SKF Aerospace : deux sections mais une équipe solidaire avant les élections professionnelles se battent pour sauver les emplois et soutenir leurs collègues.

Publié le 28/10/2013

Depuis deux ans, les salariés de SKF Aerospace du site de Saint-Vallier vivent dans l’attente d’une cession. Les membres de l’équipe CFDT se battent pour sauver les emplois et soutenir leurs collègues.

Dans cette PME drômoise, un "mur de Berlin" traverse bureaux et ateliers, séparation autant matérielle que symbolique entre les salariés à la suite de la cession de l’entreprise SKF Aerospace de Saint-Vallier. Cette vente, les salariés la voyaient arriver avec appréhension depuis déjà deux longues années. Spécialisée dans la fabrication de bielles et de commandes de vol pour avions, détentrice d’un savoir-faire unique, cette filiale française du groupe suédois SKF n’est pas en danger quand le bruit d’une cession commence à courir. « Nous sommes les seuls en France à utiliser un procédé de chauffage par induction, explique avec fierté François Menetrieux, délégué syndical CFDT. Nous fournissons tous les avionneurs comme Airbus, Boeing, Bombardier. Notre activité R&D nous a permis de participer au projet de l’avion électrique, l’un des 34 projets pour réindustrialiser la France présentés par le gouvernement. »

SKF     
 le siège de SKF en Suède     

Mais, à y regarder de plus près, les deux principales activités de la PME ne présentent pas le même taux de rentabilité. Les bielles se vendent comme des petits pains alors que l’activité d’assemblage des commandes de vol, coûteuse car très gourmande en R&D, se révèle déficitaire. Des investissements effectués à temps auraient sans doute pu rétablir l’équilibre, selon François. Les presque 400 salariés de la PME échafaudent les scénarios les plus sombres pendant la période qui précède l’annonce de la cession. La rumeur évoque tantôt la liquidation de l’activité la moins rentable, tantôt la fermeture totale.

Le manque de transparence de la direction

Quand la direction se résout enfin à parler aux salariés, c’est pour dire que l’entreprise sera vendue d’un seul tenant, mais que « tout se passera bien ». « La communication de la direction manquait totalement de transparence, regrette François, les gens étaient prêts à tout imaginer. Nous avions plus d’informations venant de l’extérieur de l’entreprise qu’en interne ! » Le délégué syndical se rend au congrès de la FGMM, à Nantes en 2012, avec l’intention de recueillir des infos auprès de ses homologues d’autres entreprises de l’aéronautique.

Un bras de fer s’ensuit entre le comité d’entreprise et la direction, qui finit par reconnaître que SKF sera divisée et vendue à deux repreneurs, sans toutefois préciser leur identité.

De nouveaux adhérents prennent des responsabilités

     

La CFDT majoritaire

Les deux sections comptent une trentaine d’adhérents et de militants. La CFDT était majoritaire en 2012, à 39 %. Côté PCC, l’équipe CFDT va devoir s’imposer face à sa nouvelle direction. La NAO (négociation annuelle obligatoire) qui se profile sera l’occasion de négocier un accord d’intéressement.

« La direction persistait dans la désinformation, et cela ne faisait qu’attiser l’inquiétude des salariés, la situation était extrêmement tendue, explique François. Nous n’étions alors qu’une petite équipe inexpérimentée, moi le premier. Heureusement, j’ai été formé par Milou, l’ancien DS, qui est parti à la retraite, et je pouvais compter sur Marc Bénistand, le secrétaire du Syndicat de la métallurgie Drôme-Ardèche, très présent. » De nouveaux adhérents viennent en renfort, certains prennent des responsabilités dans la section, mais tous doivent mettre les bouchées doubles devant cette situation de crise. Une grève de quinze jours finira par avoir raison de l’attitude de blocage de la direction. Les salariés obtiendront une prime de cession de 1 500 euros, et surtout les noms des repreneurs. Ce sera PCC (Precision Castparts Corp.), un groupe américain, « mais pas un fonds de pension ! » pour l’activité bielles, et la partie commandes de vol serait reprise par le français Sagem, qui ferait venir les salariés concernés sur son site à Valence, à 30 kilomètres de Saint-Vallier. Oui, mais qui ira où ?

La direction ne communique pas la répartition des salariés, et en ce qui concerne certains postes transversaux, fonctionnels, commerciaux et marketing, le doute subsiste. « Pour une centaine de salariés, l’incertitude était totale », précise Marilyne (son prénom a été changé à sa demande), élue CFDT, restée du côté de l’activité commandes de vol. « La direction laissait pourrir la situation, et certains salariés voulaient faire monter les enchères, jouer sur les peurs des gens. Il fallait apaiser le climat. » L’information, une fois de plus, joue un rôle capital.

« Les salariés étaient à l’affût de toute indication. Parfois, on me posait cent fois la même question dans la journée », explique François. Diffuser l’information, rallier de nouveaux militants ? Le délégué syndical trouve en Facebook un outil efficace afin d’organiser le combat et lui donner une résonance. Il veille à mettre sa page à jour en temps réel et organise l’accès des internautes à des niveaux différents selon qu’ils sont salariés, adhérents ou militants CFDT.

Deux sections, mais une équipe qui cultive la solidarité

Dans une ambiance plombée, un jeu de chaises musicales s’organise sur le site, des collègues doivent changer de bureau, passer « de l’autre côté du mur ». Les 210 salariés désormais sous l’étiquette PCC sont rassurés : le groupe est solide, « il y aura des pressions sur la productivité, mais au moins, ils savent faire tourner le business de l’aéronautique ». Le destin des 170 autres salariés, en revanche, n’est pas scellé. Désormais séparée en deux sections distinctes, l’équipe CFDT reste solidaire. Malgré le mur.

mneltchaninoff@cfdt.fr