Premiers pas militants chez Matériel Ferroviaire d’Arbérats

Publié le 10/08/2018

Mécontents des relations sociales dans leur entreprise, Guillaume et Serge ont décidé de changer la donne en implantant la CFDT. Grâce à un parcours de formation proposé par la CFDT-Métallurgie, ces deux collègues deviennent progressivement des militants aguerris.

Chez Matériel Ferroviaire d’Arbérats (MFA), la CFDT est née d’un banal conflit salarial. En 2016, près d’une centaine de salariés cesse le travail pendant dix jours. Dans cette fonderie spécialiste de la fabrication de cœurs de croisement ferroviaires, ce conflit va laisser des traces. Mais cette première grève dure du personnel n’a guère permis les avancées promises par les meneurs. Créée en 2009, l’entreprise MFA est alors en pleine croissance. Le nombre de salariés est passé en quelques années de 30 à une bonne centaine, et le carnet de commandes ne désemplit pas. Nichée dans la campagne basque, à une heure de voiture de Bayonne et de l’Espagne, l’usine est sur un marché de niche qui ne connaît pas la crise. « Nos revendications étaient légitimes, mais la négociation salariale avait été mal préparée, se souvient Guillaume Mercier. Nos élus refusaient de dialoguer avec la direction pour trouver un accord et poussaient les salariés à la grève sans véritable stratégie. C’est à ce moment que je me suis décidé à monter une autre force syndicale. »

Deux salariés mécontents dans l’aventure militante

     

L’importance du premier contact
Guillaume et Serge ont rejoint la CFDT car l’organisation a su répondre à leurs attentes. Lorsqu’ils se sont présentés aux élections professionnelles, ils n’avaient pas en tête un syndicat en particulier. « Je savais que je ne voulais pas aller à la CGT, mais j’hésitais entre la CFDT et FO », se souvient Guillaume. Après avoir cherché sur internet, ils ont pris contact avec le secrétaire du Syndicat CFDT de la métallurgie Pays basque-Landes, qui les a reçus et convaincus qu’ils avaient frappé à la bonne porte.

La force du réseau CFDT
En quelques mois, Guillaume et Serge ont bénéficié de douze jours de formation. Ce parcours militant à grande vitesse a été rendu possible grâce au travail de l’Union Mines-Métaux CFDT d’Aquitaine, qui propose de nombreuses formations dans toute la région. Les élus ont ainsi le choix des dates et des villes en fonction de leur disponibilité.

Le sens du dialogue
La marque de fabrique de la section CFDT de MFA est sa volonté d’instaurer un véritable dialogue social dans l’entreprise. En cela, elle se distingue des pratiques syndicales qui avaient cours dans l’entreprise. « Nous en sommes encore à essayer de régler la question des rémunérations de l’année 2016 pour enfin attaquer dans la foulée 2017, souligne Guillaume. Ce n’est pas normal. La direction et les représentants syndicaux doivent évoluer et gagner en professionnalisme. Pas étonnant que nous ayons du mal à recruter de nouveaux salariés ! »

     

Dans l’entreprise, il n’y avait qu’une seule organisation syndicale, et pas n’importe laquelle : le LAB (Langile Abertzaleen Batzordeak). Ce syndicat, présent sur l’ensemble du Pays basque, côté espagnol comme côté français, a la réputation d’être dur et d’être soutenu par la population car proche de la mouvance indépendantiste. Venu du nord de la France, Guillaume ne s’est pourtant pas laissé impressionner. Embauché au démarrage de la fonderie, il fait partie des anciens, et ses collègues connaissent son sérieux et son implication dans l’entreprise. Il avait d’ailleurs été désigné secrétaire du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) quelques années plus tôt. Quand il fait part de ses intentions à son collègue Serge Montagut, ce dernier accepte de tenter l’aventure avec lui : « Je faisais partie des salariés extrêmement mécontents de la manière dont la grève avait été menée et qui le faisaient savoir… »

À quelques mois des élections professionnelles, il faut faire vite. La petite équipe se renseigne sur internet et ne tarde pas à rencontrer Jean-Claude Labadie, le secrétaire du Syndicat CFDT de la métallurgie Pays basque-Landes, qui va les mettre en selle. Deux mois plus tard, en décembre 2016, ils obtiennent près de 20 % des voix aux élections professionnelles, intègrent le comité d’entreprise (CE) et entament leur aventure militante.

