Contre la pauvreté, “menons un combat humain”

Publié le 27/02/2018

À l’aune de l’élaboration d’un nouveau plan gouvernemental, Jocelyne Cabanal, secrétaire nationale, revient sur les propositions de la CFDT pour l’inclusion sociale et la lutte contre la pauvreté.

Le choix de recentrer la lutte contre la pauvreté sur les jeunes et les enfants est-il pertinent ?

La pauvreté des enfants est révoltante. Près de 3 millions d’enfants vivent dans une famille pauvre en France. Combattre cette inégalité en évitant les effets de reproduction sociale est fondamental. Mais on ne peut pas parler des enfants sans parler de la famille, de l’endroit où ils vivent, on ne peut pas traiter la question des jeunes sans traiter celle de l’emploi. Lutter contre la pauvreté implique d’avoir une vision d’ensemble des parcours de vie et de l’environnement des personnes. C’est le sens de notre contribution dans la concertation qui s’est ouverte à la mi-janvier.

Cette concertation doit aboutir à l’élaboration d’un nouveau « plan pauvreté ». Quelles sont les priorités de la CFDT ?

Rappelons que la CFDT s’était fortement investie dans le plan 2013-2017. Il a permis de nombreuses avancées (revalorisation du RSA, couverture santé, garantie jeunes…). Mais disons-le : ce plan n’était pas allé jusqu’au bout, et nous avons aujourd’hui un cap à passer. Il faut interroger plus fortement la question des inégalités territoriales (politiques du logement, du transport, de la ville…). Les services publics sont au cœur de cet enjeu. Donnons-nous collectivement les moyens de garantir à chacun un droit à l’accompagnement global.

Cela nécessite une implication de tous les acteurs ?

Cela suppose surtout que l’ensemble des opérateurs s’organisent et se coordonnent. Il y a encore aujourd’hui trop de cloisonnements qui rendent difficiles la prise en charge et l’accès au droit, et qui les rendent d’autant plus difficiles qu’on est plus pauvre. Les équipes syndicales mais aussi les travailleurs sociaux le disent : il est compliqué de s’organiser sur les territoires, et certaines règles conjuguées à l’absence de moyens empêchent d’aller au bout de la logique d’accompagnement. Pourtant, c’est bien en partant de la parole des professionnels que l’on parviendra à changer la prise en charge. Nous avons une responsabilité collective à faire de la prévention, à traiter les questions de pauvreté quand elles apparaissent et surtout nous devons permettre à chacun de rebondir.

La lutte contre la pauvreté ne passe-t-elle pas aussi par une lutte contre les préjugés ?

Il demeure dans notre pays l’image stigmatisante et bourrée de préjugés du « pauvre » : assisté, fainéant, sans travail… Rappelons, à titre d’exemple, qu’un quart des personnes sans domicile fixe en France occupe un emploi – pour une partie d’entre elles, un CDI. Nous savons que l’emploi (de qualité) est central dans la lutte contre la pauvreté. Mais c’est aussi un combat humain que nous devons mener. Il est temps que nous portions un autre regard sur la pauvreté et sur ceux qui la vivent. Cela passe par notre capacité collective à combattre toute cette stigmatisation pour rendre effectif le droit de chacun à la dignité. 

Propos recueillis par aballe@cfdt.fr