[Dossier 2/3] Cinquante nuances de gris - La ville qui aime ses aînés

Publié le 25/06/2019

Pionnière du réseau francophone Villes amies des aînés, Besançon lutte contre l’isolement des personnes âgées, pour le maintien d’une citoyenneté à part entière et pour la prévention de la perte d’autonomie. Une action qui rend service à tous ses habitants.

« Dès les années 60, Besançon a travaillé en direction des aînés, notamment sur le logement. C’est donc naturellement que la ville a participé, en 2011, à la création du réseau francophone Villes amies des aînés (lire l’encadré), avec Lyon et Dijon », commence Anne-Paule Roposte, directrice Autonomie et Handicap à la mairie. Avec le temps, la ville a multiplié les actions. On ne compte plus les activités proposées : causeries citoyennes, fête des seniors et des bénévoles, bibliothèque à domicile, marche intergénérationnelle, rendez-vous de l’âge, ateliers numériques, etc.

Besançon développe son action autour de trois axes : le bien-vivre dans la ville au quotidien (habitat, mobilité, etc.) ; le lien avec les autres (citoyenneté et participation) ; l’information (sur toutes les possibilités qui s’offrent aux aînés). « L’idée principale est de développer des politiques de prévention incitant les personnes à se prendre autant que possible en charge elles-mêmes. Au début, le plus difficile a été de convaincre nos collègues des différents services, cela n’était pas partagé par tous, poursuit Anne-Paule Roposte. Depuis, la loi sur l’accessibilité est passée par là. C’est désormais plus facile, les services ont intégré cette dimension. »

 Au cœur du dispositif en faveur des aînés : la Maison des seniors, située en plein centre-ville. Ce jeudi 2 mai, elle ne désemplit pas. « Chaque année à cette période, nous proposons une permanence impôts quotidienne pendant près de trois semaines, explique Sandrine Bez, responsable de la Maison des seniors. Cette année, avec le prélèvement à la source, beaucoup se sentent perdus. » D’ex-agents du fisc et quelques spécialistes assurent la permanence. Marie-Jo Baugey, 66 ans, retraitée depuis deux ans, vient pour la première fois. Elle reconnaît « avoir du mal à déclarer [ses] revenus » et, vu l’affluence, elle n’est pas la seule à avoir besoin d’aide. Rapidement, elle trouve quelqu’un à qui parler.

JMelinBesanconEn parallèle, la CFDT propose une autre permanence à la Maison des seniors, deux fois par mois. La CFDT-Retraités du Doubs (25) accompagne ainsi les futurs pensionnés dans la constitution de leur dossier retraite. « Nous rencontrons des situations difficiles, des carrières hachées, des périodes de chômage, du handicap, des malades, des analphabètes, des exclus aussi, précise Madeleine Bobbez-Masson, 83 ans. L’an dernier, nous avons aidé une cinquantaine de personnes. » La CFDT-Retraités est la seule organisation syndicale investie dans cette permanence. « C’est un choix militant, un service de l’organisation, explique Françoise Chagrin, 74 ans. On ne fait pas de prosélytisme mais on ne cache pas non plus nos couleurs. Il est même arrivé qu’on fasse des adhésions. »

La CFDT-Retraités du Doubs est partenaire du conseil d’administration du centre communal d’action sociale (CCAS), du comité de pilotage de la Maison des seniors et de nombreuses actions liées à la citoyenneté. « Malheureusement, regrette Jean Gullaud, secrétaire général de la CFDT-Retraités du Doubs, nous manquons de candidats pour assurer la relève militante. »

“On est vraiment écouté par les élus”

Dans le cadre de ses démarches Villes amies des aînés, Besançon a mis en place en 2015 un groupe d’experts d’usage pour l’amélioration du cadre de vie. Une dizaine de personnes issues du milieu associatif sont consultées sur l’accessibilité des équipements urbains, les mobilités, etc. Marie-Jeanne Urlacher, responsable accessibilité de la Ville, ne tarit pas d’éloges sur le groupe : « Leurs compétences sont très appréciées. Ils surprennent même les architectes. Rien ne remplace la parole et les pratiques de ces associations. »

« Nous sommes de plus en plus sollicités en amont sur des travaux publics et semi-publics mais aussi par des personnes privées comme des médecins, confirme Daniel Meunier, représentant des aînés dans le groupe d’experts. L’intérêt, c’est que l’on est vraiment écouté par les élus, que l’on construit ensemble avec le personnel du CCAS, les techniciens, les agents de la Ville. » Les préconisations du groupe ont permis de multiples améliorations comme rendre la billetterie du tram accessible, installer des points d’eau dans les parcs, ou l’achat de cannes-sièges pour tous les musées de la ville, etc.

« Ce groupe d’experts fonctionne très bien, se félicite Christine Singh, représentante d’une association de malentendants. Nous sommes très complémentaires. Il n’y a pas d’un côté les spécialistes du handicap et de l’autre des personnes âgées. On travaille en bonne intelligence pour rendre la vie de tous les administrés plus agréable. »

dblain@cfdt.fr

©Photos Joseph Melin

   

[Initiative]

Un réseau pionnier

« En France, le réseau Villes amies des aînés a débuté en 2007 avec une prise de conscience dans certains territoires des conséquences du défi démographique. On est en train de basculer d’une société des moins de 20 ans à une société des plus de 60 ans. » Pierre-Olivier Lefebvre est le délégué général du réseau francophone. Lyon, Dijon et Besançon ont été les villes pionnières en France. Depuis, plus de 130 communes, communautés de communes, collectivités, villages ou départements ont rejoint le réseau, soit plus de 11 millions d’habitants.

« Notre conviction première est que le vieillissement est une opportunité, un défi mais pas un problème, poursuit Pierre-Olivier Lefebvre. Cela passe par une lutte contre l’âgisme dans tous les secteurs de la société –  y compris le monde du travail, où nous travaillons en collaboration avec la CFDT-Retraités. » Au terme bien-vieillir le délégué général préfère l’expression « avancée en âge réussie ».

Le réseau propose à ses adhérents de travailler sur huit thématiques : espaces extérieurs et bâtiments, transports et mobilité, habitat, information et communication, culture et loisirs, participation citoyenne, autonomie services et soins. Mais « l’important, selon Pierre-Olivier Lefebvre, c’est la méthode. Il s’agit pour nous d’amener les acteurs à élaborer un plan d’actions et d’améliorations sur l’un de ces thèmes avec les habitants afin qu’ils s’approprient le sujet. » Pour cela, le réseau national met à la disposition des volontaires un guide méthodologique et près de 350 fiches sur différents sujets.