Santerne Fluides : Ces petites sections qui font une première place

Publié le 24/10/2017 (mis à jour le 28/11/2017)

L’action de proximité menée par la section de Santerne Fluides est plébiscitée par les salariés. Les résultats ainsi obtenus dans la myriade de petites filiales dépendant de la galaxie Vinci ont permis à la CFDT de se hisser à la première place du groupe de BTP.

C’est une goutte d’eau dans la mer ; une petite entreprise du BTP comme il y en a des centaines dans la galaxie Vinci. Située à quelques kilomètres de Lille, Santerne Fluides, spécialisée dans les travaux de chauffage, ventilation et climatisation, fait partie de la société Santerne Nord Tertiaire, une filiale de filiale de l’activité Énergies de Vinci. Loin, très loin donc du siège du puissant groupe du BTP, de ses chartes éthiques et de ses avantages sociaux. Chez Santerne Fluides, il a fallu la persévérance de l’équipe CFDT pour obtenir des titres-restaurant de 6 euros, financés à 50 % par l’employeur, dont les salariés bénéficient depuis le 1er janvier 2017.

     

Persévérance
Décrocher des titres-restaurant a été une affaire de longue haleine. À l’argument d’équité invoqué par la CFDT, qui souhaitait que les sédentaires disposent d’une aide équivalant à la prime de panier en vigueur sur les chantiers, la direction opposait une fin de non-recevoir. Jusqu’aux négociations annuelles obligatoires de 2016, où la section a obtenu 1,83 % d’augmentation générale… et les titres-restaurant. Le poids de la CFDT sur l’ensemble du groupe n’a pas été neutre dans cette avancée.

Force d’attraction
La CFDT est en situation de quasi-monopole dans les Hauts-de-France, à la suite du basculement au début des années 2000 d’un certain nombre de militants CGT, demandeurs d’un dialogue social plus constructif. « À un moment donné, dire non à tout ne suffit plus. Mieux vaut un bon deal qu’un mauvais procès », résume Mohamed Delhoum.

La CFDT première chez Vinci
« La CFDT a su s’adapter à la politique et à l’organisation très décentralisée de Vinci, tout en maintenant un réseau de militants structuré et efficace », a salué Jean-Michel Gillet, secrétaire national de la Fédération nationale de la Construction et du Bois (FNCB), lors de la publication des résultats nationaux aux élections professionnelles du groupe Vinci, le 10 avril dernier. La CFDT a emporté la première place avec 31 % des voix contre 30,13 % pour la CGT ; FO a obtenu 13,42 % des voix, la CFE-CGC 12,02 %, la CFTC 8,41 % et l’Unsa 3,01 %.

     

« Les ouvriers sur les chantiers bénéficient de la prime de panier, les commerciaux font des notes de frais, mais les employés sédentaires n’avaient jusque-là rien du tout », explique Mohamed Delhoum, délégué syndical central de Santerne Nord Tertiaire, qui est aussi délégué du personnel et élu au comité d’entreprise de Santerne Fluides – une instance héritée, comme le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), de l’époque où Santerne était une seule et même entreprise.

Une équipe active, des adhérents nombreux

Si 39 salariés, sur les 46 que compte la PME, ont fait le choix d’adhérer à la CFDT, ce n’est pas par hasard. L’équipe est sur tous les fronts afin d’améliorer le quotidien des salariés, dont la reconnaissance s’exprime aussi au moment des élections professionnelles, comme en témoignent les scores obtenus (lire « Repères » ci-dessus), en l’absence, il est vrai, de concurrence syndicale. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela ne nous facilite pas la vie, explique Mohamed Delhoum. Nous portons toute la responsabilité de dossiers parfois sensibles. » Au risque de se brûler les ailes. René Nabor, le délégué syndical, en sait quelque chose. Un temps placardisé, il vient tout juste de retrouver des responsabilités professionnelles à la hauteur de ses compétences. Il n’est pas le seul à avoir fait les frais d’un management peu soucieux du bien-être des salariés. Dans un e-mail envoyé à la direction en mars dernier, René a évoqué sa situation mais aussi dénoncé un mal-être général et exigé que des mesures soient prises. « Tous les collègues ont manifesté leur solidarité par des mails et des messages d’encouragement, se souvient Mohamed. La direction régionale avait été informée et la direction de l’entreprise a réagi au quart de tour pour faire cesser la mise à l’écart du délégué syndical. Ce mail a également servi d’alerte en dénonçant un management défaillant. »

