[Dossier consommation 2/3] Initiatives citoyennes

Publié le 19/01/2018

Nombreuses sont les personnes qui n’ont pas attendu les géants de l’industrie pour s’engager dans un autre mode de consommation. Réparer et revendre de l’électroménager, se constituer en supermarché collaboratif ou se lancer des défis collectifs afin d’économiser l’énergie : les actions touchent tous les secteurs. Reportages.

Économie circulaire : donner un sens à sa consommation

Envie VJarousseau PDLL2017Un frigo à 150 euros, un lave-linge à 129 euros ou encore un micro-ondes à 59 euros… La boutique Envie 44, située à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), est une mine d’or pour tout consommateur qui voudrait s’équiper sans se ruiner. Élise et Sandro sont venus y acheter leur toute première gazinière. « C’est ma mère qui m’a donné le tuyau. Pour 80 euros, c’est une affaire », se réjouit Élise.


Si l’attrait du prix était leur motivation première, l’idée d’offrir une seconde vie aux objets et de contribuer à l’emploi de personnes en difficulté a aussi suscité l’intérêt de ce jeune couple. « En venant ici, on a l’impression de faire quelque chose d’utile socialement à notre petite échelle. » Développement économique, insertion professionnelle et protection de l’environnement sont les trois piliers de cette entreprise d’insertion pas comme les autres. Ici, comme dans les 45 structures du réseau Envie implantées sur le territoire, on vend de l’électroménager rénové et garanti à moitié prix, service après-vente et livraison compris. Avant d’être proposés en magasin, les équipements électroménagers sont collectés, diagnostiqués et réparés sur place par une centaine de salariés, dont les deux tiers sont en contrat d’insertion.

“Ici, on apprécie d’abord l’humain”

Embauché il y a cinq mois, Rémi réapprend à vivre et à travailler avec les autres après des années de prison. « Le parcours proposé nous permet d’acquérir de solides compétences, de travailler en équipe et de prendre des responsabilités dans un cadre privilégié, explique cet ancien ingénieur. Beaucoup d’entreprises ont perdu de vue l’importance des contacts humains et ne permettent pas à leurs clients d’obtenir facilement les conseils, l’aide et les services dont ils ont besoin. Ici, c’est l’inverse, on apprécie d’abord l’humain, que ce soit dans la relation aux salariés ou dans celle aux consommateurs. » Symbole d’une économie circulaire souvent évoquée mais rarement mise en pratique, le réseau Envie doit régulièrement diversifier sa gamme de services afin de répondre aux aspirations des consommateurs.

Mais l’esprit solidaire n’est jamais très loin. Un service de réparation d’électroménager destiné aux particuliers a récemment vu le jour à Saint-Herblain, avec des ateliers proposés sur place et des opérations mobiles. « Cela va du conseil technique pour ceux qui passent au camion itinérant à la réfection, pour laquelle nous utilisons des pièces détachées d’occasion issues d’anciens appareils, explique Dominique Fièvre, directeur d’Envie 44. D’ici à l’année prochaine, nous espérons pouvoir collecter et remettre en circulation du matériel médical pour les personnes en perte d’autonomie et dont le coût restant à charge est parfois très élevé. » De quoi permettre l’embauche de salariés supplémentaires, tout en contribuant à développer l’idée d’une consommation plus raisonnée et responsable. En 2016, 94 000 appareils ont été rénovés, soit 4 000 tonnes de déchets évités, et 2100 contrats d’insertion signés.         

