“L'austérité pour l'austérité ne mène à rien”

Publié le 25/04/2013
Chercheur, spécialiste des systèmes de protection sociale en Europe, Bruno Palier remet en cause le dogme de l'austérité absolue et insiste sur le fait que certaines dépenses peuvent représenter des investissements pour l’avenir.

Pourquoi êtes-vous critique sur la politique menée en matière de protection sociale ?

Une fois n’est pas coutume, de nombreux domaines de la protection sociale sont en discussion simultanément. Dans les mois à venir, les questions de retraites, de politique familiale, de formation professionnelle ou bien encore de santé vont être débattues. C’était l’occasion de poser les bases d’une politique sociale ambitieuse qui fixe un cap pour les années à venir. Or, on assiste aujourd’hui à un débat essentiellement comptable, domaine par domaine, avec comme seul objectif identifié de parvenir à faire des économies.

Régler la question financière n’est-ce pas un préalable avant toute réforme ?

L'austérité pour l'austérité ne mène à rien. regardez les pays du Sud de l'Europe. Il est possible de s’attaquer à la question financière tout en fixant une ligne politique en matière de protection sociale. En Suède par exemple, lorsque le gouvernement a coupé dans les dépenses, il a choisi de réinvestir la moitié des économies réalisées pour développer les structures d’accueil de la petite enfance. Il est possible de prendre des décisions difficiles par mesure d’économie, mais il faut que les citoyens comprennent pourquoi ils doivent faire ces efforts et quel est l’objectif poursuivi à terme.

Quels sont les domaines où le gouvernement doit apporter des réponses ?

Il faut bien avoir en tête que certaines dépenses peuvent représenter des investissements pour l’avenir. Or, que propose-t-on aujourd’hui pour les jeunes précaires en matière de revenu minimum, de santé ou de logement ? Que fait-on pour améliorer le taux d’activité des femmes et des seniors ? La petite enfance et l’insertion des jeunes dans la vie professionnelle sont, à mon sens, deux domaines prioritaires. Pour créer de la croissance et donc de l’emploi, notre économie a besoin d’investissement dans la recherche et le développement, mais aussi dans la protection sociale.

Propos recueillis par jcitron@cfdt.fr