Priorité à l’information chez Flowbird

Publié le 13/08/2019

Dans une ambiance tendue, en raison de rachats et d’opérations financières, la CFDT de Flowbird, première organisation syndicale de l’entreprise, se bat sur tous les fronts, y compris en justice.

Dans la grande majorité des villes, les appareils servant à oblitérer les tickets et à valider les cartes d’abonnement des transports en commun sont produits sur le site bisontin de la société Flowbird. Leader mondial de la fabrication d’horodateurs, la société surfe avec succès sur cette niche. Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Pas vraiment. La CFDT, syndicat majoritaire, se bat sur tous les fronts, dans un contexte tendu. « L’entreprise n’a cessé d’être achetée et revendue par des fonds financiers dont le seul objectif est de maximiser les gains, devenant un objet de spéculation, déplore Marc Szabo, délégué syndical et secrétaire général de la CFDT-Métaux du Doubs. Malheureusement, les salariés en payent les conséquences. »

     

Informer sur tous les sujets
La CFDT est l’organisation syndicale qui communique le plus au sein de l’entreprise. La section évoque tous les thèmes sans tabou. Tous les sujets sont traités, y compris les plus sensibles : les bonus de revente, le système LBO… Même refoulés derrière des barrières, les militants continuent d’informer les salariés.

Obtenir de nouveaux droits
Outre le respect des accords et l’application stricte de la loi, la section négocie et obtient de nouveaux droits. En 2017, elle décroche un abondement de 50 % des dons de jours par l’employeur en cas de situation difficile. Si un salarié donne deux jours de RTT à un collègue, ce dernier reçoit un jour supplémentaire de la part de l’employeur. En 2018, la section obtient la sortie anticipée pour suivre les matchs qui ont lieu pendant les heures de travail.

Défendre les salaires
Toutes les catégories de personnels sont concernées par les accords. En 2014, l’équipe obtient une prime de 500 euros pour les bas salaires. En 2016, les techniciens au forfait jours bénéficient d’une régularisation moyenne de 1 000 euros par an (46 salariés touchaient moins que le salaire minimum applicable).

     

Issue de la Compagnie des compteurs, lancée au début des années 1920, l’entreprise de fabrication de compteurs d’eau, de gaz et d’électricité, basée à Montrouge, en banlieue parisienne, rapatrie rapidement ses activités de petite mécanique et d’horlogerie à Besançon, une ville déjà connue pour son pôle industriel horloger. Plus tard, dans les années 60, les activités de recherche et développement sont, elles aussi, rapatriées dans le chef-lieu du département du Doubs. L’activité est ensuite freinée par la crise des années 80. Le nombre de salariés passe alors d’un millier à moins de 500. Puis, en 2003, nouvelle étape : Flowbird subit un leverage buy out (le LBO est un montage juridico-financier de rachat d’entreprise par effet de levier, en l’occurrence par recours à un fort endettement bancaire). Un actionnaire achète une entreprise en investissant une part minime (25 %), le reste de l’investissement correspond à un prêt que l’entreprise rembourse elle-même (au travers d’une société mère à laquelle elle verse tous ses bénéfices). Puis rapidement (environ quatre ans), l’actionnaire la revend avec plus-value. Entre-temps, l’équipe de direction mise en place aura comme objectif de créer le maximum de croissance. Quand l’actionnaire revend, il fait une belle affaire. Durant les quatre ans, c’est la société elle-même qui finance la quasi-totalité de l’investissement. « Les gains des fonds financiers ont été démesurés, voire scandaleux, explique Durica Dugandzic, délégué syndical. En 2016, par exemple, l’une des reventes a rapporté quelque 94 millions de bénéfices, que se sont partagés une quinzaine de dirigeants. Pendant ce temps-là, les effectifs continuaient de baisser. »

Informer systématiquement et sans tabou

De son côté, la section met les bouchées doubles pour transmettre aux salariés toutes les informations sur les rachats, les ventes et les multiples opérations financières. Plusieurs publications voient le jour. En 2007, elle édite un bulletin humoristique et informatif – Néon, un autre éclairage sur la vie de Parkeon [ancien nom de la société, avant qu’elle soit rebaptisée Flowbird]. Des rubriques « Astuce », « Verbatim », des jeux et devinettes et même une rubrique « Psychologie » donnent le sourire et apportent des informations sur la vie de l’entreprise et les actions de la section. Des newsletters sont envoyées, des tracts sont distribués. « L’objectif, à travers tous ces canaux, est d’être le plus transparent possible auprès des salariés, précise Marc Szabo. Nous avons très tôt compris que la communication était une forte demande. »