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© Photo Vincent Jarousseau

 


Supermarché participatif :
La Louve et ses louveteaux

IllustrationLouveDébut novembre, La Louve fêtait son premier anniversaire. Ce supermarché, installé rue des Poissonniers, à Paris, est inspiré du modèle de Park Slope Food Coop, à New York. Il se veut une alternative à la grande distribution grâce à un concept innovant de supermarché collaboratif géré par ses membres et pour ses membres. Quand la plupart se contentent d’une répartition de capital, La Louve repose avant tout sur l’engagement et le bénévolat de ses « consom’acteurs ». C’est ce qui a convaincu Frédéric de sauter le pas début 2017. Pour pouvoir faire ses courses, il a acheté dix parts (l’équivalent de 100 euros). Il donne surtout un peu de son temps, trois heures par mois, afin d’aider à la mise en rayon, à l’étiquetage des produits ou encore à la caisse… « Ici, tout le monde est logé à la même enseigne et participe à la bonne marche du lieu, aux côtés des quelques salariés embauchés à temps plein. »

Acteur de sa propre consommation

Un an plus tard, il dit avoir enfin trouvé le moyen de devenir acteur de sa propre consommation. « Cette initiative nous interpelle sur la notion de bien commun, que notre société a tendance à laisser de côté et qui est pourtant indispensable à notre équilibre, qu’il soit alimentaire, social ou économique. » Même les plus sceptiques en apparence finissent par se laisser tenter par l’aventure collaborative. Quand La Louve s’est implantée dans le quartier, Françoise ne voyait pas d’un bon œil ce qu’elle considérait comme « une remise en cause du modèle salarial classique où, au final, les clients travaillent pour faire baisser la note. Avant de revoir son jugement. En discutant du projet avec d’autres, j’ai compris qu’à l’autre bout de la chaîne d’approvisionnement, cela permettait aussi à des petits producteurs de vendre leurs produits et de mieux vivre. L’un dans l’autre, tout le monde s’y retrouve, et cela crée du lien social ». Nés de la dynamique parisienne, des projets similaires ont vu le jour à Bordeaux, Montpellier, Bayonne, Toulouse, Lille ou encore Biarritz. Des centaines de citoyens se regroupent pour donner vie à ces nouvelles coopératives de consommateurs.          

 aballe@cfdt.fr

© Photo La Louve

 


“ApéroWatts”: 
Réduire sa consommation d’énergie

Se lancer un défi en famille pour réduire sa consommation énergétique et faire baisser la facture annuelle de chauffage, d’eau et d’électricité : c’est ce que propose le réseau pour la transition énergétique Cler, depuis 2008, en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie et les collectivités locales. « Le défi “Familles à énergie positive” permet de réaliser au moins 8% d’économies sur la facture annuelle des ménages (soit près de 200 euros) et jusqu’à 30% dans certains cas. En Alsace, les familles sont à moins 15 % en moyenne à la fin de l’opération », précise Richard Lemoine, coordinateur du dispositif pour le Grand-Est. « Juste avec des écogestes ! », souligne-t-il.

Petits gestes, grandes économies

Pour participer, il faut d’abord s’inscrire en ligne sur le site de sa région*. Sans le moindre investissement, les personnes ont simplement à repenser leurs pratiques en fonction de leur habitat et réfléchir à leurs habitudes de consommation avec un coach, qui encadre plusieurs familles et les conseille tout au long du « défi », de début décembre à fin avril : installer des rideaux épais en plus des volets à toutes les fenêtres des pièces, régler la température du chauffe-eau entre 55 et 60 °C, vérifier la température du réfrigérateur, utiliser le plus souvent des cycles courts à basse température pour le lave-linge…

« Quand l’opération a débuté en Alsace il y a cinq ans, nous avions 70 inscrits, poursuit Richard Lemoine. Cette année, plus de 300 familles ont participé à la journée de lancement, le 2 décembre dernier. Nous avons inscrit une rue entière ! » Sorties, rencontres, groupes de travail, soirées « Tupperwatt » : à chaque équipe de trouver des moyens de se mobiliser tout au long de l’hiver jusqu’au relevé des compteurs à la fin avril et la remise des prix aux trois meilleures.

Dans tout l’Hexagone, 30 000 comptes ont été créés entre 2008 et 2015. L’opération, qui était proposée initialement aux familles, est maintenant testée par des entreprises et des collectivités locales.      

cnillus@cfdt.fr