"La mobilisation contre la réforme des retraites a renforcé l'image du syndicalisme"

Publié le 03/12/2010 à 00H00
François Chérèque fait le bilan du mouvement social contre la réforme des retraites et définit les priorités de la CFDT pour les mois à venir.

Quel bilan la CFDT fait-elle du mouvement social contre la réforme des retraites ?

J’ai été marqué par la mobilisation exceptionnelle et historique des militants et des adhérents CFDT et par leur fierté de défiler sous nos couleurs. Je leur tire un coup de chapeau, cela a été un soutien important pendant cette période. La CFDT était très à l’aise sur la nécessité de faire une réforme, y compris sur l’allongement de la durée de cotisation, mais aussi très critique sur cette réforme injuste. Cette confiance de la CFDT a donné de la crédibilité à l’ensemble du mouvement syndical. Cela nous a permis de gagner la bataille de l’opinion. Grâce à cela, le gouvernement a dû accepter l’amendement sur une remise à plat du système en 2013.

Le syndicalisme sort-il grandi de ce mouvement ?

L’image positive du syndicalisme s’est renforcée. L’intersyndicale unie autour des syndicats les plus importants a mené fermement ce mouvement tout en respectant les biens et les personnes. La radicalité a été évitée, les salariés nous ont soutenus jusqu’au bout. Cela nous donne de nouvelles responsabilités. Les salariés attendent beaucoup de l’action syndicale dans les entreprises et les administrations. A nous de transformer cette confiance en adhésion.

Quelles sont à présent les priorités de la CFDT ?

Le mouvement des retraites a provisoirement masqué les difficultés de la société française et notamment celles des salariés. Contrairement aux affirmations du président de la République, la France ne sort ni mieux ni plus vite que les autres de la crise. Le chômage continue d’augmenter et en particulier celui des jeunes et des seniors. La protection sociale et son financement, la création du risque 'dépendance', les conditions et l’organisation du travail dans le privé comme dans les fonctions publiques sont également à l’ordre du jour. La priorité, c’est d’ouvrir des négociations avec le patronat sur l’emploi des jeunes et des seniors. Il doit s’engager sur l’amplification de la formation en alternance, et embaucher plus de jeunes qualifiés sans les placer dans la précarité. Le patronat doit également assumer sa position favorable sur le recul de l’âge de départ en retraite à 62 ans et poser des actes pour maintenir les seniors dans l’emploi. Quant au gouvernement, il doit mettre en œuvre les conclusions du Livre vert pour la jeunesse élaboré avec Martin Hirsch [alors Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse] portant sur l’orientation des jeunes, sur ceux qui ont décroché du système scolaire, sur leur accompagnement vers l’emploi ou la formation, le service civique, les contrats aidés, etc. L’Etat a une responsabilité d’accueil des jeunes dans les fonctions publiques, comme tout employeur.

Propos recueillis par Didier Blain et Nadège Figarol