[Dossier 2/3] Bio et syndicalisme : une recette gagnante

Publié le 27/12/2018

[Initiative] Quoi de mieux pour rapprocher les salariés que de proposer des produits locaux, de qualité, à prix défiant toute concurrence ? Depuis 2015, la CFDT de Bosch, sur le site de Mondeville (750 salariés), dans le Calvados, a monté une épicerie devenue une véritable annexe du local syndical.

Au départ, la section avait eu l’idée de distribuer des paniers de légumes biologiques. Mais le projet s’est essoufflé. En cause : les prix élevés des paniers et l’impossibilité de choisir leur contenu. « Nous avons repensé l’offre avec comme objectif que le bio soit à la portée de toutes les bourses, explique Estelle Schneider, déléguée syndicale. Nous avons démarché directement des producteurs locaux prêts à vendre en vrac au tarif des grossistes. La formule s’est révélée gagnante. Aujourd’hui, 250 salariés sont inscrits à l’épicerie bio et nous livrons en moyenne 60 commandes chaque jeudi. »

Des fruits et légumes mais pas seulement : pain, œufs, viande et fromage sont proposés de manière régulière aux salariés. Au total, près de 100 000 euros sont dépensés chaque année en produits locaux.

L’intérêt de ce projet va bien au-delà de la satisfaction des salariés pour le service proposé. « Plus que d’autres activités menées dans le cadre des activités sociales et culturelles du comité d’entreprise, ce projet a profondément modifié la relation entre les salariés et nous. Il crée du lien social, abolit les hiérarchies et “dédiabolise” le syndicalisme en le rendant forcément sympathique. Nous apportons de la bonne humeur, notre travail de syndicaliste peut alors vraiment devenir opérant : c’est principalement à l’épicerie que les salariés nous livrent leurs difficultés professionnelles », ajoute Estelle.

Au local bio CFDT, on échange donc autant ses recettes de cuisine que ses états d’âme sur le travail. Les militants reconnaissent que depuis l’ouverture de leur petite épicerie, ils arrivent à traiter un certain nombre de problèmes beaucoup plus en amont : « Avant, lorsque nous apprenions les difficultés d’un salarié, il était souvent trop tard, des courriers étaient déjà partis et la direction ne pouvait faire machine arrière sans se désavouer. Maintenant, les membres du comité de direction viennent aussi acheter des carottes… Nous les avons “sous la main” et pouvons alors les aborder plus facilement. » Et tandis que la direction ne voit pas forcément d’un bon œil que les cadres se promènent sur le site avec des poireaux qui dépassent de leurs sacs (peu en adéquation avec l’image d’une entreprise 4.0 !), la CFDT de Bosch Mondeville a enregistré en novembre 2018 son meilleur score depuis plusieurs mandatures avec 52 % des voix aux élections.

 

©Photos Éric Baudet 

     

 

[Initiatives]

HeadCantinesRebellesDes cantines rebelles

Partout en France, des collectivités s’engagent à maîtriser davantage leurs approvisionnements et à améliorer la qualité des repas sans augmenter les prix.

Créé par l’association Un Plus Bio, qui milite depuis 2013 auprès des collectivités locales pour une restauration collective bio, locale et saine, à coût égal, l’Observatoire national de la restauration collective bio et durable a enquêté pendant l’année scolaire 2017-2018 auprès de 3401 sites dans 239 collectivités (soit 500 000 convives). L’enquête montre l’absence de corrélation entre le coût du repas servi dans les cantines et celui des produits biologiques.

« Dans le prix des repas, ce n’est pas le prix des matières premières qui fait la différence mais les leviers que l’on actionne pour équilibrer un budget », constate Stéphane Veyrat, directeur d’Un Plus Bio. C’est avant tout la lutte contre le gaspillage alimentaire qui a permis aux municipalités de compenser l’introduction de produits bio un peu plus cher dans leurs cantines. Ces collectivités ont également accepté de diversifier les menus standards, en remplaçant régulièrement viandes et poissons par des protéines végétales. En 2018, 86% des collectivités engagées dans cette démarche ont travaillé sur des menus végétariens avec à la clé la découverte de nouvelles recettes et des actions de sensibilisation auprès des jeunes.

Les produits locaux sont favorisés

Enfin, elles ont formé les équipes qui travaillent en cuisine à mieux valoriser les produits bruts et de saison. Au final, tandis qu’un repas « conventionnel » à partir de produits hypertransformés est évalué entre 1,50 et 2 euros, les cantines ayant modifié leurs pratiques servent des repas à 1,88 euro en moyenne, avec 30% de denrées bio et locales en plus dans l’assiette ! Pour ce même prix, certaines ont réussi à introduire jusqu’à 60% de bio dans leurs menus, soit bien au-delà du cap des 20 % fixé par loi Agriculture et Alimentation du 30 octobre 2018.

Autre constat : l’introduction du bio en restauration collective (crèches, écoles, collèges, Ehpad) est facilitée dès lors que les collectivités territoriales mutualisent leur politique alimentaire en passant par une cuisine centrale. Enfin, le bio des cantines est majoritairement produit localement. « La relocalisation des achats permet aussi de revaloriser économiquement des territoires ruraux. Ce qui est important dans la démarche des collectivités avec qui nous travaillons, c’est d’arriver à reconnecter l’alimentation avec leur environnement », observe Stéphane Veyrat.       

     
       ©Julien Claudel Un Plus Bio      

 cnillus@cfdt.fr