"Toutes nos craintes étaient fondées sur la remise en cause des carrières longues"

Publié le 26/01/2011 à 00H00
Jean-Louis Malys revient sur l'injustice de la réforme gouvernementale qui remet en cause le dispositif obtenu et défendu par la CFDT depuis 2003.

Peux-tu nous rappeler les raisons d’être du dispositif “carrières longues” ?

Les carrières longues sont un identifiant pour la CFDT, obtenu en 2003. À l’époque, on a corrigé une inégalité flagrante : le système des retraites organise une solidarité à l’envers, où ce sont les salariés qui ont commencé à travailler le plus tôt qui financent la retraite de ceux qui ont eu la chance de faire des études. Nous étions les seuls à réclamer ces mesures de justice. Or l’impact tant quantitatif (quelque 600 000 salariés en ont bénéficié) que qualitatif du dispositif montre à quel point il était indispensable.

Comment expliquer le tour de vis gouvernemental pour ce dispositif ?

Le gouvernement n’a eu de cesse de remettre en cause cette mesure de justice qui, évidemment, a un coût. En 2008, déjà, les conditions d’accès ont été durcies, en rupture avec l’esprit de 2003. Avec les décrets d’application de la réforme de 2010, les conditions d’accès au dispositif sont à nouveau durcies.

Avec quelles conséquences ?

À travers le dispositif actuel, la plupart des salariés ayant commencé jeunes vont devoir travailler 45 ans pour en bénéficier. Certes, le dispositif continue d’exister, mais il est en partie vidé de sa substance. Le risque, c’est qu’avec de telles conditions, le nombre de bénéficiaires soit réduit à la portion congrue. Cela renforce l’injustice d’un système qui met les plus modestes davantage à contribution.

Pouvait-on s’attendre à un tel durcissement ?

Disons simplement que la mise en œuvre de la loi montre que toutes nos craintes étaient fondées. Sur les carrières longues comme sur la pénibilité, deux sujets emblématiques quand on parle de retraites, les décrets d’application sont beaucoup plus durs que la communication gouvernementale ne voulait bien le dire. Les messages étaient délibérément mensongers !

Quelles leçons en tire la CFDT ?

Une véritable réforme doit avoir pour point de départ les parcours professionnels. C’est dans cet esprit que la CFDT a demandé – et obtenu – pour 2013 la remise à plat du système actuel et souhaite aller vers une réforme systémique. C’est le seul moyen de corriger ces inégalités.

Propos recueillis par Aurélie Seigne