Skis Rossignol : la CFDT pour redonner de l’espoir

Publié le 20/08/2019

Créée il y a à peine deux ans, la dynamique section CFDT se développe rapidement. En vue des élections CSE, elle a fait de la transparence son cheval de bataille pour mettre fin au malaise en interne qui touche de nombreux salariés.

« À l’extérieur, l’entreprise a une très bonne réputation, elle jouit d’un certain prestige. À l’intérieur, c’est moins glorieux. Le turnover s’amplifie, les réorganisations se succèdent, la démotivation envahit les esprits. » Ce constat amer est celui de Yann Colliat, délégué du personnel élu au comité d’entreprise (DP-CE) et fondateur de la petite section qui monte depuis deux ans chez les Skis Rossignol. Il faut dire que depuis quelques années, l’entreprise n’est pas au sommet. Si l’activité hiver se porte tant bien que mal, l’activité vélo ne décolle pas. Rossignol a racheté en 2016 la société Time Sport, qui fabrique des vélos de route haut de gamme. Depuis, elle y a organisé un plan de sauvegarde de l’emploi ramenant l’effectif de 50 salariés à une quinzaine en France. « Un carnage qui n’a pas été suivi d’une véritable réorganisation, soupire le responsable de la section Pablo Harel. Au service clients où je travaille, nous sommes trois à faire du e-commerce international concernant ces vélos qui valent de 5 000 à 15 000 euros pièce et à la vente desquels nous n’avons absolument pas été formés. On nous pose des questions auxquelles nous ne savons pas répondre et lorsqu’on évoque le sous-effectif, on nous envoie des stagiaires qui font ce qu’ils peuvent mais ne répondent pas à la demande de manière professionnelle. On doit se battre pour pouvoir travailler. » Le problème de sous-effectif n’est d’ailleurs pas propre au service clients. Francesca Di Rocco, assistante au service commercial Italie et élue CFDT au CHSCT, le subit : « La quantité de travail augmente, les effectifs baissent, les personnes qui partent ne sont pas remplacées, même chez les cadres, et la surcharge de travail génère des erreurs. »

Le choix d’une organisation forte et non corporatiste

     

Les élections CSE
Les élections au comité social et économique devront avoir lieu d’ici à la fin de l’année. La section fera valoir les résultats obtenus concernant le congé enfant malade, la prime aux alternants, la majoration des heures supplémentaires, etc. Surtout, elle exigera la transparence dans toutes les décisions relatives au social avec l’objectif de mettre fin au malaise ambiant ; elle entend également moderniser le fonctionnement du comité d’entreprise.

Face au malaise
La section s’est créée en réaction au malaise généré dans l’entreprise par l’absence de dialogue social entre la direction et les salariés. La CFDT a commencé à se battre pour obtenir des informations de base auxquelles tous les élus CE ont normalement droit et a demandé le rétablissement de droits légaux. Elle s’est forgé une réputation de redresseur de torts.

Objectifs de la section
La section a commencé par quatre adhérents, il y a deux ans. Ils sont maintenant une bonne vingtaine et comptent être une trentaine d’ici à la fin de l’année. D’ici là, la section présentera des listes complètes dans tous les collèges aux élections et espère obtenir un très bon score, ce qui lui permettrait de recréer une dynamique positive au sein de l’entreprise.

     

Certains ne cachent d’ailleurs pas leur désarroi, comme Chloé Raoult, 27 ans, graphiste dans la boîte depuis quatre ans : « Je me sens très frustrée. Il n’y a aucune évolution possible de carrière, ça ne donne pas envie de rester dans cette entreprise. » C’est ce mal-être généralisé qui est en partie à l’origine de la création de la section. À la fin 2016, Yann Colliat (alors élu CE sans étiquette) se voit reprocher de poser trop de questions et d’oser proposer la distribution des procès-verbaux de comité d’entreprise aux salariés… Devant l’absence de réaction des élus CGT, Yann examine l’offre syndicale. Il a besoin d’une organisation forte qui l’accompagne, le forme, l’aide mais refuse d’entrer dans une organisation corporatiste et veut défendre des valeurs. Son choix se porte sur la CFDT. Avec l’aide du Syndicat construction-bois de l’Isère puis du Syndicat des services*, il décide de créer une section CFDT avec une équipe réduite à quatre personnes.

