Quand la CFDT agit pour la mobilité durable chez Enedis

Publié le 16/08/2019

Les militants de la section CFDT de la direction régionale Alpes d’Enedis ont fait adopter à l’entreprise un plan de mobilité dès 2003. Face à une direction encore frileuse sur la question de la mobilité durable, leur action reste pionnière.

Ils ont le succès modeste. Bien avant la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015 qui instaure pour les entreprises de plus de 100 salariés sur un même site l’obligation de se doter d’un plan de mobilité au 1er janvier 2018, la CFDT d’Enedis en Isère a forcé la main de sa direction. Sous la houlette de Jean-Philippe Beaucher, alors ingénieur environnement et délégué syndical, la section a demandé et obtenu qu’un premier plan de déplacement voit le jour en 2003.

Une section CFDT en avance sur son temps

     

Se faire aider par l’Ademe
L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie est un partenaire incontournable pour élaborer un plan de mobilité. La section y a trouvé une mine d’informations et de conseils. De même, elle a travaillé avec les autorités organisatrices des transports des agglomérations proches des sites de l’entreprise pour pouvoir proposer des axes de réflexion à la direction d’Enedis.

Sensibiliser, informer, communiquer
Pour Jean-Philippe Beaucher, délégué syndical à la direction régionale des Alpes, c’est l’autre levier très important : la page Facebook de la section CFDT y relaie une abondante documentation chaque jour. Tous les thèmes qui concernent les salariés d’Enedis sont abordés et beaucoup de posts traitent du développement durable et de la mobilité. Rien ne leur échappe sur ce sujet !

Consulter l’ensemble du personnel
Pour élaborer le plan de mobilité de l’entreprise, plusieurs consultations ont été menées : entretiens, enquête de la direction auprès d’un échantillon de salariés et réunions bilatérales avec chaque organisation syndicale. Autant d’occasions de se faire entendre. Mais pour la section CFDT, il faut maintenant aller plus loin. Elle préconise de faire appel à un conseiller en mobilité pour effectuer des bilans individuels et mettre en place pour chacun une ou plusieurs solutions qui aideraient à réduire l’empreinte carbone de leurs trajets domicile-travail.

     

Déjà, à l’époque, l’équipe CFDT prônait les bénéfices de ces mesures en faveur du développement de modes de transports alternatifs à la voiture individuelle : une meilleure organisation des déplacements engendrés par l’activité de l’entreprise, la lutte contre les particules fines dans une région fortement impactée par la pollution de l’air et la saturation des axes routiers. « C’était un premier pas même si, admettons-le, le plan a vivoté. Il n’y avait pas suffisamment de moyens pour le faire exister vraiment, déplore Jean-Philippe Beaucher. Mais on avait cinq ans d’avance ! Quand on parlait de transition écologique, à l’époque, on nous rigolait presque au nez. Aujourd’hui, il existe suffisamment d’indicateurs pour plaider notre cause. Ce sont, par exemple, des prévisions de hausse des températures à cause du changement climatique, déjà supérieures à la moyenne nationale dans la région. » Alors la section ne lâche rien et obtient un nouveau plan appliqué depuis le 1er janvier 2019. « La loi existe, et même si la direction y allait à reculons, nous lui avons imposé de réactualiser ce plan à l’occasion de la mise en œuvre de l’obligation réglementaire issue de la loi de 2015. » En amont de l’élaboration du nouveau plan de mobilité, des bilatérales ont lieu sur le sujet avec chaque organisation syndicale. Mais la CFDT se révèle rapidement seule à s’intéresser à la thématique de l’environnement et de la mobilité.

Des bénéfices attendus de part et d’autre

Pour la CFDT d’Enedis, il y a tout à gagner, à commencer par de substantielles économies. Dans une région qui peine à recruter à cause de la cherté des loyers et de la proximité avec la Suisse (aux perspectives salariales bien plus avantageuses), la section milite en vue d’améliorer le pouvoir d’achat des agents. Selon les calculs de Jean-Philippe, l’autosolisme (le fait de circuler seul dans sa voiture) pratiqué par la majorité des agents leur coûte jusqu’à deux mois de salaire par an ! Ils ont tout intérêt à bénéficier plus du covoiturage. En favorisant ces nouvelles pratiques, le plan de mobilité aide à réduire le coût des trajets domicile-travail de ceux qui ne peuvent pas utiliser les transports en commun. L’argument économique figure d’ailleurs en tête des bonnes raisons de troquer la voiture contre d’autres modes de déplacement (27 %) chez les salariés qui ont répondu à l’enquête de la direction en 2018.

