Sgen-CFDT Picardie, une jeune équipe qui fait des adhérents

Publié le 03/04/2013
L’équipe du Sgen Picardie a réussi à remonter un syndicat déserté au début des années 2000 grâce à une bonne dose d’énergie et de communication.

Fuites vers un syndicat concurrent en 1999, fonte des effectifs militants après 2003, moral en berne pour les rescapés, quand Sébastien Lequien, l’actuel secrétaire général adjoint du Sgen d’Amiens, arrive en 2003 muni d’un mandat tout neuf de responsable développement et de trois heures de délégation, il commence par… chercher la clé des locaux, égarée depuis un certain temps. Puis il fait le compte : l’académie d’Amiens regroupe 35 000 agents de l’Éducation nationale, de la maternelle à l’université, des enseignants aux personnels Atoss. « Notre syndicat rassemble tous les métiers, ainsi que l’indique la lettre “g” comme général, de Sgen. Le temps où les profs étaient hégémoniques est révolu », déclare-t-il.

Une équipe soudée

Avant toute chose, le nouveau responsable procède à un état des lieux. « Nous avions perdu nos différents mandats dans les comités techniques (CT), et même dans les commissions administratives paritaires (CAP), dont la mission est de gérer la carrière des agents ! » Autrement dit, des instances à haut potentiel stratégique. Mais avant de penser à reconquérir ces postes, Sébastien doit remettre son équipe sur pied. Il fait le tour des « anciens » et sollicite leur aide. « Je connais mal le premier degré, j’ai rappelé Régis, qui est professeur des écoles ; il a bien voulu revenir et prendre en charge la coordination du premier degré dans toute la Picardie. » De nouveaux militants les rejoignent et, en quelques années, une équipe soudée se constitue grâce à un « bon mix » entre l’énergie des plus jeunes et l’expertise des aînés.

Le premier objectif est de monter une base de données. « Nous avons ciblé les collègues en difficulté, un peu abandonnés, les remplaçants, les contractuels, les nouveaux entrants dans l’académie », raconte Sébastien. Les informations ne tombent pas du ciel. C’est un travail de fourmi, une patiente collecte des adresses e-mails, professionnelles ou personnelles des uns et des autres, obtenues au fil des campagnes d’information et des permanences assurées dans les établissements, les centres de formation. Les appels sur les lignes fixes du syndicat basculent, en cas d’absence, sur les portables des militants. « Dès le premier contact, nous établissons une fiche de suivi. Nous recontactons les collègues pour leur proposer de l’aide quand ils font leurs vœux de mutation, nous les tenons informés des résultats, même s’ils ne sont pas encore adhérents. Il nous arrive alors de gérer une quarantaine d’appels par jour. » Chaque membre de l’équipe peut accéder au fichier, le corriger et l’enrichir à tout moment.

Miser sur la communication

Le plan de développement sur trois ans adopté par la commission exécutive met l’accent sur la communication. Le site internet, en cours d’évolution, affiche plus de 10 000 connexions par mois. Les comptes Twitter et Facebook permettent de dialoguer en continu avec les collègues, adhérents ou non. L’imprimé n’est pas négligé pour autant.

Le Fil picard est un petit journal bourré d’infos pratiques sur les rémunérations, les règles d’avancement, les calendriers de mutations, le rôle des instances académiques paritaires, etc., sans oublier les coordonnées de l’équipe et le bulletin d’adhésion au Sgen. Un numéro spécial sort au moment du « mouvement », le casse-tête annuel des enseignants qui, pour voir leurs vœux d’affectation satisfaits, doivent répondre à une multitude de critères.

En cas de dossier mal ficelé, une intervention auprès du rectorat peut sauver la situation. « Attention, il ne s’agit pas de passe-droit ! », précise toutefois Sébastien.

Pour la défense de l’école

L’équipe ne réduit pas pour autant son action syndicale à la seule dimension de services. La réflexion politique anime les débats, à la commission exécutive ou sur le terrain, pour la défense des personnels mais aussi d’une certaine vision du rôle de l’école. « La frustration chez les enseignants est très grande : ils souffrent d’un manque de reconnaissance, les rémunérations n’évoluent pas, la formation continue est inexistante. Les conditions de travail n’arrangent rien, les collègues en lycée professionnel se prennent en pleine face la misère sociale, aggravée par la crise. »

L’an dernier, des bruits ont couru sur la fermeture programmée du lycée professionnel de Flixecourt, dans la Somme. Parmi les élèves, beaucoup sont en grande difficulté sociale, qui n’auraient pas parcouru les 25 kilomètres supplémentaires pour se rendre dans un autre établissement. La disparition du lycée signerait l’arrêt de leur scolarité. Le syndicat s’est mobilisé, des pétitions ont circulé, des rendez-vous ont été pris au niveau de l’établissement, de l’académie, de la mairie, du Conseil général, de la région… Un audit est en cours, la fermeture sera peut-être évitée.

mneltchaninoff@cfdt.fr