[Dossier 1/3] Liberté, égalité, mobilité

Publié le 15/07/2019

Aller travailler, se soigner, se nourrir, accompagner ses enfants à l’école… la mobilité est au cœur de nos vies. Et, pour beaucoup, la voiture individuelle est indispensable si l’on veut jouir de cette liberté. Pourtant, il est temps de développer d’autres modes de déplacement moins onéreux et moins polluants.

Dans notre pays, 80% des déplacements se font en voiture. Quelque 32 millions de véhicules circulent avec la plupart du temps une seule personne à bord, selon les statistiques de l’Insee (2017). Les chiffres montrent que la dépendance à la voiture est totale quand on vit loin des villes, puis chute selon la taille des agglomérations : près de 90% des personnes domiciliées en milieu rural ne peuvent s’en passer ; un taux qui tombe à 64% dans des villes moyennes et recule nettement dans les grandes agglomérations grâce aux transports en commun et aux modes de déplacement alternatifs comme le vélo ou la trottinette.

Les dommages collatéraux de cette dépendance à la voiture ont été mis en exergue par la crise sociale actuelle : économiquement, la voiture pèse de plus en plus sur le budget des ménages, qui dépensent en moyenne 400 euros par mois pour rouler. L’Automobile Club Association estime le coût annuel moyen d’une voiture particulière à 6 800 euros par an ! Conséquence de l’étalement urbain, de l’augmentation du prix des loyers en ville et des habitudes de mobilité : près d’un trajet sur deux en voiture se fait sur une distance inférieure à trois kilomètres, indique l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

La France paie cher ses choix en matière d’aménagement du territoire : facteur de pollution, de dépendance énergétique (99% du carburant que nous consommons est importé), le tout-voiture est aussi source d’exclusion sociale. Un quart des Français auraient renoncé à un emploi ou une formation faute de moyen de transport, selon un sondage Elabe publié en 2016. Enfin, du côté de l’écologie, c’est l’impasse : si la fin des moteurs thermiques se profile, la montée en puissance des véhicules à faibles émissions pose d’autres problèmes pour l’environnement comme la fabrication et le recyclage des batteries.

Face à ce constat et malgré la valeur que les Français attachent à leur voiture, le besoin de modes de transport alternatifs se fait entendre. « On remarque des signes d’essoufflement en France, où le nombre d’utilisateurs quotidiens de la voiture est passé de 59% à 50% entre 2016 et 2018, souligne Véronique Varlin, directrice de l’Observatoire Société et Consommation (Obsoco). Notre dernière enquête, en 2018, a révélé trois grands profils d’automobilistes : 29% sont complètement captifs de la voiture, qu’ils utilisent quotidiennement ; 18% cherchent à l’utiliser moins, et 31% aimeraient changer de mode de transport mais ne savent pas comment faire. Ce qui les bloque : ne pas avoir la perception du choix. Et finalement, prendre sa voiture, symbole de liberté, est plus souvent vécu par eux comme une contrainte. Au contraire, le trajet à vélo est un moment plutôt bien apprécié et facteur de bien-être. »

Cet essor des pratiques alternatives à la voiture est encore freiné par trop d’inégalités territoriales. Le projet de loi d’orientation des mobilités (LOM [Lire ici] ) en fait le constat. Dans son préambule, il rappelle que sur 80% du territoire, aucune collectivité ne propose de solutions pour les transports du quotidien. Bonne nouvelle, donc, en matière de mobilité durable : les marges de manœuvre sont immenses. Nous sommes loin d’avoir tout essayé.

cnillus@cfdt.fr

© Carlos Muñoz Yagüe

 


  

INITIATIVES
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Ça bouge!

Face à l’impasse du tout-voiture, nombre d’alternatives existent dans les territoires. Tour d’horizon de ceux qui envisagent les mobilités sous un autre angle.

  

HeadCaussesDRDans les Grands Causses 

Entre dépendance énergétique et économique, le territoire des Grands Causses, dont la faible densité de population légitime l’utilisation de la   voiture, a choisi une autre mobilité.

 

 

 

 

JFSP LEHAVRE emmanuelle marchadourAu Havre

Jean-François Samson de Pouqueville est l’un des premiers à avoir créé un Pôle mobilité en partenariat avec Pôle emploi. Reportage.

 

 

 

  

 

HeadAlgorithmesDRÀ Orléans et Mulhouse

Des collectivités expérimentent des solutions afin d’améliorer l’efficacité des transports collectifs et de répondre aux attentes de leurs administrés. 

 

 

 

 

 

 © DR — Emmanuelle Marchadour – DR