Professions judiciaires : la proximité, clé du succès de la CFDT

Publié le 09/12/2013

Depuis 2008, la CFDT a effectué une fulgurante percée dans la branche des professions judiciaires. C’est le résultat d’une stratégie et de pratiques de proximité originales.

  


À savoir sur les professions judiciaires

• Cette branche (qui compte plus de 110 000 salariés) regroupe neuf professions : les notaires, les généalogistes, les huissiers de justice, les administrateurs et mandataires judiciaires, les commissaires-priseurs, les avocats des Conseil d’État et Cour de cassation, les greffiers des tribunaux de commerce et, enfin, le personnel qui travaille directement avec les avocats.

• Ces professions se caractérisent par :
– une proportion très élevée de TPE (80 %) ;

– une forte féminisation (76 % pour toute la branche, 83 % chez les notaires, 88 % chez les greffiers et même 91 % chez les avocats).

  

Vu la nature de la mission, beaucoup se seraient découragés : s’implanter syndicalement et structurer des milieux (les professions judiciaires) n’ayant ni culture ni sensibilité syndicale, tout en ne bénéficiant pas des moyens habituels (militants, heures de délégation, sections syndicales, etc.) – qui plus est dans des TPE particulièrement atomisées et où les contraintes familiales limitent nettement les possibilités d’engagement hors du temps de travail… Lise Verdier, ex-clerc de notaire et négociatrice de branche à la Fédération des services depuis 2006, n’a pas craint de relever le défi. En quelques années, elle est parvenue à imposer la CFDT (devenue première organisation syndicale en 2011), doubler le nombre d’adhérents dans certaines professions (notaires, huissiers et avocats, par exemple) et créer avec les adhérents un sentiment de proximité – alors même que l’essentiel du développement se fait par courrier électronique et fax ! Cette performance, Lise la résume avec modestie : « Nous sommes partis du principe que ces professionnels avaient une grande aisance avec l’écriture et la lecture, et que tous utilisaient les mêmes outils (ordinateurs, mails et fax). Il nous a semblé évident d’utiliser les outils de travail de ces salariés comme autant de moyens permettant de les atteindre ! »

Le SNPJ-CFDT (Syndicat national des professions judiciaires), avec l’aide de la Fédération des services, a souscrit un contrat avec une société spécialisée dans les envois groupés et a acheté des listes de numéros de fax pour l’ensemble de ses secteurs. Un véritable plan de bataille est élaboré. D’abord quant au type d’informations à envoyer.

Une stratégie qui s’affine

« Afin de susciter l’intérêt et éviter le rejet, nous avons en premier lieu choisi d’envoyer les comptes rendus des commissions paritaires. C’est ce qui nous paraissait le plus pertinent, car ces informations concernent essentiellement les professions salariées et que, pour ces dernières, elles mettent en évidence les actions de la CFDT. » En démontrant son efficacité en matière de défense des salariés, l’organisation marque des points. « Dans certaines négociations difficiles, ils ont vu que, sans nous, ils passaient à la trappe. » Du coup, les salariés apprécient, et le font régulièrement savoir à Lise.

  


Une très nette progression

Depuis 2005, le SNPJ-CFDT a vu croître le nombre de ses adhérents de 61 %, malgré la disparition des avoués. Le nombre d’adhérents notaires a fait un bond entre?2009 et?2012, passant de 676 à près de 1 100. Idem chez les huissiers (+ 50 %) et les avocats. Aux élections TPE, la CFDT est arrivée première dans les professions judiciaires, avec 32,54 % (la CGT est à 21,88 %).

  

La chargée de mission affine progressivement sa stratégie d’envoi, pour mieux atteindre ses cibles : jamais d’envois le mercredi (jour des enfants) ni le vendredi ; ni le jeudi pour les avocats (journée consacrée aux audiences)… « Je sais que dans mes envois de fax, j’en perds la moitié. Souvent parce que le fax se trouve dans le bureau de l’employeur. Alors j’ai intérêt à optimiser… ! » Le succès de la « méthode fax » la conduit à amplifier son action grâce aux mails. Mais pour ne pas risquer de nuire aux adhérents sur leur lieu de travail, il faut évidemment récupérer leurs adresses personnelles. Un travail de fourmi (qui aura duré quatre ans) par enquêtes et questionnaires a permis de constituer une liste de 900 adresses. Fax, mails, mais aussi articles sur différents supports (web fédéral, minisite de branche, etc.)… : la communication multisupport est également relayée via Facebook et Twitter.

Des projets en préparation

Si le succès se confirme, les deux rassemblements de proximité avec les adhérents se sont, eux, soldés par un échec ; le public n’était pas au rendez-vous. « Nous n’avions sans doute pas le bon format », analyse Lise, qui ne baisse pas les bras pour autant. Déjà, de nouveaux projets sont en préparation : la mise en place d’une commission de proximité, pour rencontrer plus régulièrement les élus, les former et, plus généralement, resserrer les liens ; l’élaboration d’une stratégie en vue des élections professionnelles, « en s’appuyant sur l’interpro et d’autres syndicats, au moment de la signature des protocoles préélectoraux, afin de se donner des moyens supplémentaires de rencontrer les salariés ». Car si la démonstration est faite que l’on peut faire vivre la proximité en employant fax et e-mails, le contact direct sera toujours, fort heureusement, nécessaire !

epirat@cfdt.fr