La CFDT est l’organisation syndicale qui communique le plus dans l’entreprise, forte d’une équipe de militants et de rédacteurs assidus et passionnés. L’un d’eux se spécialise dans l’histoire de l’entreprise, un autre se charge des dessins humoristiques, un autre encore rédige les articles de fond sur les négociations ou les rachats. Les résultats sont visibles. Les dernières élections en janvier 2019 ont attiré plus d’électeurs que les autres années. La CFDT est devenue le premier syndicat. « Nous n’avons pas attendu la veille pour nous préparer, raconte Marc Szabo. Pendant la mandature précédente, nous avons énormément communiqué sur notre travail. C’est le résultat d’une présence quotidienne et d’un engagement de chaque instant, avec régularité et constance, sans rien lâcher. »

Discrimination syndicale et non-respect des accords…

Ces militants vont même en justice afin de se faire respecter. En 2015, lors des négociations sur la cession à l’actionnaire Astorg, un accord avait été signé concernant l’embauche de seize personnes en CDI. Ne voyant aucun recrutement, la section attaque en justice pour non-respect de l’accord. Le tribunal donne alors raison à la CFDT. « Nous avons fait appel à la justice parce que nous voulions rester crédibles auprès des salariés, fait valoir Marc Szabo. La direction nous répondait qu’elle avait essayé d’appliquer l’accord sans succès, or nous savions que les potentiels nouveaux employés étaient disponibles puisque la moitié de la production est réalisée par des intérimaires. » Une belle victoire assortie de 10 000 euros de dommages-intérêts. Les relations ne s’améliorent pas entre la CFDT et la direction, avec des menaces et une ambiance de plus en plus délétère. « Ils nous disaient qu’ils ne nous rateraient pas, c’était pénible mais nous avons continué d’informer et, malgré toute la pression, nous avons tenu bon. »

L’année suivante, en 2016, la CFDT est empêchée de distribuer des tracts. Elle est accusée de diffuser des informations confidentielles alors que d’autres syndicats de l’entreprise le font sans être inquiétés. Elle subit des mises en demeure, des injonctions d’huissiers sur des sujets qui ne sont pas reprochés aux autres organisations syndicales. « Nous avons vécu un acharnement visant à nous empêcher de diffuser de l’information. C’était une entrave à la liberté syndicale, mais ciblée sur la CFDT, explique Marc Szabo. Nous avons décidé d’attaquer et nous avons obtenu gain de cause. Avec obstination, la direction des ressources humaines a voulu nous faire taire, mais en vain. Nous nous sommes battus pour continuer à remplir notre rôle de représentants du personnel. » Le 2 octobre 2018, le tribunal de grande instance de Besançon a jugé Flowbird coupable de discrimination syndicale.

La QVT, une priorité pour la section CFDT

La section poursuit coûte que coûte son travail, notamment en matière de risques psychosociaux. Le droit à la déconnexion est réclamé, sans résultat. Chez Flowbird, 40 % des salariés sont ingénieurs et cadres. Beaucoup d’entre eux ont des ordinateurs portables ou des téléphones fournis par l’entreprise. Ils sont donc en permanence munis de ces outils numériques. Un sondage effectué en 2017 a démontré l’absence de déconnexion pour beaucoup durant les temps personnels (soirées, congés, week-end). C’est sur la base de ce constat que les négociations ont commencé en septembre 2017. Elles se sont achevées sur un échec en janvier 2018. À la réunion des délégués du personnel du 19 juillet, la CFDT a posé la question suivante, visant avant tout à préserver la santé des salariés : « Droit à la déconnexion : afin de rendre effectif ce droit des salariés, qu’avez-vous prévu pour ceux qui partent en congés et qui ont des téléphones ou des ordinateurs de l’entreprise ? Par exemple, leur avez-vous demandé de laisser ces outils dans l’entreprise avant leur départ ? » Telle a été la réponse de la direction : « Aucune mesure spécifique n’est prévue quant aux départs en congés. Nous rappelons que, par définition, un salarié en congé ne travaille pas et n’est donc pas tenu de prendre ses outils professionnels lors de son départ en congés. » Problème, la direction ne dit pas clairement que les personnes doivent laisser leurs outils au bureau avant de partir.

Ce climat social très lourd persiste aujourd’hui, bien que la médecine du travail ait tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises. Les salariés sont sous pression, les brimades sont constantes venant de certains managers et de membres de la direction, des menaces planent, dont celle d’un projet de pointage… pour se rendre aux toilettes. La section n’a clairement pas encore eu le temps de se reposer sur ses lauriers.

hebdo@cfdt.fr 

 


Repères

• D’abord présente en région parisienne, l’entreprise s’est installée rapidement à Besançon. Elle a connu de nombreux noms et actionnaires au cours de son histoire. Elle est sur le point de fêter ses 100 ans.

• La CFDT est la première organisation syndicale à l’issue des élections du CSE (comité social et économique) de janvier 2019. Avec 41,69 % de représentativité, elle devance la CFTC (33,24 %) et la CFE-CGC (25,07 %). La CFDT a amélioré ses résultats par rapport aux élections de 2015.