La direction, elle, y voit un autre avantage. Statistiquement, les trajets domicile-travail sont considérés comme les plus accidentogènes, tant il est vrai que mieux on connaît la route, plus la vigilance baisse ! Or le périmètre que couvre la direction régionale s’étend sur trois départements (Isère, Savoie et Haute-Savoie). Avec 60 % des effectifs quotidiennement sur le terrain afin d’intervenir sur le réseau, le déplacement constitue un sujet crucial pour l’entreprise. Il y a aussi une question d’image : en tant qu’employeur public, Enedis veut montrer patte blanche tant sur l’aspect de la qualité de vie de ses salariés que de l’empreinte carbone de son activité. « Le plan de mobilité permet de concilier tous ces aspects et chacun, employeur ou salarié, peut y trouver son compte. Bien entendu, il y a une part d’affichage ; la direction s’est mise en accord avec la réglementation mais ne s’est pas donné des objectifs très ambitieux, juge Jean-Philippe. Nous ne sommes pas dupes : tant que les frais kilométriques voiture seront avantageusement remboursés pour certains, il n’y aura pas de changement majeur. Mais négocier sur ce sujet demeure selon nous un excellent levier pour aller sur d’autres préoccupations liées à la qualité de vie au travail – le télétravail, par exemple. »

Car la mobilité durable ne s’arrête pas au covoiturage. Poussée par la CFDT, l’entreprise a mis en place le télétravail des agents, autre dispositif indispensable pour alléger le volume des trajets domicile-travail. Et l’accord, négocié comme une partie intégrante du plan de mobilité, connaît un franc succès. Depuis son entrée en vigueur au début de 2019, 120 salariés de la direction régionale Alpes s’en sont déjà saisis, sur la base de deux jours par semaine au maximum et vingt-cinq jours par an. À cela s’ajoutent la possibilité d’aménagements d’horaires (désormais facilités pour les salariés qui prennent les transports en commun) et l’indemnité kilométrique vélo (obtenue pour l’ensemble du groupe Enedis et qui bénéficie à ce jour à 60 salariés de la direction régionale des Alpes pour un montant pouvant aller jusqu’à 200 euros par an). Pour Jean-Philippe, c’est encore trop peu « car la direction paye cher la dépendance à la voiture – la moitié de son budget transport ! – et rechigne à accorder plus de moyens aux autres modes de déplacement. Mais nous continuerons à réclamer d’autres mesures, comme un garage fermé et sécurisé pour les vélos. C’est indispensable car les vélos électriques coûtent parfois 2 000 euros et plus ! ».

Des pistes d’amélioration à défendre

Optimiser l’électrification de la flotte de véhicules d’entreprise et faciliter leur recharge, réaliser une cartographie permettant de mettre en relation les agents qui vivent dans le même secteur géographique et faire se rencontrer les personnes qui peuvent partager un même trajet… Les militants CFDT ont encore bien d’autres mesures incitatives à défendre. Mais, déjà, le plan de mobilité 2019 a permis d’identifier des leviers possibles de changement que la direction ne peut plus ignorer : par exemple, la possibilité de travailler sur l’élargissement de l’offre de transports en partenariat avec les autorités organisatrices de mobilité de la région.

Une communication pour agir et faire agir

Pour motiver les agents, la section CFDT communique abondamment sur tous les thèmes en lien avec la mobilité durable, avec sa page Facebook, qu’elle actualise et documente tous les jours. Elle y fait connaître la prime transport, promeut la pratique du vélo électrique ou des visioconférences… Elle tente de convaincre leur employeur de recruter un référent mobilité qui aurait pour mission de conseiller chaque salarié sur ses besoins afin de déterminer les pistes d’amélioration possibles. Elle a également demandé que le plan soit élargi à tous les sites de la direction régionale (actuellement, il ne concerne que les cinq sites de plus de 100 agents). Bien entendu, la section est dans les starting-blocks en vue de négocier au plus vite le forfait mobilité durable qui devrait être mis en place grâce à la loi Mobilités, soit 400 euros par an et par salarié. « Notre leitmotiv : agir et faire agir, répète Jean-Philippe avec une belle opiniâtreté. Cela commence à porter : des salariés qui se sentent concernés viennent à nous. Aujourd’hui, nous en avons fait un véritable enjeu de développement syndical ! » Ainsi, Cyril, adepte du vélo électrique, qui fait 60 km par jour pour venir travailler, vient tout juste d’adhérer : « La CFDT est la seule organisation syndicale à avoir une vision réellement sociétale du travail et ça me parle. »

cnillus@cfdt.fr

photo © DR 

     

Repères

• Gestionnaire du réseau de distribution d’électricité en France, Enedis, la plus grosse filiale du groupe EDF, emploie 38 700 personnes. Elle travaille avec les collectivités et couvre 95 % du réseau français métropolitain, soit 36 millions de clients.

• La direction régionale Alpes compte 1 300 agents répartis sur 30 sites. La CFDT y est troisième organisation syndicale (19 % aux élections de 2016), derrière la CGT (40 %), la CFE-CGC (25 %) et devant FO (16 %). La section compte une centaine d’adhérents.