Pour la CFDT d'Ikea, la précarité n’est pas une fatalité

Publié le 23/09/2014

La loi de sécurisation de l’emploi a servi de tremplin à la CFDT d’Ikea pour traiter du temps partiel. Aujourd’hui, les salariés du géant suédois de l’ameublement ont des droits supérieurs aux minima légaux et conventionnels.

Depuis près de deux ans, Ikea France cherche à redorer son image. Son « modèle social » avait alors été sérieusement écorné par les révélations d’espionnage de salariés et de clients à grande échelle, qui avaient conduit à la mise en examen de son directeur général. Au siège de Plaisir (Yvelines), on n’aime pas trop se remémorer cette période. « Trop douloureux », confie un salarié. Et si la vigilance est toujours de mise, « les sections CFDT préfèrent se concentrer sur leur boulot : trouver des solutions concrètes pour les 9 300 salariés d’Ikea France », explique Jean-Paul Barbosa, délégué syndical central adjoint.

     


Travail dominical
« Depuis l’ouverture du magasin, il y a vingt-cinq ans, le travail du dimanche existe et représente pour un salarié à temps plein jusqu’à 35 % du salaire. C’est devenu pour la section un véritable enjeu de représentativité, et les salariés ne veulent pas qu’on y touche. » Mais, convient Jean-Paul Barbosa, « il faut une harmonisation pour permettre aux salariés annexes à l’entreprise de bénéficier des mêmes compensations. Notre proposition d’inscrire celles-ci au cahier des charges des contrats passés avec les sociétés de nettoyage et gardiennage n’a pas été retenue… Aujourd’hui, la direction attend la loi ».

Contrat de génération
Signé par la CFDT, cet accord prévoit l’embauche de 250 jeunes en CDI à temps plein d’ici à trois ans et un accompagnement renforcé, avec à la clé un certificat de métier reconnu par l’État dans les douze mois suivant son embauche. Pour cela, 3 millions d’euros du CICE ont été débloqués par la direction.

Coordination
Depuis 2012, la Fédération internationale UNI Global Union souhaite construire une alliance mondiale des syndicats d’Ikea, afin de promouvoir des conditions de travail égales pour tous les collaborateurs, vu les fortes disparités entre les salariés du groupe.

     

L’accord national obtenu sur le temps partiel en est une illustration. Il intervient après une période de rapport de force difficile. La direction n’avait jamais majoré les heures supplémentaires des salariés à temps partiel. Pour s’épargner une procédure judiciaire qui aurait terni encore un peu plus son image, elle avait finalement décidé d’une récupération globale sur trois ans – soit entre 400 et 4 000 euros par salarié. « Après un tel épisode, on voulait trouver un moyen de combattre de manière constructive la précarité dans l’entreprise. Les temps partiels, c’est 2 560 personnes chez Ikea France », poursuit Jean-Paul, par ailleurs délégué syndical d’Ikea Plaisir. La loi sur la sécurisation de l’emploi, issue de l’accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013, introduisant les nouvelles dispositions sur le temps partiel, leur en a donné l’occasion.

Conciliation des temps

Au final, le texte (signé par la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC et FO) va même au-delà des dispositions légales et de la convention collective de l’ameublement. La durée minimale des contrats à temps partiel est portée à 25 heures (la loi prévoit 24 heures au minimum). Et la majoration des heures supplémentaires est de 25 % dès la première heure (quand la branche prévoit seulement 10 % les cinq premières heures).

Afin de lutter contre le temps partiel subi, l’accord propose également, comme le permet la loi, un système de temps partiel choisi par les salariés en fonction de leurs besoins personnels. Passer d’un temps complet à un contrat à temps partiel pour des raisons familiales, c’est le choix de Joanna Guelouza, responsable de vente et secrétaire suppléante CFDT au comité d’entreprise. « Après mon congé parental, j’ai demandé à passer à 15 heures par semaine. » D’autres ont fait le choix de rester à temps partiel sous la limite des 25 heures pour pouvoir prétendre à un « contrat mixte », qui permet de cumuler deux postes. « L’objectif, c’est que la précarité ne soit plus une fatalité dans notre entreprise, même si le temps partiel subi n’est pas majoritaire chez Ikea », reconnaît Jean-Paul Barbosa.

En allant au-delà de la loi, le texte offre de la souplesse à la direction et répond à une réelle demande des salariés. « Beaucoup d’étudiants travaillent chez Ikea à temps partiel et nous ont dit vouloir augmenter leur temps de travail pendant les périodes de vacances, mais pas à n’importe quel prix », explique Jean-Paul. La direction avait bien essayé d’annexer aux négociations annuelles obligatoires (NAO) de 2013 un texte proposant l’annualisation des temps partiels pour les étudiants, mais face au refus unanime des syndicats, elle a dû revoir sa copie.

« Aujourd’hui, tout est encadré, et ce système de temps partiel, que nous avons négocié, bénéficie à l’ensemble des salariés. Mais l’entreprise est une grosse machine, et nos structures doivent vérifier la mise en œuvre de l’accord car, sur certains sites, les directions continuent à ouvrir des postes de 15 ou 20 heures. »

Échéances électorales

C’est avec un bilan dense que les équipes CFDT vont de nouveau se présenter aux élections professionnelles de novembre : contrat de génération, temps partiel, NAO pour la seule année 2014. Et avec de forts enjeux en perspective, à commencer par le travail dominical. Pourtant, la section d’Ikea Plaisir se dit confiante. La CFDT du groupe est majoritaire depuis dix ans et affiche un score de 34 % aux dernières élections de 2010.

« Parce que l’on est à la CFDT, on essayera toujours de donner du sens, en ayant conscience que le monde du travail a changé et qu’on ne peut pas rester dans les années quarante », résume l’un d’eux. Une vision réformiste qui devrait, une fois de plus, faire la différence dans cette entreprise en perpétuelle évolution.

aballe@cfdt.fr

     


Le géant suédois en chiffresIkea-logo




  • Avec 345 magasins répartis dans 42 pays, Ikea est le leader de l’ameublement et de l’aménagement de la maison. L’entreprise emploie 140 000 salariés dans le monde.
  • En France, l’entreprise compte 9 300 collaborateurs répartis sur 30 magasins, dont le dernier (Clermont-Ferrand) a ouvert en 2014. Et elle l’assure : 60 % de son assortiment est fabriqué en France.
  • Depuis plus de dix ans, la CFDT est la première organisation syndicale avec 34 % des voix aux dernières élections. Elle compte 650 adhérents en France.