Une qualité de vie au travail qui laisse à désirer

Les locaux spacieux et lumineux de Santerne Fluides n’ont rien à envier à la dernière start-up à la mode. Un cadre où il fait bon travailler, se dit-on. Pourtant, à entendre les salariés, la qualité de vie au travail n’est pas au rendez-vous. Les relations avec la hiérarchie sont souvent tendues, peu cadrées, pas loin du dérapage verbal. « Des expressions que l’on entend parfois malheureusement sur les chantiers deviennent aujourd’hui monnaie courante dans les bureaux », se désole le délégué syndical central. « Les propos à connotation raciste sont fréquents, même dans la bouche des gradés de l’entreprise, confie un salarié, visiblement mal à l’aise. Pour certains, dire “c’est du travail d’arabe” ou “vous avez trouvé votre nègre pour les gros travaux”, c’est banal. Je ne trouve pas cela normal. » Ces comportements intolérables sont signalés systématiquement par la CFDT, comme le délégué syndical de Santerne Fluides le rappelle dans son courrier. La dégradation des relations interpersonnelles, à la frontière du harcèlement, peut avoir des conséquences dramatiques. Un salarié demandait depuis des mois à changer d’équipe en raison d’une grave mésentente avec son supérieur. « C’est quelqu’un de solide qui a vingt-cinq ans de boutique, souligne Mohamed. La situation lui était devenue tellement insupportable qu’il parlait de mettre fin à ses jours. Nous avons dû faire intervenir le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail et le médecin du travail auprès de la direction pour que le problème soit enfin traité. Le salarié est aujourd’hui affecté à un autre service et tout se passe au mieux. » La prise de conscience qui a suivi le courrier de la CFDT à la direction a fini par porter ses fruits. Le cabinet Épistème, qui se revendique spécialiste de « la prévention et la gestion des situations sensibles ou critiques en lien avec des risques psychosociaux », est mandaté pour assainir les relations dans l’entreprise. « Les psychologues du cabinet ont reçu presque tous les salariés en entretien individuel, détaille Mohamed Delhoum. Le simple fait d’avoir pu s’exprimer en toute liberté, auprès d’interlocuteurs neutres, a déjà des effets bénéfiques sur le climat ambiant. » Un groupe de travail incluant des salariés, des membres du CHSCT, le médecin du travail et la responsable qualité-sécurité-environnement de l’entreprise s’est constitué. Le cabinet Épistème, après avoir audité tous les salariés, livrera prochainement son analyse et ses préconisations au CHSCT.

Un comité interentreprises, des échanges réguliers

Ces difficultés de management ne sont pas l’exclusive de Santerne Fluides. Les délégués syndicaux CFDT des deux autres filiales de Santerne Nord Tertiaire, Santerne Aéronautique et Défense et Santerne Tertiaire et Santé, ainsi que ceux de plusieurs autres sociétés rattachées au pôle Vinci Énergies Hauts-de-France savent qu’ils peuvent être confrontés un jour ou l’autre au même type de situation et suivent attentivement les évolutions chez Santerne Fluides. Les échanges entre les différents délégués CFDT sont fréquents, les liens historiques, le tout animé par Patrick Goudalle, délégué syndical central du groupe Vinci, dont le soutien sans faille a permis de remporter quelques batailles dans les petites sections, dont celle des titres-restaurant chez Santerne Fluides. Un comité interentreprises des sociétés dépendant de Vinci Énergies Hauts-de-France a été mis en place. « Le budget des activités culturelles et sociales de tous les comités d’entreprise est mutualisé, explique le délégué syndical central de Santerne Nord Tertiaire. Régulièrement nous nous réunissons et rien de ce qui se passe dans l’une ou l’autre de nos entreprises ne nous échappe. C’est un échange d’infos utile, surtout au moment d’aborder les négociations annuelles obligatoires. » Et, en cas de coup dur, tous sont prêts à jouer la carte de la solidarité, en venant si nécessaire manifester devant les grilles de l’entreprise concernée. Une vraie force, reconnue par les salariés, et qui n’est pas étrangère à la première place obtenue par la CFDT cette année dans le groupe.

mneltchaninoff@cfdt.fr

     


Repères

• Santerne Fluides, entreprise d’installation dans le domaine du génie climatique, est une filiale de Santerne Nord Tertiaire (146 salariés), l’une des multiples entreprises sous la houlette de la branche Énergies du groupe Vinci. Implantée à Sequedin (Nord), Santerne Fluides emploie 46 salariés pour un chiffre d’affaires prévisionnel de 13,4 millions d’euros en 2017.

• La section CFDT de Santerne Fluides compte 39 adhérents. Elle a remporté 100 % des voix dans le collège ouvriers et employés et 95 % dans le collège cadres et Etam (employés, techniciens et agents de maîtrise) en 2015.