions les plus basses mais ça n’était pas au détriment des autres. Enfin ajoutons que nous maintenons notre revendication de la ré-indexation des pensions sur le salaire moyen et non sur l’inflation comme c’est le cas aujourd’hui pour une partie d’entre elles.

Est-ce la raison pour laquelle l’UCR appelle à une journée d’action le 3 octobre ?

Oui car nous considérons qu’il s’agit là d’une rupture du contrat social. Les salariés paient, les retraités ont durant leur vie active payé pour avoir droit à une retraite à un moment donné, et là on leur annonce qu’on change les règles. Résultat : les retraités CFDT n’ont plus confiance dans ce gouvernement.   

Quelle forme va prendre cette journée d’actions ?

La CFDT Retraités ira seule à cette journée d’actions qui sera décentralisée. Notre objectif est de toucher les représentants de l’Etat ou de la République, les préfets ou les députés. Il y aura des manifestations, des distributions de tracts avec nos argumentaires, communiqués de presse, conférences de presse, des rassemblements avec des débats quand ce sera possible. En fait, chaque organisation de l’UCR fera selon ses moyens. En Ile-de-France, l’URR a décidé de s’installer devant France Télévisions à Paris en partant du principe que si les médias ne vont pas à elle, elle irait aux médias. Il y aura un pique-nique et une prise de paroles.

Qu’attendez-vous de cette journée d’actions ?

Une prise de conscience du gouvernement qui en revalorisant seulement une partie des retraités crée ainsi une discrimination au sein de cette population au regard de la loi qui prévoit une ré-indexation des pensions sur l’inflation. J’avais écrit en juin 2017 au nom de l’UCR une lettre au Premier ministre qui avait annoncé à cette époque que la CSG ne serait pas compensée pour les retraités. Elle lui expliquait que les retraités n’étaient pas les nantis qu’on laissait imaginer. Nous n’avons même pas eu une réponse. Depuis, il a tout de même confié à la députée LREM Audrey Dufeu-Schubert une mission pour améliorer la place et l’image des personnes âgées dans la société. Nous avons fait parvenir à cette députée le livre « Retraités et acteurs dans la société » publié par l’UCR qui met en valeur l’engagement d’une trentaine de militants CFDT dans la société*. À ce jour pas de retour.

La loi Grand âge est à venir dans les prochains mois. Qu’en pensez-vous ?

Nous avons salué le rapport Libault qui correspond à ce que la CFDT Retraités en attendait. Il fait des propositions sur le financement en utilisant en particulier les recettes de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Depuis, nous n’avons eu aucune indication sur les intentions du gouvernement en la matière si ce n’est des prises de position avant l’été de quelques membres de la majorité se prononçant pour un deuxième jour de solidarité ou l’allongement de la durée de cotisation. Nous serons très attentifs aux annonces !

Propos recueillis par dblain@cfdt.fr  

*"Retraités et acteurs dans la société". Préface de Laurent Berger. On peut le commander en écrivant à contact@retraites.cfdt.fr