Relais-toilettes des gares : Victoire après neuf jours de grève

Publié le 22/01/2015

Le changement de prestataire pour l’entretien des relais-toilettes de six gares SNCF a failli laisser 46 salariées sur le carreau. Mais à l’issue d’un mouvement inédit, ces femmes ont obtenu de leur nouvel employeur, le prestataire 2theloo, la garantie de reprise de tous les emplois.

Après leurs neuf jours de grève, les traits sont tirés – mais les visages, radieux. Les employées chargées de l’entretien des relais-toilettes de cinq gares franciliennes (Paris Nord, Paris Saint-Lazare, Paris Bercy, Paris Austerlitz, Marne-la-Vallée) ainsi que celui de Nîmes viennent d’obtenir gain de cause : la poursuite de leur contrat de travail, dans les mêmes conditions d’ancienneté et de salaire, avec le nouveau prestataire de la SNCF chargé de ce marché, 2theloo. Tout est parti du refus de la société néerlandaise de reprendre le personnel du précédent prestataire, Spacio Confort.

“Choquées”

2theloo a cru possible de passer outre le code du travail, de la manière la plus brutale qui soit : le 12 janvier, les 46 salariées de Spacio Confort se sont vu signifier l’obligation de remettre les clés des relais-toilettes le soir même ; on leur a expliqué que le lendemain, des salariés de 2theloo seraient à leur place. Leur planning en atteste : ces femmes, dont une majorité a plus de vingt ans d’ancienneté, qui perçoivent un salaire d’environ 1 300 euros nets, ont pu constater, dès le 13 janvier au matin, que leurs noms ne figuraient plus sur le planning hebdomadaire. « On a été choquées. Après toutes ces années de travail. Rayées d’un trait de crayon, comme ça », témoigne Aïcha Haddou, 55 ans, entrée en juin 1994 chez Spacio Confort et travaillant à la gare Saint-Lazare. « Heureusement, on a eu l’idée de ne pas rendre les clés », ajoute Élisabeth Asaré, 55 ans elle aussi, entrée en 1993.

Intervention de la SNCF

Elles ont aussitôt contacté les organisations syndicales, qui les ont immédiatement soutenues et accompagnées. La CFDT est d’ailleurs tout de suite montée au créneau, exhortant la direction de Gares & Connexions (l’entité SNCF qui gère les appels d’offres relatifs à l’activité dans les gares) à prendre ses responsabilités en tant que donneur d’ordre. « Le battage médiatique a également contribué à pousser SNCF Gares & Connexions, soucieuse de son image, à intervenir et à inviter les deux prestataires à se remettre autour de la table puis à négocier », reconnaît Pascal Romane, le secrétaire général régional adjoint de la CFDT-Cheminots. Sous la pression, 2theloo s’est donc résolue à appliquer la convention collective du nettoyage qui, dans son article 7, stipule clairement qu’en cas de changement de sous-traitant, le nouveau prestataire doit garantir l’emploi de 100 % du personnel affecté au marché faisant l’objet de la reprise. Une obligation que la société avait au départ cherché à contourner au prétexte que cette dernière ne relevait pas du nettoyage mais d’une société de services.

Clause sociale systématique

Pendant les neuf jours de grève (qui seront finalement payés en intégralité), ces femmes ont occupé les locaux, bloquant avec de grandes banderoles les entrées des toilettes pendant leurs horaires habituels de travail : de 6 heures à 15 heures et de 15 heures à minuit. Dès la réouverture des sanitaires, le 21 janvier, après la signature du protocole de fin de conflit, certains passagers clients de la gare sont passés féliciter les salariées. « Bravo, vous avez gagné ! », s’exclame l’une d’elles. La fierté se lit sur les visages de ces femmes (qui apprécieraient qu’on ne les appelle plus « dames pipi »). Leur victoire est d’autant plus importante que le contrat de sous-traitance qu’a remporté 2theloo l’engage pour dix ans à exploiter les relais-toilettes de 39 gares françaises !

Et pour que cette victoire soit utile, au-delà du contrat avec 2theloo, la CFDT-Cheminots a demandé à la SNCF « la mise en place d’une clause sociale systématique garantissant le maintien des droits acquis des salariés prestataires lors des appels d’offres » en vue d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise. Comme le résume Jean-Claude Minet, secrétaire général régional de la CFDT-Cheminots et activités complémentaires : « Pour que la SNCF soit plus vigilante, lors des prochains appels d’offres, aux aspects sociaux et à l’accompagnement du personnel, et qu’elle soit intraitable vis-à-vis de sociétés sans scrupule qui ignorent l’aspect social et humain au profit du mercantilisme. »

epirat@cfdt.fr