[Interview] “Les réactions de certaines organisations patronales sont purement opportunistes”

Publié le 14/02/2020

Olivier Guivarch est secrétaire général de la Fédération des services. Il revient sur les conséquences des grèves pour les salariés des commerces et services et les leviers dont peuvent se saisir les représentants du personnel.

OGuivarch 2018 CFDT ServicesAlors que le trafic ferroviaire revient à la normale, quel est l’impact du mouvement contre la réforme des retraites sur l’emploi et l’activité des services ?

De nombreux employeurs font état d’une perte de chiffre d’affaires et parlent d’une baisse d’activité de 25% à 75% selon les entreprises, le secteur professionnel, la localisation et la taille. S’il est impossible de vérifier les chiffres qui circulent, il est évident que les grèves et les manifestations ont des conséquences économiques dans le commerce de détail, l’hôtellerie ou la restauration. Le tout dans une période (décembre et janvier) particulièrement sensible pour certains secteurs.

Derrière le nombre d’emplois touchés, il serait intéressant de se pencher aussi sur le nombre d’emplois qui n’ont pas été proposés pour une raison liée aux grèves des transports et sur les conditions de travail des salariés durant cette période.

C’est-à-dire ?

Avec les grèves, de nombreux salariés ont réellement souffert. Tous les emplois ne peuvent pas être exercés en télétravail. Dans la propreté, l’hôtellerie, la restauration ou les espaces de loisirs franciliens, les salariés subissent déjà des horaires décalés inhérents à leur activité : ils partent très tôt de chez eux et/ou rentrent très tard. La suppression des transports en commun hors heures de pointe a obligé des salariés à trouver de l’hébergement chez des proches, à augmenter les dépenses de carburant et de garde des enfants, à négocier de gré à gré avec leur employeur le rattrapage d’heures non travaillées mais perdues dans les déplacements.

Quel suivi assure la CFDT ?

Nous avons appelé les représentants du personnel à la vigilance sur les cas d’épuisement et nous encourageons vivement les élus des comités sociaux et économiques (CSE) à déclencher une expertise en cas de surcharge de travail liée aux grèves. Dans certains secteurs comme les services à la personne, des employeurs ont procédé à des aménagements, en regroupant les prestations par secteur géographique, afin que les salariés puissent accomplir leur travail et que les clients soient satisfaits. Preuve que des améliorations des conditions de travail sont possibles avec de la bonne volonté. Mais de très nombreux salariés travaillent dans de petites et moyennes entreprises sans présence syndicale, et la prise en compte des situations individuelles fluctuera en fonction du degré d’humanité de l’employeur.

L’État a mis en place des mesures d’aide pour les entreprises. Une décision justifiée selon toi ?

Les réactions de certaines organisations patronales visant à obtenir des exonérations de cotisations, notamment celles liées au bonus-malus des contrats courts sont purement opportunistes ! Il est indécent d’utiliser le phénomène des grèves pour faire avancer des revendications collectives et indifférenciées. C’est pour cette raison que la Confédération, en association avec la CFDT-Île-de-France et la Fédération des Services, a décidé d’interpeller le ministre de l’Économie Bruno Le Maire afin que les compensations ne soient pas réservées aux seules entreprises mais bien aux salariés.

Propos recueillis pas aballe@cfdt.fr

©Maxnews / CFDT-Services2018