L’accueil de la direction est mitigé, mais celui des salariés se révèle enthousiaste. « Tu nous redonnes de l’espoir », lui glisse-t-on à l’oreille. D’autant que les raisons de batailler ne manquent pas. La direction oublie la majoration des heures supplémentaires devant bénéficier à de nombreux salariés, refuse d’appliquer le congé rémunéré de trois jours pour enfant malade tel qu’il est prévu dans la convention collective nationale, n’applique pas la classification conventionnelle des cadres (avec 450 euros à la clé !), applique le principe du « dixième de congés payés » de façon erratique, refuse aux alternants le droit à une prime que devraient percevoir tous les salariés et ne respecte pas les consultations annuelles obligatoires.

Aux élections partielles, la CFDT se distingue

« Tout est hors des clous, même le basique du code du travail n’est pas respecté, observe Pablo Harel. À chaque fois, c’est question en DP, courrier de notre avocat, inspection du travail… et des semaines perdues à attendre les réponses. Cela ne fait que renforcer notre détermination ! »

La crise éclatera quelques mois plus tard en comité d’entreprise, lors de la mise en place, avec la nouvelle convention collective, d’une carence concernant les Etam (employés, techniciens, agents de maîtrise). Soutenus par les salariés, les élus réclament une expertise, qui sera rejetée par le comité central d’entreprise (CCE), composé majoritairement d’élus CGT. Du côté de la direction, l’heure est au déni et à la provocation, se souvient le responsable de section. « La direction des ressources humaines était à bout d’argument. En pleine réunion, elle nous a fait comprendre que si la situation de carence ne nous plaisait pas, nous n’avions qu’à passer cadre ! » Du côté des salariés, la confiance est rompue, et les élus sont priés de démissionner lors d’une assemblée générale organisée sur le parking de l’entreprise. Tous les élus s’y plient, à l’exception des élus CGT, et de nouvelles élections partielles sont organisées en novembre 2018 puis en juin 2019. Cette fois, Yann et ses collègues se présentent sous l’étiquette CFDT. Aux premières élections, la CFDT remporte quatre sièges cadres sur quatre avec une participation de 70 %. À la seconde, elle rafle encore la mise.

Une direction qui s’adoucit et qui change de stratégie

Depuis ce nouveau scrutin, les élus sont à pied d’œuvre. Les multiples interventions des représentants CFDT ont peu à peu conduit la DRH à prendre conscience des difficultés rencontrées par de nombreux salariés. Il en va ainsi de la question des jours de congé enfants malades rémunérés, que la DRH refusait d’accorder tel qu’il est prévu par la convention collective pendant un an et demi. « J’ai dû porter l’affaire devant la branche commerce des articles de sport, où je suis négociateur, car la direction ne bougeait pas, explique Yann Colliat. C’est grave de devoir en arriver là ! » Ce n’est que confrontée à ses pairs que la DRH reconnaîtra à demi-mot son erreur.

Devant la dégradation du climat social, la direction s’est résolue à lancer une enquête qualité de vie au travail à laquelle environ 250 personnes sur les 340 du site de Saint-Jean-de-Moirans ont répondu. Mais les élus doutent. « Je serais surpris que cette enquête aille jusqu’au bout, regrette Naoufel Bouslougha, expert en plasturgie et élu DP-CE CFDT, même si des managers nous confirment le malaise. Les salariés n’ont plus confiance dans cette DRH. »

Des listes CFDT complètes pour les élections au CSE

Conscients que le collectif leur permettra de remonter la pente, les salariés adhèrent de manière continue depuis la création de la section. « De quatre personnes, la section est passée à une vingtaine d’adhérents issus de tous les services de la boîte et nous nous sommes fixé l’objectif d’être une trentaine d’ici à la fin de l’année, explique Yann Colliat. Mais, surtout, la CFDT présentera des listes complètes dans tous les collèges à l’occasion des futures élections au comité social d’entreprise. » Il faut dire que la section a mis toutes les chances de son côté. Après chaque instance, les élus fournissent un compte rendu des débats. La section publie un journal, entretient une page Facebook nourrie des bons exemples d’accords signés par la CFDT dans d’autres entreprises. Histoire de réaffirmer que d’autres pratiques sont possibles en matière de dialogue social… et que le collectif paye !

dblain@cfdt.fr 

* L’entreprise Rossignol a changé de convention collective entre-temps.

photo © DR

     

Repères

• La société Skis Rossignol compte près de 500 salariés (dont 70 % de cadres) répartis sur trois sites isérois et une dizaine de boutiques en France et en Europe. Dans le monde, Rossignol emploie 1 450 personnes. Une grande part de son chiffre d’affaires se fait avec les équipements et matériels d’hiver, le reste avec les activités vélo, les vêtements et chaussures.

• La CFDT, implantée depuis 2017, a remporté deux élections partielles cadres (CE et DP) en raflant tous les sièges. Elle attend les élections CSE d’ici à la fin de l’année.