Lutte contre la pauvreté : Et maintenant, les actes ?

Publié le 18/09/2019

Il y a tout juste un an, Emmanuel Macron lançait sa stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté. Revenu universel d’activité, service public de l’insertion, insertion par l’activité économique… : où en sont les principales mesures ?

« Éradiquer la grande pauvreté dans notre pays. » Le 13 septembre 2018, le Président affichait sa détermination devant un parterre de partenaires sociaux et associatifs, annonçant 21 mesures en faveur de l’insertion, de l’emploi, de la santé ou de l’école, assorties d’une enveloppe de 8 milliards d’euros sur quatre ans. Une réponse à l’urgence, estimait la CFDT. « Notre implication au côté des associations pour la mise en œuvre d’une politique sociale en direction des personnes les plus fragiles avait notamment permis de mettre la question de la pauvreté au centre du débat public et de pointer une triste réalité », rappelle Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT. Et la réalité est brutale : la France compte 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, dont 3 millions d’enfants. Six générations sont désormais nécessaires pour que les descendants d’un Français issu d’une famille pauvre accèdent à la classe moyenne.

     

Minima sociaux et pauvreté : de quoi parle-t-on ?

Revenu de solidarité active (RSA), allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), allocation aux adultes handicapés (AAH), allocation de solidarité spécifique (ASS), allocation supplémentaire d’invalidité (ASI)… Fin 2017, 4,22 millions de personnes étaient allocataires d’un minimum social, affirme la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) dans son rapport Minima sociaux et prestations sociales, publié le 6 septembre. À ce nombre viennent s’ajouter les 2,8 millions de personnes supplémentaires couvertes par les aides (conjoint, enfant à charge…).

Au total, les prestations versées (26,5 milliards d’euros) permettent à leurs bénéficiaires d’obtenir une hausse moyenne de ces ressources de 345 euros par mois. Malgré cela, le taux de pauvreté atteint encore 14 % en France. Sans cette solidarité, il s’établirait à 22 %. L’étude rappelle que « 8,8 millions de personnes sont pauvres monétairement au sens statistique du terme. Cela signifie que leur niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian, soit 1 026 euros par mois ». De son côté, l’Insee rappelle que 7,1 % des salariés sont pauvres et que quatre chômeurs sur dix vivent en deçà du seuil de pauvreté.

     

Où en est-on de la mise en œuvre de ce plan ? « Si la stratégie était ambitieuse, elle est pour le moment très loin d’être effective. Il y a encore beaucoup de sujets à aborder. Et beaucoup de questions complexes à traiter… », poursuit Marylise Léon. Face à la presse, Olivier Noblecourt, le délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, a reconnu à demi-mot que la mise en œuvre de la stratégie n’en était qu’à ses balbutiements. « Nous n’avons pas tout réglé. C’est imparfait, c’est insuffisant, mais on commence à avoir du concret. » Avant d’égrener un premier bilan des actions menées, « 104 crèches à vocation d’insertion professionnelle ont déjà été labellisées, l’obligation de formation jusqu’à 18 ans sera effective en septembre 2020 et l’objectif de 100 000 jeunes entrés en garantie jeunes sera atteint à la fin de l’année… ».

Deux concertations lancées

Mais pour l’heure, le seul élément tangible à ce stade reste la concertation sur le revenu universel d’activité (RUA)        ouverte en juin dernier. D’ici à la fin de l’année, les acteurs se pencheront sur plusieurs thématiques : le périmètre de la réforme, le parcours de l’allocataire, la gouvernance et le financement. « Nous devons continuer à discuter de la philosophie du RUA, de l’opportunité de fusionner minima sociaux et allocations, nous interroger sur les publics concernés, les montants », précise Marylise Léon. Pour la CFDT, une certitude : cette réforme ne devra pas faire de perdants et s’articuler autour d’un accompagnement renforcé vers l’emploi et l’accès aux droits.

Sur le futur service public de l’insertion en revanche, la concertation commence à peine. Lancée le 9 septembre, elle doit se conclure début février. Prise en charge des bénéficiaires, qualité du suivi, freins à l’insertion… « Pour le moment, on ne voit pas bien où veut aller le gouvernement, c’est encore très flou », regrette Patricia Ferrand, responsable du service Emploi et formation à la Confédération. Les conclusions issues de ces travaux doivent alimenter le projet de loi sur la prévention de la pauvreté, prévu courant 2020.

Mobiliser tous les acteurs

« On ne peut nier qu’il y ait une volonté de faire de la part du gouvernement, mais ça donne l’impression que ça part dans tous les sens. Et pas toujours de manière efficace », glisse Chantal Richard, secrétaire confédérale chargée de l’insertion. Elle cite l’exemple des conférences régionales des acteurs qui réunissent dans les territoires les parties prenantes de la lutte contre la pauvreté. Les réunions se sont effectivement tenues avant l’été mais les retours sont mitigés. « Les partenaires sociaux sont sollicités au dernier moment et n’ont pas toujours connaissance de l’ordre du jour. » Quant aux principaux concernés, ils ne sont tout simplement pas associés à la démarche, contrairement à ce qui était prévu. La présidente d’ATD Quart Monde France, Claire Hédon, regrette ce manque d’écoute. « Les personnes en situation de précarité seront consultées début octobre et pendant six semaines alors que cela aurait dû être dès le début. »

Quid des demandeurs d’emploi de longue durée ? La présentation ces derniers jours par le chef de l’État d’un Pacte d’ambition pour l’insertion par l’activité économique doit permettre à 240 000 personnes de bénéficier d’ici à 2022 de ce dispositif d’accompagnement vers et dans l’emploi (contre 140 000 aujourd’hui). Si la CFDT salue cette mesure et le budget supplémentaire alloué, Marylise Léon rappelle que la société d’inclusion ne pourra se construire que par l’implication réelle de l’ensemble des acteurs sociaux et économiques : « Il faut que toutes les entreprises jouent le jeu de l’inclusion et que les employeurs prennent leurs responsabilités. »

glefevre@cfdt.fr 

 photo : Réa