Sur la protection sociale, le Premier ministre donne du temps au temps

Publié le 22/07/2020

Après plusieurs jours de flottement et de déclarations contradictoires, le Premier ministre a tranché : la réforme des retraites ne sera pas au programme de la rentrée.

Les organisations syndicales, et la CFDT en particulier, ont finalement obtenu gain de cause. « On ne va pas se remettre à se foutre sur la gueule sur la question des retraites dans cette période ! », s’emportait Laurent Berger le 3 juillet sur France Inter pour dénoncer l’absurdité de la situation. Alors que la France affronte la pire crise économique de son histoire et que des milliers d’emplois sont sur la sellette, l’idée un temps évoqué par le président de la République de rouvrir rapidement des négociations sur ce dossier explosif laissait craindre le pire. Le message a donc été reçu. Lors de la conférence de dialogue social, Jean Castex s’est employé à déminer le sujet. Une nouvelle concertation sur le projet de système de retraites universel devrait être lancée, mais pas avant 2021, et sans aborder la question du déficit financier. Le Premier ministre souhaite en effet lier le volet financier des retraites à la question plus générale du déficit de l’ensemble des régimes de protection sociale (maladie, famille, etc.) « en distinguant la part d’origine structurelle des déficits à la part liée à la crise sanitaire ». L’automne devrait donc être mis à profit afin d’élaborer un diagnostic partagé avant d’entamer de nouvelles discussions avec les partenaires sociaux sur les mesures à prendre afin de venir en aide à l’ensemble des régimes particulièrement fragilisés dans la période. Un message salué par la CFDT, qui voit une de ses revendications satisfaites.

Un report salutaire de la réforme d’assurance-chômage

Dans la même idée d’apaisement, l’application de la réforme de l’assurance-chômage est reportée au 1er janvier 2021. « Pour les demandeurs d’emploi qui risquaient d’être touchés dès septembre, c’est une bouffée d’oxygène », a redit Laurent Berger. Techniquement, trois mesures issues de la réforme sont repoussées : les nouvelles modalités du calcul de l’allocation, qui pénalise en premier lieu les salariés enchaînant contrats courts et périodes d’inactivité. Sa mise en œuvre, initialement prévue au 1er avril, avait déjà été reportée au 1er septembre. Viennent ensuite deux mesures appliquées depuis le 1er novembre 2019 : la dégressivité de 30 % des allocations pour les hauts revenus (plus de 4 500 euros brut par mois), qui s’applique à compter du septième mois d’indemnisation. La mesure commençait justement à toucher les demandeurs d’emploi quand la crise économique a montré ses premiers effets. De la même manière, les nouvelles règles d’accès à l’assurance-chômage sont provisoirement mises de côté. Depuis le 1er novembre, il fallait avoir travaillé six mois au cours des vingt-huit derniers mois pour accéder à l’indemnisation ou recharger ses droits. Retour à la règle des quatre mois travaillés sur vingt-quatre mois, comme le demandait la CFDT. Le flou demeure sur la période de rechargement, mais devrait rapidement être levé. Quant au bonus-malus, qui module les cotisations patronales en fonction du nombre de contrats de travail ayant pris fin, il devrait être décalé de six mois pour glisser du 1er mars au 1er septembre 2021.

jcitron@cfdt.fr