[Dossier 3/3] Ces territoires qui passent au vert

Publié le 12/03/2019

Métropoles, agglomérations, villes moyennes ou communes rurales : de nombreuses collectivités se lancent dans la transition écologique. Avec un degré d’engagement très variable.

Des plus grandes villes aux plus petites communes, les territoires fourmillent d’initiatives en faveur de la transition écologique. Indéniablement, dans ce domaine, la France bouge. Les villes et villages français sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à rejoindre le réseau des villes en transition, lancé par le Britannique Rob Hopkins.

Certes, les nouveaux outils et moyens offerts par la loi de 2015, comme la création des « territoires à énergie positive pour la croissance verte » ou les plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET), ont participé à cette dynamique territoriale. Mais l’élan provient pour l’essentiel d’initiatives locales, municipales ou associatives. Et les « pilotes » ne sont pas forcément les plus grandes villes ni les plus fortunées.

Loos-en-Gohelle, ancienne commune minière du Pas-de-Calais de 6 600 habitants, a réussi sa mue verte en une vingtaine d’années, passant de cité dépendante au charbon à un modèle de développement durable aujourd’hui cité en exemple.

À la clé : programme de rénovation urbaine (de nombreux logements, construits du temps de la mine et chauffés au charbon, gratuit à l’époque pour les habitants, étaient de véritables passoires thermiques) ; règles d’écoconstruction pour tous les nouveaux logements sociaux ; objectif d’autonomie énergétique avec l’installation de panneaux solaires sur tous les bâtiments de la ville (les toits de l’église Saint-Vaast ont déjà été équipés de 200m2 de panneaux solaires en 2013) ; récupération de l’eau de pluie sur tous les bâtiments publics pour entretenir les espaces verts… et la liste est encore longue !

Le tout conduit par une municipalité qui a fait de la participation citoyenne son moteur. Et qui encourage l’implantation de nouvelles activités en lien avec la transition énergétique sur le nouveau pôle de compétitivité installé sur l’ancien carreau de la mine (la fosse 11-19 rebaptisée Base 11/19). Une réussite qui n’est pas sans rappeler l’exemple du petit village alsacien d’Ungersheim (2 200 habitants), qui, depuis une vingtaine d’années, s’est également engagé dans une démarche de transition énergétique et écologique, en développant l’autonomie alimentaire, énergétique et la participation citoyenne. Et qui a inspiré le film documentaire de Marie-Monique Robin, Qu’est-ce qu’on attend ? (sorti en 2016).

Changement d’échelle

Qu’en est-il des territoires plus urbains, responsables de 67 % des émissions de gaz à effet de serre ? Dans son rapport de 2018, « Le défi climatique des villes », le WWF recense 489 engagements pour le climat pris par 171 villes et intercommunalités françaises. Un palmarès encore bien maigre au regard des enjeux. Alors bien sûr, il y a les grandes métropoles qui se sont fixé d’ambitieux objectifs.

En 2017, Paris, Bordeaux ou Strasbourg se sont par exemple engagés à atteindre 100% d’énergies renouvelables d’ici à 2050. Quant à Nantes Métropole, elle prévoit de diviser par deux ses émissions par habitant entre 2003 et 2030 (elle a déjà atteint – 20% entre 2003 et 2016). Innovante, la Métropole Rouen Normandie a lancé, en 2017, sa COP21 locale, en partenariat avec WWF France et l’Ademe. Une démarche qui s’est concrétisée, à la fin novembre 2018, par la signature d’un « accord de Rouen pour le climat », déclinaison territoriale de l’accord de Paris.

Avec l’idée que, pour atteindre les objectifs chiffrés (diviser par deux la consommation énergétique globale ou par quatre les émissions de gaz à effet de serre, par exemple), tous les acteurs du territoire doivent prendre leur part, à leur niveau : les administrations, les entreprises, les citoyens, les associations, etc. Et dans tous les domaines : mobilité, transports, construction, amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments… Pour l’heure, les 71 communes de l’agglomération ont signé l’accord, mais aussi les entreprises du port de Rouen, le groupe pharmaceutique Aspen, le centre régional hospitalier universitaire (CHRU), des grandes écoles situées sur le bassin, des bailleurs sociaux tout comme des commerçants (garagistes, restaurants…).

Axe de dialogue social

Dans cette dynamique territoriale, les organisations syndicales doivent encore trouver leur place. « On peut regretter que, dans ce genre d’initiatives, les syndicats ne soient pas encore suffisamment associés », note Blanche Fasola, chargée de mission développement durable à la Fédération CFDT-Interco. Pourtant, ils peuvent être moteurs.

La CFDT a, par exemple, choisi d’interpeller les services de Bordeaux Métropole pour la mise en place de critères de développement durable dans ses marchés publics. Une première action, ciblant le marché de la blanchisserie (nettoyage des vêtements de travail des agents de la Métropole, travaillant par exemple aux espaces verts), a été conduite. Elle doit être élargie à la mise en place d’une politique concernant l’achat et le recyclage des vêtements de travail. « Pour que toute la chaîne d’approvisionnement soit revue au regard de critères environnementaux. » Une belle initiative, qui ne demande qu’à être dupliquée.

epirat@cfdt.fr

©Photo Franck Crusiaux

  

     

 

L’inévitable transition des stations de ski

ski Entzmann

Des hivers plus doux, moins de neige, des sols plus chauds… Le réchauffement climatique aura-t-il raison des stations de ski ? Il menace en tout cas directement l’activité hivernale des quelque 300 domaines skiables français. Parade utilisée jusqu’à présent par les stations : se doter de canons à neige (les professionnels préfèrent parler d’enneigeurs, environ 50 000 euros pièce), produisant de la neige artificielle. Une pratique non seulement très coûteuse mais aussi fortement consommatrice en eau et en électricité, que ne peuvent se permettre les petites stations (l’Alpe d’Huez a dû y consacrer 300 000 euros cette saison, notamment pour la mise en route d’installations dernier cri).
Cette « course à l’armement », comme l’appellent les écologistes, économiquement ruineuse, n’est-elle pas tout simplement un non-sens écologique à l’heure des engagements pour le climat ?

 

Sur la piste d’un nouveau modèle

En montagne aussi, l’heure de la transition a sonné. Il est plus que temps de réinventer un nouveau modèle de tourisme hivernal. De nombreuses stations misent sur la diversification des activités proposées : randonnées, activités de bien-être, etc. « Mais
aussi en développant un tourisme sur les autres périodes de l’année », souligne Annie Genevard, présidente de l’association nationale des élus
de la montagne (Anem).

Festivals, stages culturels, activités artistiques, trail, vélo de descente ou parapente font désormais partie des programmes des stations l’été. « Les Français prennent goût aux vacances estivales en montagne. Ce tourisme-là a de l’avenir », note Annie Genevard. D’ailleurs, 51 %
des nuitées en montagne sont réalisées entre juin et septembre, selon l’Anem. Pour les travailleurs des stations (quelque 120 000 emplois concernés), la transition professionnelle est aussi à l’ordre du jour. Mais encore trop peu soutenue par des dispositifs de formation.
     
       ©Photo Cyril Entzmann