Plan santé : des mesures intéressantes… mais des financements insuffisants

Publié le 26/09/2018

Après des années de tension, la réforme du système de santé était particulièrement attendue par des professionnels à bout de souffle. Tour d’horizon des principales mesures.

Après le plan pauvreté, Emmanuel Macron poursuit ses annonces « sociales ». Le 18 septembre, le président de la République a officiellement dévoilé sa réforme du système de santé, baptisée « Ma santé 2022 : un engagement collectif ». Réorganisation de la médecine libérale en faveur d’un travail plus collectif, fin de la tarification à l’activité (T2A)… Globalement, la CFDT juge positives les annonces qui ont été faites.

Parmi les 54 mesures annoncées, la CFDT salue notamment le développement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Ces structures – qui existent depuis 2016 – devront notamment pousser les médecins de ville mais aussi les infirmiers, les masseurs-kinésithérapeutes et les sages-femmes à exercer collectivement, en lien avec les hôpitaux de proximité.

Au chapitre des innovations

Objectif : faciliter l’accès à un médecin traitant, améliorer le suivi des maladies chroniques et répondre aux « urgences de ville » non vitales jusqu’à 20 heures, de façon à désengorger les urgences hospitalières. Ces réseaux de professionnels seront notamment encouragés par la création de plus de 4 000 assistants médicaux, lesquels pourront décharger les médecins d’actes simples comme la prise de tension ou des tâches administratives. Leur présence devrait ainsi permettre de gagner de 15 à 20 % de temps médical, selon l’Élysée, soit l’équivalent de 2 000 médecins supplémentaires. En contrepartie, les médecins libéraux devront s’engager à soigner un plus grand nombre de patients. Une initiative qui, pour la secrétaire nationale Jocelyne Cabanal, va dans le bon sens : « Elle devrait permettre de responsabiliser les médecins quant à la prise en charge des patients sur leurs territoires. »

La CFDT se réjouit également de la fin de la tarification à l’activité (T2A), qu’elle dénonçait depuis longtemps. « Ce système a conduit les personnels de santé des hôpitaux à privilégier les actes les plus coûteux, voire des actes inutiles », pointe Jocelyne Cabanal. En lieu et place de la T2A, le gouvernement privilégie la piste d’une « rémunération à l’épisode de soins », qui engloberait le parcours d’un patient. Il est notamment prévu de mettre en place des expérimentations de financement au forfait pour deux pathologies chroniques : le diabète et l’insuffisance rénale. L’idée étant, d’après le ministère de la Santé, d’« inciter les structures à développer des actions de prévention, d’éducation du patient et à assurer la fonction de coordination des soins nécessaires à une prise en charge de qualité ». « C’est une avancée, pointe Jocelyne Cabanal. Désormais, ce qui compte, c’est le rendu final à la population. »

Des dépenses qui s’accroissent

Bien entendu, toutes ces mesures, notamment celles concernant l’hôpital, nécessitent des financements. En effet, l’hôpital est à bout de souffle financièrement et socialement. La CFDT a enfin obtenu la mise en place d’accords sur la qualité de vie et l’organisation du travail. Mais il faut des marges de manœuvre et des financements. Or la CFDT se montre très sceptique sur ce volet de la réforme. Certes, le président de la République a décidé de dénouer les cordons de la bourse en relevant l’Objectif national de dépenses d’assurance-maladie (Ondam). Ce dernier, qui avait initialement été fixé à 2,2 % en 2019, sera finalement rehaussé à 2,5 % – soit 400 millions d’euros supplémentaires. Mais selon Michel Rosenblatt secrétaire confédéral chargé des politiques de santé, ce relèvement ne représente pas grand-chose au regard des économies à réaliser. « Les dépenses sont proches de 4 % par an en raison de la croissance et du vieillissement de la population, du coût des nouvelles techniques médicales. L’écart entre ce tendanciel des dépenses et l’Ondam impose chaque année environ 4 milliards d’euros d’économies. Avec son relèvement de 400 millions, ce ne sera plus que… 3,6 milliards. Ce ne sera pas suffisant. » De ce fait, la CFDT, qui rappelle que des excédents importants sont prévus pour la Sécurité sociale, engage le gouvernement à « desserrer encore plus l’étau qui comprime les budgets de la santé depuis des années ». Le vote de la loi santé est prévu en 2019.

lpopper@cfdt.fr 

photo © Ian Hanning / Réa