« Au début, c’était le chaos total, en rit Serge. Tous les élus étaient novices. Les anciens représentants du personnel étaient partis ou n’avaient pas été réélus. Personne ne savait ce qu’il fallait faire. » Côté direction, ce n’était guère mieux : l’entreprise avait grossi sans prendre le temps de construire un service des ressources humaines digne de ce nom. Guillaume et Serge peuvent heureusement se tourner vers la CFDT afin de parer au plus pressé. « On appelait Jean-Claude pour savoir ce que l’on pouvait faire ou dire. »

Très vite, ils vont prendre de l’assurance, notamment grâce aux formations proposées par l’Union Mines-Métaux (UMM) d’Aquitaine, qu’ils vont enchaîner consciencieusement. Après « Première formation des militants dans la métallurgie », qui finit de les convaincre qu’ils sont bien en phase avec les idées de la CFDT et l’approche réformiste du syndicalisme, ils enchaînent avec « Agir dans les IRP » (instances représentatives du personnel) puis « Agir dans le CE » et, enfin, « Agir sur les conditions de travail ». Pour Serge, la découverte est totale. « Je viens de l’armée, donc je n’y connaissais rien et je ne voulais surtout pas passer pour un guignol face à la direction. Ces formations m’ont permis d’avoir des billes, de comprendre par exemple quels sont les sujets qui doivent être abordés en CE, comment fonctionnent les questions DP [délégué du personnel] et à quel moment tu dois les poser. »

Ces formations leur ont également permis de se structurer et de mettre en place une stratégie syndicale. « Les modules que nous proposons sont ce que l’on appelle des formations-actions, explique le secrétaire de l’UMM, Olivier Arriudarré. Les stagiaires planchent sur des cas concrets et, à la fin, se fixent des objectifs à court et moyen termes. Cette approche leur permet de mettre en pratique très vite dans l’entreprise ce qu’ils ont appris pendant les journées de formation. »

Et, manifestement, la méthode est efficace du côté d’Arbérats. « Nous avons commencé à afficher les comptes rendus des réunions et proposé à d’autres salariés de nous rejoindre, souligne Guillaume. Nous faisons aussi attention à notre communication. Aujourd’hui, nous sommes sept adhérents à la CFDT et certains ont entamé un cycle de formation. Nous nous sommes donné collectivement l’objectif de convaincre deux salariés de prendre leur carte chaque année. »

Retour en formation pour mettre en place le CSE

Mais comme le syndicalisme n’est pas un long fleuve tranquille, ces jeunes élus n’ont guère pu se reposer sur leurs nouveaux acquis. Le mois dernier, ils sont une nouvelle fois repartis en formation pour découvrir le contenu des ordonnances travail et le fameux comité social et économique (CSE), qui sera mis en place dans l’entreprise lors des prochaines élections professionnelles. L’enjeu, cette fois-ci, est d’obtenir des représentants de proximité et davantage d’heures de délégation qu’en offre le plancher fixé par la loi.

Ironie du sort, la direction avoue aujourd’hui qu’elle n’a pas encore eu le temps de se pencher sur la question. Manifestement, elle maîtrise moins bien le dossier que Guillaume et Serge. Toutefois, elle se dit ouverte aux discussions, bien consciente qu’elle doit améliorer le dialogue social en interne. Elle reconnaît qu’il y a un réel problème d’organisation du travail dans l’entreprise et de gestion du personnel. « Tout est à construire », résume avec une belle franchise la toute nouvelle responsable des ressources humaines. Les sujets à aborder ne manquent pas. Outre la question des classifications et des carrières, la CFDT souhaite avancer sur les conditions de travail, particulièrement difficiles, et la sécurité. Preuve de l’urgence, un feu a dévasté une partie des locaux en septembre dernier, et la production a dû être arrêtée pendant plusieurs mois. Le taux d’absentéisme – autour de 20 % – est lui aussi révélateur d’un malaise social persistant.

Objectif : faire de la CFDT le syndicat majoritaire

« Aujourd’hui, nous sommes dans une situation un peu paradoxale, décrypte Serge. Comme nous sommes formés et que nous avons envie de faire bouger les choses, c’est nous qui prenons les affaires en main, bien que le LAB reste encore largement majoritaire. C’est la CFDT, par exemple, qui organise les activités culturelles ; sinon, rien ne se passe. Pour négocier le CSE, nous risquons encore une fois d’être en première ligne, alors que nous ne pouvons pas signer seul. Les autres élus viennent d’ailleurs nous demander des conseils. » À moyen terme, l’objectif de cette jeune équipe enthousiaste est clair : devenir majoritaire lors des prochaines élections professionnelles pour avoir les coudées franches et obtenir enfin un vrai dialogue social au bénéfice des salariés.

jcitron@cfdt.fr 

photo © DR

     

Repères

• Matériel ferroviaire d’Arberats (MFA), qui emploie 110 salariés (un tiers sont espagnols), a été créé en 2009 par l’entreprise basque JEZ Sistemas Ferroviarios. L’actionnaire principal est l’autrichien Voestalpine, un des leaders mondiaux dans le secteur de la transformation de métaux.

• En 2009, MFA n’avait qu’une activité de fonderie et employait une trentaine de salariés. L’usine passe la barre des 50 en 2012 après avoir développé une activité d’usinage (2010) puis de soudage (2011).

• La section CFDT, nouvellement créée, a obtenu 20 % des voix en 2016.